Les quatre âges et la crise actuelle
Nous vivons actuellement un changement de modèle de civilisation. Aujourd'hui, le système économique tend à se mondialiser. Construit sur un modèle mathématique, logique et mécaniste, il tend à gommer les différences culturelles, s'éloignant de plus en plus du véritable modèle humain. Devant la crise économique, démographique et écologique, force est de constater qu'il ne répond plus aux besoins de l'homme. Face à ce changement, plusieurs questions se posent: Tout développement est-il un progrès? Quelles sont les conditions pour que le progrès soit une évolution? Comment les archétypes nous influencent-ils et nous portent-ils en ce moment vers une mutation?
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Dans ce premier volet, Luc Bigé nous propose deux modèles naturels d'analyse symbolique pour éclairer les enjeux du présent : celui des grandes structures mythologiques et celui de l'évolution des espèces. A travers ceux-ci, il développe un modèle d'évolution qui se décline en quatre âges pour revenir à notre âge de fer contemporain et les moyens d'en comprendre et d'affronter les enjeux.

Il redéfinit le concept de progrès qu'il oppose au devenir de l'homme, invité à trouver son mythe fondateur et à entrer dans le monde symbolique. Il inscrit la crise dans la mutation bien plus profonde de l'humanité qui aspire à se réharmoniser.
Comment utiliser cette crise pour remettre l'homme à sa juste place? Comment redonner au monde son sens?
Extrait de la vidéo
Alors, ce soir, je vous propose une réflexion sur le thème suivant, crise, mythologie et biologie.
Alors, peut-être que certains d'entre vous se demandent pourquoi un titre aussi incongru est presque surréaliste.
Il existe deux modèles d'évolution, en dehors évidemment des modèles mathématiques qui sont construits par le système lui-même, deux modèles de compréhension de l'évolution.
Un modèle mythologique, ce modèle mythologique, ce sont les quatre âges, la théorie des quatre âges, qui dit qu'au fond, l'histoire passe par quatre grandes époques, l'âge d'or, l'âge d'argent, l'âge de bronze et l'âge de fer.
On verra tout à l'heure à quoi ils correspondent.
Donc le mythe nous raconte une évolution de la civilisation.
Donc on va essayer de faire cette analogie entre l'évolution de la civilisation que l'on connaît, c'est-à-dire depuis Chasseur-Cueillère jusqu'à aujourd'hui, et cette thèse des quatre âges.
Ils ont tiré un certain nombre d'informations.
Et puis l'autre grand système qui a traversé toutes les crises, au fond, vous savez qu'il y a eu cinq grandes extinctions depuis la naissance de la vie, peut-être qu'on approche la sixième, mais la vie a toujours traversé ces grandes extinctions, la vie en général.
Je ne parle pas d'une espèce en particulier, je parle de la vie en général.
Donc le vivant a toujours traversé des crises.
Donc le vivant doit bien avoir un certain nombre de secrets qui, lu symboliquement encore une fois, va nous donner des pistes de réflexion sur comment traverser les crises.
Donc nous allons déployer ce soir deux modèles, un modèle mythologique et un modèle biologique.
Pourquoi ? Parce que finalement le modèle mécanique, mathématique et darwinien, je vous dirai pourquoi le modèle darwinien est un modèle mécanique, est aujourd'hui incapable d'apporter des réponses nouvelles au système qui va de crise en crise.
Donc ce que je vous propose simplement, c'est un nouvel éclairage fondé sur deux choses qui ne sont pas mécaniques, puisque le mythe parle de la question du sens, l'évolution du sens, et la biologie parle de l'évolution de la vie.
Or qu'est-ce qu'il se passe aujourd'hui dans notre monde ?
Il se passe que nous avons un modèle de mondialisation économique.
Alors je disais récemment, un économiste qui disait au fond, pour que la croissance économique puisse continuer à se développer, il faut aller vers la mondialisation. On va d'une manière inéluctable vers la mondialisation.
On va vers une monnaie mondiale unique, qui est déjà en germe quelque part, parce que vous voyez bien que l'euro évidemment a unifié toute la zone européenne.
Les pays du Golfe pensent à faire une monnaie unique, l'ALENA également, l'Union africaine également, etc.
Et l'Asie également. Donc on est aujourd'hui dans un processus d'unification monétaire.
On est dans un processus, au fond, qui est le fait de gommer les différences culturelles pour aller vers l'universalisation d'un modèle unique, qui est le modèle occidental qu'on a développé depuis 2-3 siècles.
Alors, si on regarde, ce modèle, il est construit sur quoi ? Il est construit sur les mathématiques.
Il est construit sur une forme de mécanisme.
Il est construit sur une pure logique, et ce que disait Alan Greenspan, c'est-à-dire, au fond, il a reconnu lui-même que son erreur, c'était de ne pas avoir tenu compte de l'irrationalité des marchés, et c'est ça qui a produit la crise. Donc au fond, on a construit un modèle abstrait, théorique, objectif, qui ne tient pas compte de quoi ? De l'incroyable richesse des individus, des cultures, et des différents modes de vie.
Donc vous voyez que si on rajoute à ça un modèle mythologique qui va nous parler du sens, et un modèle biologique qui nous parle de la vie, on a des chances d'avoir une lecture un peu plus équilibrée de l'avenir et de la crise actuelle qui n'est en fait probablement qu'une prémisse.
Puisque lorsque je parle de la crise, on peut parler bien sûr de la crise économique, mais vous voyez que d'autres crises se profilent. Il y a la crise écologique, bien évidemment.
Il y a la crise liée à la croissance de la population. On ne peut pas nourrir tout le monde comme on se nourrit aujourd'hui dans les pays occidentaux. Et il y a surtout la crise des matières premières.
Ça veut dire que dans quelques années, il n'y aura plus suffisamment de ressources pour que le système puisse continuer comme il continue aujourd'hui.
Donc, et je vous montrerai tout à l'heure par voie mythologique, que la crise est sans doute plus ennuyeuse encore que cela.
Mais le point important ici, c'est quoi ? C'est de voir que le système actuel, au fond, ne répond pas aux besoins de l'homme et n'est pas construit sur la question « qu'est-ce que l'homme ? ».
En d'autres termes, on a un système où la finance est au service de l'économie, ou plus exactement, dans un système idéal, la finance devrait être au service de l'économie et l'économie devrait être au service de l'homme. Dans le système actuel, l'homme est au service de l'économie et l'économie est au service de la finance.
Donc on a évidemment une inversion.
Donc la question qu'on peut se poser, c'est comment remettre, comment utiliser cette crise, au fond, pour remettre l'homme au centre du système.
Une autre chose importante, c'est qu'on ne change que ce que l'on remplace.
En d'autres termes, ça ne sert à rien de chercher des boucs émissaires, les traders, je ne sais pas qui, les parachutes dorés, et quoi d'autre.
Ça ne sert à rien d'être dans une dimension de critique par rapport à ce qui existe, parce qu'après tout, ça pourrait être bien pire.
Je veux dire, on mange tous, on a envie quand même d'une société d'abondance, etc.
Donc là, le vrai levier de changer quelque chose, c'est de proposer une nouvelle vision, c'est de proposer une nouvelle philosophie, c'est d'avoir en réalité un autre regard.
Sinon, qu'est-ce qui se passe ?
L'ancien système va utiliser les énergies de critique pour devenir encore plus puissant.
Jung parlait de cela en parlant d'énantiodromie.
C'est-à-dire, celui qui critique quelque chose, finit par devenir comme ce qui est critiqué.
Donc là encore, il est important de voir que nos énergies sont à mettre dans la force d'émergence d'un nouveau regard, et non pas dans la lutte contre ce qui existe déjà.
Sinon, on est piégé.
Une autre chose importante, c'est la faculté de déni.
Vous voyez aujourd'hui, la bourse, elle est passée de 2500 points à 3700 points, en l'espace de rien de temps, alors que sur le fond, rien n'a changé.
Simplement, il y a les systèmes de croyances, une espèce de méthode couée de l'économie qui fait qu'on pense que les choses vont s'améliorer, simplement parce qu'il y a des mesures qui ont été prises.
Donc, cette faculté de déni a une correspondance mythologique, ce sont les acuries d'Ogias, dans les Douze Travaux d'Hercule.
Ogias veut des rayons étincelants, il est d'une richesse fantastique, il a plein de troupeaux, etc.
Mais il y a plein de fumiers qui empêchent l'herbe de pousser sur le sol de ses acuries, et alentour, dans tout le Péloponnèse.