Aux origines de la mesure de l'espace et du temps mégalithique
Les premières constructions mégalithiques restent encore un mystère. Quel emplacement choisirent les hommes du néolitithique pour leurs monuments de pierre ? De quelle unité de mesure se sont servis ces bâtisseurs méconnus ? Quel rapport entretinrent-ils avec le temps et l'espace ? Réponse d'Howard Crowhurst qui tente de percer le secret de ces testaments vivants.
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Extrait de la vidéo
Lorsqu'on aborde les origines de l'espace sacré, la première chose qu'il faut avoir en tête, c'est l'idée que l'espace sacré commence à l'intérieur de l'homme.
Il n'y a pas de notion d'espace extérieur, d'espace sacré mesuré extérieur, s'il n'y a pas à l'origine un espace intérieur.
C'est-à-dire que l'homme perçoit en lui-même un espace qui est différent de l'espace ordinaire.
Alors, si on regarde l'histoire de l'espace sacré, au début, sur la Terre, l'espace n'avait pas de limite.
C'est-à-dire que la Terre, en tant que sphère, c'était le lieu, c'était l'espace de l'homme.
Il vivait sur la Terre, sur la planète en son intégralité, et il n'y a pas de limite à cet espace.
L'espace est différencié et séparé peut-être par des rivières, par des barrières naturelles, mais globalement, l'homme vivait avec le ciel.
Donc la moitié de l'espace dans lequel il vivait, c'est le ciel, et l'autre moitié, c'est la Terre.
C'est très important, dès le départ, de se mettre cette idée-là en tête, parce qu'on est loin aujourd'hui de cette expérience.
On ne vit pas quotidiennement dans un espace sans limite.
Nous vivons dans quelque chose de tout à fait cloisonné, organisé, structuré, et notre esprit est tout à fait adapté, du coup, à cette organisation de l'espace.
Donc l'homme à son origine n'avait pas de limite, et à un moment donné dans l'histoire, il va différencier des types d'espace.
C'est-à-dire qu'il va différencier l'espace naturel de ce qu'on va appeler l'espace sacré.
Il va différencier l'espace de l'habitation, l'espace de vie, à une autre dimension, ce qu'on pourrait appeler l'au-delà ou un autre espace.
Alors, on le sait aujourd'hui, dans notre société d'aujourd'hui, on a des espaces sacrés, on a des églises.
Dans une ville comme Paris, nous avons tout l'espace qui est organisé pour le commerce, pour l'administration.
On a certains espaces, des églises, qui sont des espaces sacrés.
Mais la nature de cet espace sacré, on ne le reconnaît pas vraiment aujourd'hui comme ça pouvait être autrefois.
Je pense sincèrement, c'est parce que nous ne sommes pas en relation avec notre espace sacré intérieur.
Nous ne pouvons pas reconnaître un espace sacré extérieur si nous ne sommes pas en relation intérieurement.
Donc ça, c'est important.
Alors, comment l'homme, il a d'abord déterminé des espaces sacrés ?
Les premiers espaces sacrés qu'on va trouver, ce sont des grottes, où l'homme va instaurer dans des grottes des rituels, des peintures.
Il va décorer, il va intervenir dans un espace, il va mettre sa marque.
Et donc, il va transformer l'espace naturel dans un espace artificiel.
Artificiel, qui a son origine.
Artificiel, qui veut dire fait selon l'art.
Aujourd'hui, le mot artificiel a un côté pas naturel, c'est une connotation négative.
Alors qu'à l'origine, artificiel, c'était au contraire une action de l'homme selon des règles, en conformité à certains principes.
Il y a d'abord les grottes.
Donc la particularité des grottes, ce sont des espaces obscurs.
Des espaces intérieurs, physiquement intérieurs.
Donc une grande obscurité.
Et on peut supposer que cet espace obscur est à l'image de l'espace intérieur.
Un endroit de silence, de calme et d'obscurité.
Cependant, ce que l'on va constater, c'est qu'on n'a pas choisi n'importe quelle grotte comme espace sacré.
De récentes études, faites par un dénommé Chantal Jacques-Volkewitz, ont démontré que par exemple des grottes de Dordogne, sont dans la vaste majorité orientées, des grottes qui ont été ornées, des grottes peintes, sont orientées en direction du lever du soleil ou du coucher du soleil à certains moments de l'année.
Donc on va prendre par exemple la grotte de Lascaux, qui est très connue.
Aujourd'hui, la grotte ne se présente pas comme elle était à l'origine, parce que son entrée s'est effondrée.
Mais à l'origine, il y avait un couloir qui était légèrement en pente, qui descendait dans la grotte.
Et ce couloir est orienté à l'emplacement où le soleil se couche au solstice d'été.
Le soleil se couche derrière une colline, ce qui fait que le soleil est à une certaine hauteur, et donc les rayons arrivent de façon inclinée, et viennent jusqu'à dans cette grotte éclairée, amener un rayon rouge de soleil couchant comme ça, dans cette obscurité.
Ceci n'est pas un hasard, c'est-à-dire que ce phénomène a été remarqué, et la grotte a été choisie à cause de cette particularité.
On est dans le même principe que la caméra, c'est-à-dire la caméra, l'origine de la caméra.
Le mot caméra vient du mot chambre, c'est la chambre obscure, la camera obscura.
Donc on a une chambre qui est obscure, et qui va recevoir de la lumière, on va contrôler l'arrivée de la lumière dans cette chambre, pour pouvoir recevoir une impression.
C'est-à-dire que cette lumière va venir dans la chambre, et du coup va marquer dans la chambre une certaine impression.
Ça va nous donner la photo ou la vidéo.
Et bien le même principe est appliqué dans ces espaces sacrés.
On a une chambre obscure, une certaine qualité de lumière, un rayon de lumière d'une certaine qualité, et à un certain moment précis de l'année, va venir dans la chambre et va l'imprégner d'une certaine façon, et créer du coup une certaine atmosphère, une certaine impression dans cette grotte.
Et on remarque à Lascaux par exemple, que l'endroit où le soleil vient frapper au moment du coucher de soleil, on va retrouver une peinture d'un bison rouge à cet emplacement.
Cette couleur rouge qui va marquer justement la couleur du rayon qui arrive.
Donc ces premiers espaces sacrés qui sont des espaces naturels, mais avec des particularités spécifiques, sont typiques de cette époque paléolithique.
Globalement ces premières grottes, on va parler de moins 20 000, moins 18 000, moins 15 000, donc avant notre ère.