La Kabbale pour débutants
Rabbin à Paris, directeur de l'aumônerie de l'armée de l'air et ancien conseiller du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia nous présente son livre "La Kabbale pour débutants", paru aux éditions Trajectoire.
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Au cours d'un bref entretien riche d'enseignements, il analyse le rapport des chrétiens, des juifs (la Kabbale) et des musulmans (le soufisme) à l'ésotérisme.
Extrait de la vidéo
Tout est peut-être dans la première phrase. La cabale a existé avant Madonna. L'idée de la cabale pour débutants, c'est que parce qu'une vedette ou deux, trois vedettes se saisissent de la cabale pour répondre à des interrogations qui leur sont propres, on a l'impression que c'est une nouvelle méthode, un nouveau système de référence. En réalité, la cabale, ça vient du mot l'ekabel, qui veut dire recevoir, et qui dit recevoir, dit transmettre.
Donc une longue chaîne de transmission, depuis Moïse-sur-le-Mont-Sinai jusqu'à nos jours. Et j'ai voulu rendre cette historicité de l'enseignement et cette histoire de la transmission dans la plus grande simplicité. Il n'y a pas besoin de faire de grandes figures ésotériques, de grandes réflexions mystiques, spirituelles, pour comprendre ce que nous disent les textes. En fait, quand les textes ont été donnés, c'est-à-dire quand la Bible a été donnée par Dieu à Moïse-sur-le-Mont-Sinai, il y a en gros 3500 ans, c'est la parole divine.
La parole divine, ça implique une non-détermination par le temps, puisque Dieu est par essence au-delà du temps, et donc la parole de Dieu est intemporelle. Sauf qu'au moment où elle est donnée, elle est déjà datée, forcément. Et le génie du judaïsme, c'est d'associer la loi orale à la loi écrite, c'est-à-dire une interprétation permanente de ces textes, qui les revivifient en permanence, qui leur donnent une sorte d'actualité permanente, qui fait que lorsque Moïse donne la Torah aux Hébreux au pied du Mont-Sinai, c'est-à-dire Dieu la lui donne et lui la transmet évidemment aux Hébreux, cette Torah, c'est un texte qui leur parle.
Et moi, quand je reçois cette Torah aujourd'hui, en 2007, je suis aussi, comme au pied du Mont-Sinai, cette Torah me parle de la même façon. Pourtant, elle a 3500 ans, mais les mots sont transcendés par l'interprétation, c'est-à-dire qu'on n'a jamais dissocié la loi orale de la loi écrite. La Kabbalah, c'est ça. C'est le système d'interprétation très complet de la loi écrite qu'on a reçue par Dieu.
Donc si vous voulez, moi je voulais dire une chose simple, c'est pas une sorte de nouvelle méthode New Age de compréhension du monde, c'est pas une mode, un système Zen ou Shih Tzu ou ce qu'on veut. C'est une interprétation des textes qui nous permet d'essayer d'en comprendre le monde, d'essayer de comprendre ce que Dieu attend de nous et d'essayer de nous comprendre un peu mieux nous-mêmes. Voilà. Partons de là, il y a de quoi faire.
Oui, ça c'est vraiment ce contre quoi moi je mérite, c'est-à-dire que l'art de vie c'est des grandes idées qui demandent des années et des années de compréhension. Parce que bon, on explique l'art de vie, c'est bien. Tout le monde veut comprendre l'art de vie comme si en touchant ou en comprenant un arbre dessiné vaguement qu'il y a une forme. L'art de vie, c'est quoi ?
C'est un verset de la Bible qui dit, la Torah est un arbre de vie pour ceux qui s'en saisissent. C'est pas marqué si on s'en saisit beaucoup ou peu, si on s'en saisit, si on a la volonté de s'en saisir. Je pense que la Torah, c'est-à-dire les textes que Dieu a donnés aux hommes, c'est le mode d'emploi du monde. Puisque le minerage, la Kabbalah explique que Dieu a regardé la Torah et a créé le monde.
Comme si Dieu avait d'abord dessiné, conceptualisé le monde dans la Torah, dans la Bible, et qu'ensuite il avait fait un monde qui correspond à ce qu'il avait marqué dans la Bible. Donc si on se saisit de la Torah, c'est-à-dire si on comprend que cette Torah, elle nous parle, elle doit transformer notre action, à ce moment-là, ça devient un arbre de vie parce qu'elle nous montre la véritable vie. Et pas les systèmes de vie qu'on greffe sur nos pauvres vies pour leur donner ce qui ressemble à du sang, ce qui n'en est absolument pas.
On se construit tous des vies qu'on pense extraordinaires, en réalité, qu'est-ce qu'on fait qui touche à l'essentiel ? C'est la vraie question. Vous, moi, les uns, les autres. En quoi on est capable de dire, voilà, moi je me suis consacré à l'essentiel ?
Alors qu'on est capable de perdre un temps fou dans des milliers et des milliers de choses. Bon, se saisir de la Torah, c'est-à-dire revenir à l'essence même de ce qu'est la vie, de ce qu'est notre vie, notre responsabilité par rapport au monde, par rapport aux autres, ça c'est l'arbre de vie. Après, d'autres interprétations sont possibles, évidemment, puisque, par exemple, la Kabbalah c'est la discussion.
Voilà pourquoi il faut un maître pour étudier la Kabbalah, pour se voir et pour discuter avec lui. Et dans la discussion, personne n'a dit que mon opinion est meilleure que la vôtre. C'est une discussion, un échange, et la confrontation naît quelque chose, qui est un résultat ponctuel. Une autre discussion, quelques jours après, quelques mois, quelques années après, donnera peut-être un résultat différent.
Bon, se saisir de la parole de Dieu et en discuter, c'est se saisir de l'arbre de vie. Pour moi, c'est ça. La Kabbale chrétienne, c'est un peu différent. C'est comme si on disait, on va essayer d'extrapoler le système d'interprétation de la Torah sur l'ensemble des textes, les autres textes.
Et la Kabbale chrétienne, finalement, dans la mesure où l'Église s'est présentée pour elle, à son époque, longtemps, jusqu'à Vatican II, comme la continuité d'Israël, il était logique que l'Église cherchera à savoir ce que la Kabbale disait de la Torah, puisqu'elle était censée en récupérer l'héritage, d'une certaine manière. Donc, ça suivait ce mouvement. Sauf que, quand vous mettez des gens qui ne sont pas doctrinairement les uns contre les autres, mais vous les mettez sur des textes, au bout d'un moment, ils arrivent à des points de convergence.
Il y a une très belle histoire qui m'a toujours beaucoup touché. Il y avait un jeune rabbin qui venait voir un maître, un grand maître. Il vient le voir pour discuter des choses. Il arrive pour le voir se présenter.
Le maître lui dit, assieds-toi, on va étudier. Il ouvre un livre, le Talmud, et ils se mettent à étudier pendant trois heures. Il dit, reviens me voir demain. Il n'a rien pu dire d'autre.
Ils ont étudié ensemble. Le lendemain, il revient. Il s'assoit. Ils ont étudié ensemble, trois heures.
Et il revient le lendemain. Le troisième jour, ils ré-étudient ensemble. Et la fin du troisième jour, il lui dit, maintenant qu'on se connaît, comment tu t'appelles ? C'est-à-dire que quand vous partagez une étude ensemble, vous vous connaissez bien plus intimement, bien plus véritablement que quand uniquement vous connaissez un état civil.
C'est-à-dire que ceux qui ont étudié la Kabbalah chrétienne sont arrivés à des points de convergence avec la Kabbalah juive. Car la Kabbalah, la Kabbalah... Alors ensuite, il y a eu des divergences. Mais fondamentalement, c'est une recherche.
Je crois que la Kabbalah, fondamentalement, c'est une recherche. On n'est pas dans une question de part de marché. La Kabbalah, ce n'est pas une question de part de marché. L'idéal n'est pas que tout le monde connaisse la Kabbalah par cœur.
L'idéal, c'est que chacun se préoccupe d'essayer de progresser de là où il est. Finalement, toute la démarche théotérique de n'importe qui, c'est quoi ? C'est de ne pas rester de n'importe qui. C'est de ne pas rester au stade où la société l'anime.
C'est d'avancer. C'est d'essayer de se sortir de la gangue d'inactions dans laquelle on est tous enfermés. Et spirituellement, d'essayer d'aller un tout petit peu plus haut. A l'échelle du monde, à l'échelle des grands maîtres, ça ne sert à rien du tout.
Mais à notre échelle personnelle, aller un tout petit peu plus haut, c'est de sortir de notre déterminisme. C'est d'une certaine manière, ne plus être dans la finitude humaine. C'est-à-dire, non pas dans un espace de temps qui s'arrête, mais dans un espace spirituel qui est limité. Je suis au-delà des vies.
Peu importe le saut qualitatif qu'on fait, du moment qu'il y a un saut, il y a espoir, il y a espérance. Je suis capable d'être autre que celui que j'aurais pu être, j'aurais pu rester. Donc, si vous voulez, cette idée de quelqu'un qui s'empare de la cavale, et parce qu'il est connu, tout le monde se dit, tiens, c'est sympa, je vais essayer de voir ce que c'est, c'est contraire à l'esprit de la cavale.
Mais en même temps, c'est la vie qui fait ça. Le monde sait que du moment que quelqu'un de connu fait quelque chose, et encore, on croit que ça fait un effet. Dans le fait, il y a une visibilité. Je vous dis, on n'est pas dans les termes de part de marché, et je pense qu'il faut revenir à l'authenticité de ce qu'est la cavale, et pas à une sorte de cavale modernisée, qui par définition, si elle est modernisée, est à la mode, et si elle est à la mode, se démodera.
Pourquoi est-il monolithique ?