Le Cantique des Cantiques ou la sublimation du féminin (3)

Au-delà de son apparente incongruité au milieu des autres textes de la Bible (en tant qu’érotique et fortement poétique orienté vers la métaphore sensuelle), le Cantique des Cantiques pose aussi la question de la dualité spirituelle homme / femme dans la Tradition judéo-chrétienne.

La "noirceur" de la femme amoureuse du Cantique ne serait-elle pas le noir d’un inconnu qui fait peur ?

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Cette femme n’est-elle pas elle-même comme une figure archétypale de Lilith qui naît égale à l’Homme et le domine en lui faisant l’amour ?

Ne nous y trompons pas : l’amoureuse du Cantique n’est pas noire parce qu’elle est sombre, mais parce qu’elle est brûlée par la Lumière, telle Isis ; elle devient donc un sujet effrayant pour l’homme dominateur. Jardins et sources dans le Cantique, l’amoureuse est une métaphore d’un éternel féminin qui est peut-être beaucoup plus spirituel et plus mystique qu’on ne croit, et qui nous relie à une sorte de nostalgie d’un Divin perdu.

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Des domaines en apparence aussi éloignés que la kabbale et la psychanalyse nous montrent une ambiguïté flagrante quant à l’image du mâle dominateur, même si la religion comme le freudisme ont toujours tenté d’inférioriser la Femme, quitte à faire mentir, dans un cas les textes, dans l’autre une analyse détachée des problèmes intimes de Freud lui-même.
La kabbale tout entière – qui n’est pas la religion – ressemble à un dialogue sur l’ontologie du masculin / féminin.

Reléguant les lectures puritaines de l’Ancien Testament à des analyses à courtes vues, réhabilitant l’amour terrestre comme reflet de l’Amour cosmique du Créateur, le Cantique des Cantiques reformule la question de l’Espérance : l’Amour est-il plus fort que la mort ?

Extrait de la vidéo

en encre, vous savez, lorsque la choulamide déclare « Je suis noir et pourtant belle ». Et on aimerait bien savoir ce que veut dire ce « Je suis noir et pourtant belle ». Être brûlé de soleil, qu'est-ce que cela veut dire ? Je pense que peut-être qu'on aura la réponse dans un chocolat à la mode qui s'appelle « Noir Désir ».

Cette obscurité de la choulamide, je pense, évoque la sexualité et la peur de la sexualité, l'inquiétante étrangeté de la femme et la peur que peut en avoir l'homme. Et cette peur qu'a l'homme de la femme, on la découvre il y a peu. Il n'y a que quelques décennies qu'on s'aperçoit qu'en réalité, ceux qui ont pensé être le sexe fort, le maître de lui, qui a la puissance, en réalité, c'est lui qui a peur de la femme.

Quand elle dit « Je suis noir et je suis belle », je pense qu'elle évoque cet aspect du féminin mystérieux. Plus le féminin lumineux du plein jour, mais le féminin de l'obscurité, celui qui va faire appel à toutes ces forces, à toutes ces formes féminines qu'on imagine la nuit. Imaginons les mélusines ou alors Lilith qui peut être aussi une femme noire et belle et qui est la démone de la nuit, qui était la première femme d'Adam.

Cette Lilith qui a été créée de la même matière qu'Adam, c'est-à-dire Dieu la façonne avec de l'argile comme Adam. Et quand elle se présente à l'homme, Lilith veut ne faire l'amour que sur l'homme. Ce qui est une horreur pour l'homme. Voilà, qui est une horreur pour Adam, mais pas pour tous les hommes.

Et donc, je pense que c'est intéressant de relier la noirceur avec Lilith, parce que Lilith exige, peut-être aurait-elle... D'autant plus que Lilith, ça renvoie, si je me rappelle bien, à la vie radicale qui veut dire la nuit. Ce voilà Laila, vous allez en Israël actuellement, c'est Laila, ou en arabe c'est Laila, c'est le même nom. Donc c'est la femme de la nuit, la femme sombre.

Et puis après, dans les univers autres qu'ébraïques, les femmes de la nuit sont là. Et je suis noire mais belle doit renvoyer à cette inquiétante, face sombre du féminin, qui nous fait peur en réalité à nous les hommes. C'est là où j'ai envie de vous reprendre. C'est-à-dire, ça ne nous fait pas peur, les hommes généralement en ont la terreur.

Oui. Bon, je m'explique. Je pense, par exemple, pour sortir de notre culture traditionnelle, aux études qui ont été faites sur le terrain par un anthropologue français comme Maurice Godelier, qui a beaucoup étudié les populations de Papouasie, tu sais que ça nous est complètement étranger, dans lequel on voit que les hommes considèrent que les femmes ont ce qui s'appelle les grands secrets, c'est-à-dire qu'elles ouvrent précisément à ce qui nous dépasse, et qu'en tant qu'elles, finalement, il faut affirmer son pouvoir sur elles, ou sinon nous risquons d'être détruits par elles.

Est-ce que ce n'est pas ça quand même que nous ressentons, et ce que, je dirais, ce que nous dit le quantique des quantiques, de contraire à cette manière de voir ? C'est vrai que la femme sombre nous effraie, et que nous avons profité pendant des millénaires de notre puissance musculaire pour pouvoir écraser la femme et la mettre dans un bocal, dans un gynaecé, dans des endroits où elle ne pourrait plus exercer sa force sur nous.

Et la revanche est tant attendue de la femme contemporaine française qui a retrouvé une liberté. Elle commence à dominer les hommes, effectivement. On les retrouve souvent les meilleurs dans les concours, on les retrouve dans tous les domaines, dans tous les métiers. On se dit que l'homme qui avait peur de perdre le pouvoir est là, puisque nous, effectivement, la femme dans de nombreux domaines est supérieure à nous, je pense.

Le quantique des quantiques nous apprend qu'elle est femme noire, noirate, le soleil l'a brûlée. Le soleil n'est pas noir à cause de la nuit, c'est ça qui est intéressant. Elle n'est pas noire parce qu'elle apparaît, c'est parce qu'elle a eu trop de lumière, c'est ça qui est intéressant. Son hâle, son bronzage, parce qu'elle n'était pas de race noire, elle le doit à un excès de lumière et pas parce qu'elle n'est pas une octambule effrayante.

Donc là, je pense qu'il faut voir cet aspect extrêmement solaire qui pousse à la noirceur. Oui, mais c'est là où j'espère ne pas vous choquer, mais je ne peux pas m'empêcher de penser à l'Égypte ancienne et on s'étonne à quel point les relations entre l'Égypte et Israël ont été très compliquées. Je ne pense pas extrêmement aux études de quelqu'un comme Maurice Romain-Layoune, qui montre que c'est beaucoup plus complexe qu'on ne l'a présenté généralement.

C'est-à-dire que je pense à la figure d'Isis, parce qu'Isis est toujours représentée avec un disque solaire, ce qui lui sert lieu de coiffure. En même temps, elle est toujours dite de teint noir, et précisément comme si elle avait été noircie par l'éclat du soleil qu'elle porte. Est-ce que, d'une certaine manière, ce n'est pas cela que nous avons ? C'est-à-dire que la femme est le continent du mystère parce que, précisément, elle ouvre au divin.

Oui, mais je pense que, on le disait tout à l'heure, elle est un accès au divin. Les mythologies sont pleines de ces femmes qui sont inquiétantes. Mélusine, par exemple, c'est un mythe que j'apprécie beaucoup. C'est le conte de l'usinian qui se promène dans la forêt et trouve Mélusine près d'un étang.

Les femmes sont toujours liées à l'étang, à l'eau et à l'étang. C'est-à-dire qu'on ne sait pas ce qu'il y a dessous. Elles sortent de l'eau comme les vouivres. Elles sortent de l'eau, et là c'est toute la légende de l'inconscient.

Elle promet au conte de l'usinian la richesse et le pouvoir. S'il l'épouse, comme ça elle pourra avoir des enfants. Il l'épouse, je crois qu'ils ont trois enfants, à une condition qu'elle puisse être seule dans sa salle de bain les jours de Shabbat, de samedi. Et cela dure pendant 20 ans.

Pendant 20 ans, elle s'enferme dans sa salle de bain. Le conte de l'usinian la laisse tranquille jusqu'à ce qu'un jour son frère lui dise « Ecoute, tu te laisses avoir par ta femme, c'est elle qui a le pouvoir. Tu ne sais pas ce qu'elle fait dans sa salle de bain. » Et l'usinian prend son épée, fait un trou dans la porte et regarde par le trou de la porte qu'il a fait.

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