Le développement personnel : nouvel opium du peuple ?

L’être humain, et au-delà de lui la Nature — cette Terre mère — sont dotés de capacités extraordinaires que ni les scientifiques ni les hommes d’Église ne sont parvenus à expliquer dans leur intégralité. À partir des années 1950-60, avec le succès d’auteurs comme Abraham Maslow ou Carl Rogers, ainsi que l’avènement de courants tels que la psychologie humaniste et le mouvement du potentiel humain, le monde occidental connut une lente et subtile révolution, dans le calme et la bienveillance, nommée « développement personnel ».

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Ce courant reposait initialement sur une connaissance plus fine de soi, en associant différentes écoles d’Orient et d’Occident : psychologie, spiritualités, philosophies, pratiques chamaniques et yogiques. Il connut par la suite un élargissement idéologique visant l’avènement d’une nouvelle ère — celle du Verseau — faite d’amour et de concorde universelle : le New Age (Nouvel Âge).

Politica Hermetica - Développement personnelDamien Karbovnik, Le développement personnel, nouvel opium du peuple ?

Un opium pour apaiser… Ou pour anesthésier tout sens critique ?

Damien Krabovnik, sociologue, analyse ici l’évolution et certaines dérives du développement personnel. Pour lui, ce qui relevait initialement d’une douce utopie de type flower power, d’essence anarchique, mystique et idéaliste, s’est heurté à deux écueils majeurs qui l’ont profondément altéré.

Le premier fut sa récupération par le monde du management et de l’entrepreneuriat. « Mieux se connaître » relève à la base d’une vision philosophique et humaniste. Si c’est pour servir de pâture au CAC 40, c’est une inversion qui confine au charlatanisme, dont le monde moderne a non seulement le secret, mais aussi le pouvoir d’invisibilité — tout comme les systèmes totalitaires.
Le second, historiquement facilement datable, est la pandémie de 2019. À ce moment-là, une nouvelle bascule — cette fois politique, voire complotiste — s’est produite, et Damien Krabovnik analyse l’essor de l’un des représentants emblématiques de cette mouvance : Jean-Jacques Crèvecœur.

Quand la peur, la colère, la promesse d’obtenir de « super pouvoirs » sont instrumentalisées pour des raisons clairement commerciales. Le rôle des réseaux sociaux est aussi questionnable dans ce qui ressemble à une entropie tant sociale, intellectuelle que spirituelle.

Les hommes d’hier et d’aujourd’hui se sont toujours interrogés sur leur place dans le monde, ici-bas, et sur la confiance qu’ils pouvaient accorder à leurs sens, à leurs perceptions. Puisse le développement personnel rester dans sa dimension initiale d’élévation de la conscience : « cette tension vers le tout autre », comme l’écrivait Rudolf Otto… 

Les questions du public sont disponibles ici sur YouTube : https://youtu.be/8bWuWO6pcfo

Extrait de la vidéo

Jean Pierre Brachovnik présente ici son dernier livre intitulé Le développement personnel du peuple. Le développement personnel du peuple. Le développement personnel du peuple. Le développement personnel du peuple.

Le développement personnel du peuple. Mais ce n'est pas de ça qu'il va nous parler ce soir. Il va nous parler de son dernier ouvrage qui est paru, je crois, récemment. Septembre 2025.

Ça fait six mois, c'est fait aux éditions des Équateurs à Strasbourg. Et qui est consacré au développement personnel. Et sur une perspective sociologique. Et dans une perspective essentiellement, comment dire, expliquer quel est le rôle.

Quel est le rôle que les contenus des différentes écoles, des différents secteurs du développement personnel, et je sais qu'ils sont nombreux, jouent dans la société contemporaine. Et à quel niveau économique, spirituel, psychologique, thérapeutique, etc. Ces différentes techniques, ces différentes pratiques, qui sont essentiellement bien entendu pratiques, même s'il y a évidemment des théories derrière, se répandent et influencent la société contemporaine.

Damien, c'est quand tu veux. Merci pour cette excellente présentation. Alors, on pourrait simplement commencer cette conférence en se disant d'une manière assez banale que le développement personnel aujourd'hui s'est imposé dans nos sociétés contemporaines, au point d'être absolument partout. Il est dans les librairies, ça représente un marché considérable, les rayons ne cessent de croître.

Dans les entreprises aussi, le développement personnel est devenu un outil managérial parmi énormément d'autres, mais c'est le plus important, le plus sollicité. Il prend la forme de coaching, de management bienveillant, et puis dans les pratiques quotidiennes, enfin à travers la méditation, le yoga, ou encore les multiples techniques visant à travailler sur soi. Et donc même ce soir, le développement personnel entre à Politica Hermetica, même Politica Hermetica est contaminée.

Alors cette diffusion massive pose d'ailleurs, pose en fait un problème majeur, celui de tracer une frontière claire entre ce qui relèverait du développement personnel de ce qui n'en relèverait pas. Et comme j'ai essayé de le montrer dans mon ouvrage, le développement personnel ne s'agit pas d'un domaine vraiment clairement sélectionné, le développement personnel ne s'agit pas d'un domaine vraiment clairement circonscrit, c'est une nébuleuse de pratiques, de discours, et de représentations extrêmement hétérogènes.

Le problème qu'on a avec, c'est qu'aujourd'hui on est dans une situation où la plupart des gens qui affirment analyser, commenter ou critiquer le développement personnel refusent de le définir. Ça c'est un premier problème, et quand on est historien, ça nous énerve, ça nous agace, parce qu'à partir de la première année de licence, on nous explique, on ne parle pas d'un sujet sans le définir. Donc ma réflexion a commencé ici, c'est pourquoi on ne le définit pas, et qu'est-ce que c'est que ce développement personnel ?

Assez rapidement j'ai compris que, le prétexte pour ne pas le définir c'est que c'était une nébuleuse, c'était insaisissable, on ne sait pas trop ce que c'est, etc. Et assez rapidement j'ai compris que ce refus de définition était un peu suspect, et scientifiquement parlant dommageable, et surtout comme le disait Camus, mal nommer les choses c'est ajouter un peu au malheur du monde, alors puisque le développement personnel parle de bonheur et d'épanouissement, on ne peut pas faire l'économie d'une définition.

Et donc je vais proposer ma définition, elle est critiquable, elle est discutable, mais je vous garantis elle marche vachement bien. Donc j'ai proposé de définir le développement personnel comme un ensemble de discours et de pratiques qui partagent toute la conviction qu'il y aurait en tout être humain un potentiel, et que ce potentiel, notre devoir, ou plutôt notre raison d'exister, c'est d'apprendre à l'exploiter.

Et en exploitant ce potentiel, nous pourrions devenir plus que ce que nous sommes, nous pourrions devenir une meilleure version de nous-mêmes, et donc surtout nous pourrions devenir heureux, pleinement heureux. Donc autrement dit, grâce à un travail sur soi, on va beaucoup parler de ce travail sur soi ce soir, nous pourrions nous améliorer, tous, sans aucune exception. La nature même du travail sur soi, évidemment elle est extrêmement variée, et je n'entrerai pas plus dans les détails, simplement retenez bien que le développement personnel n'est pas très clair, c'est simplement l'idée qu'on a un potentiel en nous, et on peut travailler, on peut l'exprimer.

Les méthodes, on va le voir, peu importe, il n'en existe que les temps. Donc cette promesse est assez réjouissante finalement, parce que si on est malheureux aujourd'hui, demain on peut ne plus l'être, et c'est plutôt encourageant. Le développement personnel ne se contente pas de proposer des techniques ou des outils, il véhicule aussi une certaine manière de comprendre le monde, et implicitement de s'y projeter.

En effet, pour le développement personnel, la solution ne réside pas ou plus dans une transformation du monde, mais dans une transformation de soi, dans un travail sur soi. Donc à partir de ce constat, je voudrais poser une question simple, mais qui est un peu centrale. Que se passe-t-il lorsque cette logique est poussée dans ses retranchements, jusqu'à ses limites ? Autrement dit, que devient le développement personnel lorsqu'il ne se contente plus d'agir sur le bien-être individuel, mais qu'il prétend expliquer le fonctionnement du monde dans son ensemble ?

Et comment s'articulent alors, dans ces discours, des éléments qui relèvent à la fois de l'ésotérisme, à la spiritualité, pour parler un peu rapidement, et du politique, puisqu'on est à politica ermitica. Alors pour explorer cette question, après discussion avec Emmanuel, je vais m'appuyer sur une figure particulière qui va me permettre d'illustrer mes propos. Il s'agit de Jean-Jacques Crèvecoeur. Peut-être que ça parle à certains.

Ce choix n'est pas anodin. Il s'inscrit d'abord dans le champ du développement personnel. Il a écrit des ouvrages consacrés aux relations, à l'authenticité, ou encore à la connaissance de soi. Mais son parcours ne s'arrête pas là.

Il mobilise également des références spirituelles et ésotériques, tout en développant de manière assez explicite une critique radicale des institutions politiques, économiques et surtout scientifiques contemporaines. A ce titre, il constitue, à ce titre, il constitue un cas assez éclairant pour comprendre certaines évolutions récentes du développement personnel, notamment dans sa forme que l'on pourrait qualifier de post-New Age.

On verra pourquoi parler non pas de New Age, mais de post-New Age. L'intérêt de ce cas aussi tient précisément à ce qu'il permet de saisir un glissement. C'est-à-dire qu'il permet d'appliquer la notion de travail sur soi à une interprétation globale du monde. Et dans certains cas, on le voit aussi vers des formes de discours que l'on pourrait qualifier de complotistes, même si le terme peut poser problème.

Donc il ne s'agira pas ici de porter un jugement sur ces discours, ça ne m'intéresse pas de savoir s'il a raison ou pas, mais c'est d'en comprendre la logique.

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