Astrologie et politique au XVIIème siècle : Jean-Baptiste Morin de Villefranche

Jean-Baptiste Morin de Villefranche (1583-1656) fut médecin, mathématicien… et astrologue. Contemporain de Richelieu et de Louis XIII, puis de Mazarin et du jeune Louis XIV, il demeure une figure étonnante – mais peu connue - de l’histoire des savoirs du XVIIème siècle. Oublié pendant les XVIIIe et XIXe siècles, sa vision de l’astrologie, et de l’astronomie nautique (cf. « la querelle des longitudes », enjeu géostratégique de premier plan, à cette époque, après « la santé du Roi »), connut néanmoins un regain d’intérêt dès le début du XXème siècle.

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Cela, notamment, à travers la redécouverte de son ouvrage posthume « Astrologia Gallica » paru à La Haye, en 1661, cinq ans après sa mort.

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La Haye se trouve aux Pays-Bas actuels, les « Provinces Unies » de l’époque, et ce n’est pas fortuit si l’héritage de Morin fut préservé et transmis via cette nation, alors première puissance économique d’Europe, et où, déjà, un formidable esprit de tolérance attirait vers elle les libres penseurs.

Marie de Medicis et Richelieu : quelle influence avaient les astrologues sur leur politique ?

Jean Sanchez, doctorant en Histoire et Philosophie des Sciences, à l’ENS (Ecole Normale Supérieure) dresse ici un panorama exhaustif des sociétés savantes de cette époque et nous spécifie la hiérarchie qui existait alors entre chacun des savoirs : Théologie, Philosophie, Droit, Médecine, Mathématiques, et loin derrière, l’Astrologie.

Un monde, une époque, où les « choses de l’Esprit », conceptuelles et abstraites, recevaient les faveurs de la noblesse et du clergé. Mais, et c’est là tout l’intérêt d’étudier le contexte dans lequel Jean-Baptiste Morin de Villefranche a évolué, on assiste à cette époque à un doux, mais irrémédiable, bouleversement : d’une compréhension du monde héritée des Platon, Aristote ou Epicure surgissaient de grands esprits tels que Copernic, Kepler ou Newton.

Une révolution avançait donc, à pas de velours, touchant au monde des sciences et de la philosophie. Une nouvelle compréhension de l’ordre du Monde, de la réalité, allait émerger, préfigurant avec un siècle d’avance de violents bouleversements et posant ainsi les pierres angulaires du « Monde Moderne » tels que nous le connaissons actuellement….

Un exposé passionnant, enregistré lors des soirées Policita Hermetica auquel nous adressons nos remerciements.

Pour visionner les questions qui ont suivi cet exposé, allez sur YouTube : https://youtube.com .

Extrait de la vidéo

Je remercie Jean-Pierre et le Père Jérôme qui m'ont invité ici pour vous parler d'une figure étonnante de l'histoire des savoirs au XVIIe siècle qui est Jean-Baptiste Morin. Donc ils m'ont demandé d'approfondir un aspect particulier de sa biographie qui n'est pas ma spécialité, je tiens à le préciser, qui est les relations entre astrologie et politique au XVIIe siècle. Donc c'est un travail qui débute et je sollicite pour cela votre indulgence.

Qu'est-ce que je ne ferai pas ? Je ne vais pas rentrer dans la théorie astrologique de Morin. Donc à partir de la fin du XIXe siècle, au début du XXe siècle plus particulièrement, Morin a suscité l'intérêt de nombreux astrologues, d'abord français puis dans le monde entier. Je pense notamment à messieurs Hierrose et Silva.

Et alors qu'il avait été oublié plus ou moins au XVIIIe et XIXe siècle, il a connu un regain d'intérêt par sa théorie astrologique dans la communauté française et internationale. Donc sur ce point, une littérature impodente existe déjà. Donc je ne vais pas parler de ça. Au contraire, j'aimerais aborder comment Morin s'est construit en tant qu'astrologue dans une communauté savante qui est alors en pleine mutation.

Donc l'émergence de la modernité dans les communautés scientifiques et surtout auprès d'un pouvoir royal qui cesse de légitimer l'astrologie ou de se légitimer à travers l'astrologie. Et je voudrais notamment montrer comment plusieurs impasses dans la carrière d'astrologue de Morin l'ont amené à se positionner publiquement comme un défenseur de l'orthodoxie catholique, dans une France qui est alors en plein mouvement de contre-réforme.

Jean-Baptiste Morin était une figure majeure de la communauté savante française sous le règne de Louis XIII, mais il reste paradoxalement méconnu des historiens. Ceci est dû au fait que très tôt il a été entouré d'une réputation de représentant de l'ancien monde en tant qu'astrologue, mais également en tant qu'aristotélicien et anticopernicien. Alors que la communauté savante parisienne sous Louis XIII, donc l'académie de Mersenne, Descartes, Gassandi, se positionnent en faveur de la philosophie mécanique et du système copernicien.

Cependant, alors que la plupart de ce qu'on appelle les perdants de l'histoire des sciences ont été créés sous cette étiquette au XIXe siècle, Morin a eu le malheur de s'être brouillé avec les rédacteurs du dictionnaire de Pierre Bayle, le premier dictionnaire qui contient des biographies scientifiques, qui ont écrit à son sujet un article très long, très détaillé, mais trempé dans le vitriol, ce qui a eu un impact assez dévastateur sur les biographies postérieures, donc qui lui ont donné une réputation très mauvaise de traditionnaliste fou.

La vie de Morin comporte de très nombreuses zones d'ombre, si on a de lui encore une abondante production livresque, je dirais une quinzaine d'ouvrages, des pamphlets, parce que Morin avait un goût assez prononcé pour la querelle et les controverses. Sa correspondance, donc à partir de là, sa vie privée et sa relation intime avec ses protecteurs, a été entièrement perdue, quasiment entièrement. Et la principale source que nous ayons sur sa vie, c'est un texte qui a été publié en introduction de l'astrologie à Gallica, donc c'est son chef-d'œuvre posthume qui est publié en 1661 à La Haye, dans les Provinces-Unis.

Et c'est un texte latin assez court qui s'appelle la vie de Morin, qui raconte à travers la biographie de l'astrologue les événements importants qui ont jalonné son existence et c'est une biographie astrologique dans le style de celle de Jérôme Cardan qui est publiée par Gabriel Naudé en 1643, donc peu de temps auparavant, et qui essaie de dresser un parallèle entre la nativité, donc l'horoscope de naissance de Morin, et les événements de sa vie.

Donc c'est un genre littéraire extrêmement particulier, quasiment unique, et pour cela il faut prendre ce texte avec des pincettes, sachant qu'il existe également une version française de ce texte qui est publiée avant, mais on ne sait pas trop quel texte précède. Voilà, la hiérarchie un petit peu de ces deux textes-là. Pour vous donner un aperçu de sa vie, donc en contexte assez large, Morin naît à Villefranche, en Beaujolais, qui est aujourd'hui Villefranche-sur-Saône, en 1583, c'est-à-dire pendant la dernière partie des guerres de religion.

Il est d'une famille d'échevins, donc une forme de notabilité locale, mais une famille qui connaît de très graves difficultés économiques, qui ne l'empêche pas cependant d'avoir une éducation plus ou moins soignée. On dit qu'à 16 ans, il rédige un abrégé de la philosophie de Gébert, donc un texte assez récent qui montre une éducation, on ne sait pas si elle est extraordinaire, mais en tout cas elle est soignée.

Cependant, il doit quitter la ville à ses 17 ans suite à une, on ne sait pas exactement, une affaire de mœurs ou un duel qui tourne mal. Et par la suite, pendant près de 20 ans, Morin va errer, plus ou moins à travers la France, sans protecteur stable, en enchaînant des situations de dépendance vis-à-vis de nobles ou de notables qui font de son existence une existence plutôt précaire. Au début, il tente sa chance à Paris, il échoue, puis il part à Aix où il s'attache à la personne de Guillaume Duvers, donc une personnalité très importante du règne de Henri IV, il les garde des sceaux.

Et sur place, il va suivre des cours à l'université, des cours de philosophie puis de médecine, notamment auprès de Jacques Fontaine qui est un médecin astrologue et de Mérindol qui est un médecin royal. Et il s'attache également à l'astronome Gauthier de Lavalette, donc un nom qu'aujourd'hui personne connaît, mais c'était le maître de Morin, mais également de Gassendi et de Boulliot, donc les plus grandes figures de l'astronomie française du règne de Louis XIII.

En 1613, il part à Avignon pour passer son doctorat médecine et enfin il retourne à Paris où il s'attache à Mgr Claude Dormy, donc l'évêque de Boulogne qui est un prélat impliqué dans les complots qui règnent autour de la cour. Et auprès de ce prélat, il va se lier à un alchimiste, enfin un médecin alchimiste écossais qui est également astrologue, il s'appelle William Davison, une figure assez importante puisqu'il sera le premier à prendre la tête du jardin royal, du jardin botanique à Paris.

C'est auprès de Davison que Morin se forme de façon plus complète à l'astrologie, d'après ses dires, et c'est également auprès de Mgr Dormy qu'il connaît un peu son premier succès d'astrologue.

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