L'Evangile de Marie
Depuis la découverte des manuscrits de Nag Hammadi, le corpus des Evangiles s'est enrichi de textes attribués à Thomas, Philippe ou Pierre. Parmi eux "l'Evangile de Marie" écrit en l'an 150, traduit par Jean-Yves Leloup, est le témoin du christianisme primitif et d'une parole féminine cachée même aux apôtres.
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Pour l'auteur, l'Evangile de Myriam de Magdala (Marie Madeleine) est l'itinéraire du féminin en chacun de nous, homme et femme, de la psyché vers son acomplissement, son repos. Signifiant la "bonne nouvelle", il préfigure ainsi une aventure charnelle et spirituelle salvatrice. Marie de Magdala est en effet tout à la fois la compagne du Seigneur et une image de nous-mêmes. Elle reste une part de notre être à explorer, une étape de notre chemin à parcourir jusqu'à l'amour.


Possédée par les sept démons que sont l'envie,la jalousie, la colère, etc., elle retrouve en Jésus son centre, son "Je suis". Elle n'est plus alors l'objet de son manque et des événements mais le sujet de ceux-ci. Parvenue à la paix du coeur, elle a retrouvé son regard non duel, sa pureté de coeur et son entièreté.
Comment se délivrer de sa possession? Comment se remettre dans son axe sous la guidance de l'Esprit Saint ? Comment apprendre à penser autrement? Réponse de Jean-Yves Leloup dans cette conférence vidéo de 48 minutes.
Extrait de la vidéo
Le mot évangile, vous le savez, c'est émangélion, c'est une bonne nouvelle. Donc, quelle bonne nouvelle pourrait nous transmettre Myriam de Magdala, Marie-Madeleine, en nous souvenant que, sous ce nom de Marie-Madeleine, il y a de nombreuses femmes. Les exégètes, aujourd'hui, auraient tendance à les séparer. D'un côté, Myriam de Magdala, la femme possédée, dont Jésus chasse les démons, et logismoi, toutes ces pensées qu'il nous possède.
Il y a aussi Marie de Bethany, la contemplative. Marie, celle qui unit Jésus avant d'entrer dans sa passion. Myriam de Magdala, la témoin du ressuscité. Donc, je crois que Marie-Madeleine, c'est vraiment une femme innombrable.
Et plutôt que de la considérer comme les exégètes, c'est-à-dire la découper en morceaux, je dirais qu'il s'agit d'une seule et même femme, et que tous ces personnages qu'on voit dans l'Évangile sont des étapes, des climats de son chemin personnel, de son devenir vers cette initiée, cette contemplative, et cette participante au monde imaginal dont parle l'Évangile de Marie. Ce serait intéressant de suivre son itinéraire, parce que son itinéraire, c'est l'itinéraire du féminin en chacun de nous, qu'on soit de sexe masculin ou de sexe féminin.
C'est-à-dire l'itinéraire de la psyché, du psychisme, vers son accomplissement, vers son repos, vers cette shalom. Vous savez que le mot shalom en hébreu veut dire entier. Donc il s'agit bien d'un chemin vers un accomplissement. De la même façon qu'à propos du Christ, on parlera de l'archétype de la synthèse, c'est-à-dire celui qui tient en lui-même le ciel et la terre, le fini et l'infini, le divin et l'humain, on pourrait dire que Myriam de Magdala, c'est aussi l'archétype de la synthèse au féminin.
Elle aussi va tenir en elle-même, je dirais, le plus charnel et le plus spirituel. Et je crois que c'est important aussi pour les femmes d'aujourd'hui, parce que quand on regarde l'histoire des religions, particulièrement l'histoire de l'Église, il y a beaucoup de vierges, de petites filles ou de bonnes mamans, mais il y a rarement des femmes, c'est-à-dire des femmes entières, dans leur chair, dans leur corps et en même temps dans leur dimension spirituelle, dans leur dimension initiatique.
Et là, Myriam de Magdala est vraiment l'archétype de l'anthropos, c'est-à-dire de la femme dans son entièreté, dans sa complitude. Donc quel est le chemin vers cet accomplissement ? Donc le point de départ, on pourrait dire que c'est la possédée. Myriam de Magdala, la possédée.
L'Évangile nous dit qu'il y avait sept démons, on ne précise pas lesquels, mais chacun sait par quoi il peut être possédé. On peut être possédé par l'envie, par la jalousie. C'est-à-dire ces situations dans lesquelles on ne s'appartient plus à soi-même, on est l'objet, l'objet d'un esprit, l'objet d'une pensée. Je crois que Myriam n'était pas l'objet de sa libido, comme on l'a quelquefois décrit.
Je crois qu'elle était plutôt quelquefois l'objet de son impatience, oui de son impatience vis-à-vis des hommes quelquefois, de son ambition. Elle pouvait être possédée par sa colère, possédée... Par quoi est-ce qu'une femme peut être possédée ? Il y a beaucoup de choses qui nous habitent, le ventre, le cœur, l'esprit aussi.
Je crois qu'un de ces grands démons pouvait être la dépression, possédée par cette espèce de tristesse, de lassitude. C'est-à-dire qu'on est toujours possédé par ce qui nous manque, que ce soit au niveau de l'envie, de la jalousie ou autre, il y a une sorte de manque en nous-mêmes, un manque de reconnaissance, et là on est pris, je dirais, par l'image de ce qu'on aimerait avoir. Donc Myriam, dans une première étape, peut venir nous rejoindre à ce niveau-là, où on est objet, objet de son manque, de son impatience, de son attente, de sa tristesse.
Et la rencontre avec Jésus, avec Yeshua, donc il y a une rencontre extérieure, mais je crois qu'il s'agit d'une rencontre intérieure, c'est-à-dire la rencontre avec « je suis », c'est-à-dire la rencontre avec non pas seulement la psyché, mais cette psyché comme étant habitée par, je dirais, ce niveau ontologique, cette présence du pneuma, cette présence de l'esprit. C'est-à-dire que là, elle devient sujet, elle n'est plus objet de ses passions, elle est le sujet de ses passions, c'est-à-dire qu'elle ne perd pas du tout sa vie émotive, sa vie passionnelle, sa vie de désir, mais elle n'est plus objet de ses désirs, elle n'est plus objet de ses pulsions, elle n'est plus objet de ses passions, elle n'est plus possédée, elle devient sujet.
Jésus lui a redonné un centre, elle est redevenue « je suis », elle a retrouvé son humanité, on pourrait dire, en tant que sujet. Donc elle n'est plus l'objet des événements qui lui arrivent, mais le sujet des événements qui lui arrivent. Et là, on entre dans une deuxième étape par laquelle Myriam et aussi l'archétype ont dit qu'elle est pécheresse, pas possédée, mais pécheresse. Et là, vous vous souvenez que le mot péché en grec, c'est « amartya », c'est-à-dire viser à côté.
C'est quelqu'un qui a le désir, on pourrait dire, désorienté. Donc Jésus l'a rendu dans sa capacité d'être sujet, d'être sujet désirant, mais vers quoi ? Vers qui peut se tourner son désir ? Elle est désorientée, c'est-à-dire qu'elle n'a pas encore trouvé son orient, son orientation, sa lumière.
Et là, il faut savoir aussi, quand on dit pécheresse, on dit pécheresse, encore une fois, par rapport à qui ? Par rapport à quoi ? Elle était considérée pécheresse dans le sens où elle était hors-la-loi. Hors-la-loi des hommes, hors-la-loi de l'institution, hors-la-loi de son église.
Enfin, pas de son église, de sa synagogue. Puisque les femmes, à cette époque, n'avaient pas le droit à l'étude. L'étude était réservée aux hommes. Et chez Myriam, d'après ce que nous dit l'Évangile de Marie, il y avait ce désir de connaissance, ce désir de gnose, de la gnosis, qui n'est pas une connaissance seulement analytique, rationnelle, mais qui est une connaissance par participation.
Comme le dirait Thomas d'Aquin, une connaissance par connaturalité. C'est-à-dire, on devient ce que l'on connaît. On est au-delà de la dualité sujet-objet. Et cette gnose, c'est une des dimensions aussi que le christianisme a certainement perdue.