Ce jour où les Mages vinrent
"Ce jour où les mages vinrent" est, pour Christine Tournier, un sujet "immense" qui nous plonge dans les origines du christianisme et du Jésus historique.
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Extrait de la vidéo
J'ai appelé ce jour, ce jour où l'image vint, vous allez très vite comprendre pourquoi. Je voudrais vous préciser que la recherche entreprise livrée ici n'est qu'une esquisse d'un travail bien plus considérable qui pourra faire le sujet de plusieurs conférences et d'un livre qui est en préparation. Je m'en tiens à souligner des faits et à ouvrir des portes. Un tel propos pourrait a priori sembler très réduit.
En fait, il est immense, l'image, on se dit qu'est-ce qu'on va pouvoir dire sur l'image, enfin c'est un sujet, en fait c'est immense comme sujet et ça ne peut pas être traité évidemment ce soir sinon succinctement. Le texte de Matthieu, je vais vous épargner toutes les références, 1, 1, 16, je ne vais pas vous les donner parce que ce serait trop long, parle de la naissance de Jésus en tant que descendant d'Abraham par David, Salomon, Jacob et Joseph.
Comme l'atteste également Luc, il ne faut pas occulter que les deux testaments indiquent clairement que Jésus était fils de roi par la branche aînée et qu'à ce titre, il pouvait prétendre au trône temporel d'Israël, les disciples ne cessent d'y faire allusion d'ailleurs. Sans cela, on ne comprendrait pas le comportement de Hérode, question sur laquelle nous allons revenir. Les mages viennent d'Orient et non d'Afrique comme on le dit populairement.
Je vous cite à ce propos un certain nombre d'extraits, très loin d'être exhaustifs de l'Ancien Testament ainsi que de Jean et Luc. Genèse marque la parenté avec Abraham, donc avec Israël, dans l'Isaïe par exemple « des multitudes de chameaux te couvriront, des dromadaires, de madians et des phas, tous ceux de Saba viendront, apportant de l'or et de l'encens et chantant les louanges de Yahvé ». Psaume 72 « Qu'il vive et que lui soit donné l'or de Saba, plus loin, les rois de Tarsis et des îles rendront tribu, les rois de Saba et de Shéba feront offrande, tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront.
Ézéchiel, les marchands de Shéba et de Rama trafiquaient avec toi, ils te pourvoyaient d'aromates de première qualité, de pierres précieuses et d'or, contre tes marchandises. Jérémie, que me chaud l'encens importé de Shéba et le roseau odorant qui vient d'un lointain pays. Isaïe, ce sera le dernier pour cette entrée en matière, des rois seront tes pères adoptifs et leur princesse tes nourrices, face contre terre, ils se prosterneront devant toi et lècheront la poussière de tes pieds.
Après ce qu'on pourrait appeler une sorte de polygomène, nous allons voir quel est le contexte d'Israël, je vais vous le faire succinctement mais c'est important de voir le contexte d'Israël et de la royauté de Jésus. Dans les cartes qui sont rudimentaires, qui vont vous être distribuées, vous les voyez, rappelons qu'Abraham, qu'Abraham, qu'Abraham devenu Abram, Am, ce n'est pas le lieu de dire pourquoi ici, était parti, selon la tradition, avec sa femme Sarah et toute sa famille en Caldé, précisément à Ur, se référer à la Genèse, non loin du golfe persique.
Il serait d'ores et déjà judicieux, nous comprendrons cela tout à l'heure, de rapprocher les noms d'Abraham et de Sarah, de ceux de Brahma et de son épouse Sarah Sfati. En réalité, donc Abraham et Sarah ne vécurent jamais dans la ville même cette métropole sumérienne. En effet, il s'agissait de Bédouins, de nomades et Abraham deviendra patriarche et père légendaire du peuple sémite parvenu dans le croissant fertile.
Il n'est que de le dire, tous les textes de l'Ancien Testament le concernant. C'est toujours ainsi que pour justifier et appuyer une noblesse actuelle, on recherche une légitimité ancienne. Si je vous parle dès maintenant de la Caldé et du royaume de Saba ou Sheba, c'est que nous verrons tout à l'heure que ce sont les pays de provenance des mages et cela vient donner sens au fait qu'il est écrit que Jésus parlait araméen, langage nord-sémitique.
En effet, du XIe au VIIIe siècle, les Caldéens occupent le pays d'Arara, au nord de la Syrie. Certaines tribus s'installent en Mésopotamie sur le tigre inférieur. Au VIIe siècle, ils s'allient aux Scythes et aux Medes, importants les Medes. Il s'agit donc bien là d'une langue hébraïque et phénicienne, dès le IXe siècle mêlée d'un peu d'arabe.
Après l'exil à Babylone au VIe siècle, comme vous le savez tous, les Hébreux parlent eux aussi l'araméen comme seconde langue et de plus adoptent son graphisme. Déjà au VIIIe siècle, c'était la seconde langue des Assyriens. C'est beaucoup plus complexe qu'on imagine cette Mésopotamie. Sous l'Empire perse du VIe au IVe siècle, l'araméen impérial fut également la langue officielle de l'Égypte, et oui.
D'ailleurs, le Talmud, qu'il s'agisse de celui de Jérusalem ou de celui de Babylone, fut décrit en araméen. L'âge d'or de cette langue se situe entre – 300 et plus 600, surtout en Judée et en Syrie. Ce ne sera qu'au VIIe siècle après Jésus-Christ que l'arabe occultera cette langue essentiellement parlée par le peuple, le clergé et les fonctionnaires parlant plutôt l'hébreu. On le constate aussi bien dans les manuscrits de Qumran que dans certains termes des évangiles synoptiques.
Finalement, aujourd'hui, le syriac des chrétiens d'Orient et le samaritain du mont Gazirim sont les seuls témoins encore perceptibles de cet araméen, ainsi que dans le Kurdistan perse, et surtout à Malula, village libanais à la frontière syrienne où j'ai eu le bonheur de me rendre. En Iran, où la langue actuelle est le parsi, il existe nombre de témoignages araméens gravés dans la pierre. Là aussi, j'ai pu les voir de visu.
Ainsi, à l'époque de Jésus historique, Rome régnait sur la Palestine. C'était alors Hérode Antipas qui était tétrarque de Galilée et de Péret, c'est-à-dire gouverneur d'une des divisions d'un pouvoir partagé en quatre et donc vassal de Rome. Il ne pouvait que nommer ou déposer le grand prêtre hébreu. C'était ses seuls pouvoirs.
C'est important aussi dans le drame qui va se jouer. Ponce Pilate, lui, était procurateur, c'est-à-dire magistrat fonctionnaire, mandaté pour gouverner une province. Rien de plus. L'agitation anti-romaine était endémique, vous vous en doutez bien, avec des tentatives d'instituer une république juive.
Jésus, comme nous le montrent les textes cités plus haut, pouvait donc légitimement monter sur le trône d'Israël et cela, les Romains ne pouvaient évidemment pas l'admettre, non plus que le pouvoir religieux de Saint-Édouard qui se trouvait ébranlé par la nouvelle parole. Avant de poursuivre pour cerner toujours davantage notre propos, j'aimerais rappeler que la dite venue des mages dans la crèche, affirmation ne figurant que chez Matthieu, qui ne donne d'ailleurs pas leur nombre, et dans certains apocryphes, se situait, il y a encore peu de temps, dans le calendrier romain, le jour de l'épiphanie.