Les figures originelles du féminin dans la Bible
"L'hébreu est une langue d'association des idées" nous dit Caroline Gindre. Une lettre correspond à un nombre. Le passé et le devenir en sont les deux temps. Aleph qui représente la première lettre de l'alphabet hébreu est ainsi la lettre du divin, des commencements, le symbole de tous les possibles.
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S'appuyant sur les travaux de Marc-Alain Ouaknine, Annick de Souzenelle et Dominique Bigé, l'auteur nous initie aux figures originelles du féminin dans la Bible à travers le langage sacré.


"Adam" signifie l'homme au sens de l'espèce humaine. Façonné à partir de la "Adama" (terre) il est un être de terre et de souffle, tout à la fois masculin et féminin. Lilith, Eve, Icha et Shekinah apparaissent ainsi comme des composantes de l'être et de sa psyché. Elles renferment en elles des symboles ancestraux, des clés sur le chemin de son accomplissement.
Elles sont le gage de sa conformation en Dieu et de l'incarnation de l'esprit dans la matière. Qui sont ces figures du féminin? Qu'est-ce qui fait que le féminin est une des composantes de la psyché multiple de l'être humain? Quel est sa fonction dans le parcours de chaque homme? Réponse dans cette conférence vidéo de 97 minutes.
Extrait de la vidéo
En Kabbalah, il est d'usage de citer ceux dont on tient un fragment de sens, et c'est pourquoi je voudrais particulièrement remercier, avant de commencer, Dominique Bigé, Marc-Alain Wagnin, mais aussi Annick de Sousenel qui ont vraiment éclairé mon parcours et ma recherche. L'hébreu est une langue d'association d'idées, qui propose de comprendre le sens de chaque mot en fonction des lettres qu'il compose.
Car les lettres sont des énergies auxquelles sont associées des nombres, et c'est l'addition de ces nombres, des nombres de chaque lettre, qui permet de donner un nombre à chaque mot, et quand plusieurs mots ont le même nombre, même s'ils ne comportent pas les mêmes lettres, et bien ils sont associés l'un à l'autre. L'hébreu est une langue consonantique, il n'y a pas de voyelles, mais les voyelles sont définies par des points qui sont placés sous les lettres, ou parfois sur les lettres.
Donc quand plusieurs mots s'écrivent avec les mêmes consonnes, même s'ils ne se prononcent pas de la même manière, ils sont également associés l'un à l'autre. Et puis, en hébreu également, il n'y a que deux temps, le passé, ou accompli, et le futur, ou ce qui est en devenir et qui s'appelle l'inaccompli. Enfin, je dirais que quatre lettres ont un statut particulier, et qu'on dit qu'elles ont valeur voyelle.
Donc je vais commencer par parler de ces quatre lettres. Les trois premières sont les lettres qui sont en lien avec le tétragramme divin. Iod-hé-vav-hé, donc on voit que le hé s'y retrouve à deux reprises. Mais également le Aleph, qui est la première lettre du mot Elohim, qui signifie les dieux, mais qui est également la première lettre du mot Adam, Adam que tout le monde connaît.
Le Iod, qui a valeur 10, est un germe de lumière divine. C'est une lettre qui contient en elle le tétragramme divin, Iod-hé-vav-hé, puisque c'est la première lettre de ce mot, et qu'en hébreu, la première lettre d'un mot a vraiment une caractéristique particulière qui va donner la couleur à ce mot. Alors, que signifie le Iod ? Eh bien, le Iod, c'est un feu initial, une source d'énergie fondamentale.
Il porte en lui la présence divine à travers le tétragramme divin, mais c'est une présence qui n'est pas encore incarnée, qui est en germe, qui est en devenir. On pourrait dire aussi que c'est tout le code génétique qui est contenu dans la graine ou dans la semence. Donc, il a ce sens particulier. On peut dire aussi que le Iod, c'est cette énergie fondamentale qu'il y a au cœur de chacune de nos cellules, ce feu primordial qui existe dans le noyau même de la cellule.
Il y a dans le Iod inscrit aussi une notion du Iod des hauteurs et du Iod des profondeurs, c'est-à-dire ce Iod des hauteurs qui contient le germe divin et ce Iod des profondeurs qui va faire vibrer cette énergie divine au cœur même de la matière à travers les cellules et qui va permettre l'incarnation de l'esprit au plus profond de nous-mêmes. Le He, qui a valeur 5, signifie le souffle. C'est vraiment une lettre qui porte en elle beaucoup de légèreté, mais c'est aussi une lettre qui est complètement en lien avec le féminin puisque placée à la fin d'un mot, le He va le féminiser.
Et nous y reviendrons tout à l'heure, vous le verrez. Le Vav, lui, a valeur 6 et le Vav est un lien. Donc, vous pouvez voir d'ailleurs à travers leurs formes différentes que le Iod, c'est vraiment cette petite virgule qui ressemble à une petite virgule qui est vraiment ce germe du feu. Et le Vav, en fait, poursuit la virgule et le descend et donc va l'ancrer et le verticaliser.
Alors, le Vav a plusieurs fonctions particulières. Il a une fonction structurante puisque c'est une lettre très verticalisée. C'est aussi notre colonne vertébrale qui nous permet de tenir debout et qui donne cette verticalité intérieure. Il a également une fonction de lien.
Alors, c'est un lien à tous les niveaux, entre le bas et le haut, puisque c'est une lettre verticale, mais aussi d'avant en arrière. Le Vav, dans la langue hébraïque, c'est É. C'est notre conjonction de coordination É. On dit, par exemple, Adam et Ève.
Adam, Vé, Rava. Adam et Ève. Et puis, il a une fonction grammaticale particulière. Je vous ai parlé tout à l'heure de l'accompli, qui est donc le passé, et l'inaccompli, qui est le futur.
Et bien, placé devant un verbe, le Vav va changer le temps de ce verbe et va mettre un verbe au passé, au futur, et un verbe qui est au futur, au passé. Donc, il a un lien entre le présent ou le passé et l'avenir. À tous les sens du terme, c'est donc vraiment une fonction liante très importante. Et la quatrième lettre, c'est le Aleph.
Alors, le Aleph, c'est la première lettre de l'alphabet hébraïque. C'est comme l'alpha de l'alphabet grec. Et c'est un lieu de silence et de vide. On pourrait dire que c'est le moyeu vide de la roue.
C'est-à-dire, c'est cet espace vide qui va permettre à la roue de tourner. C'est le lieu du déconditionnement absolu et qui contient tous les possibles de la création. On peut faire un lien entre le Aleph et le Yod, mais la différence qui existe entre les deux, c'est que le Aleph va permettre de créer à partir de rien, à partir du vide, sans aucun conditionnement. C'est-à-dire qu'il y a une liberté totale d'action dans le Aleph, qui n'existe pas dans le Yod, puisque le Yod, lui, il porte le devenir de ce qu'on va être.
Puisque c'est comme le germe ou comme le code génétique que nous portons chacun en nous, comme le gland qui deviendra un jour un chêne. Puisque ce soir, je vais vous parler du féminin. Le féminin, évidemment, a toujours été associé à la femme et le masculin à l'homme. Mais pourtant, de mon point de vue, le féminin est une force qui peut exister aussi bien chez la femme que chez l'homme.
C'est une force qui existe en chacun d'entre nous, hommes et femmes, mais qui prend évidemment des colorations différentes chez les hommes et chez les femmes. Or, les maîtres de la Kabbale associent le masculin à la lumière et le féminin à la capacité de recevoir cette lumière. Et justement, le féminin est vraiment cette possibilité d'accueillir, d'accueillir et de faire croître, et en particulier de faire croître la lumière, la lumière divine.
Il se fait qu'en hébreu, lumière se dit or. Or s'écrit avec un aleph, un vav et un resh, et il a pour valeur, quand on additionne tous les nombres associés aux lettres, il a pour valeur 207. Et Kabbalah, en hébreu, c'est un mot qui veut dire réception, c'est-à-dire recevoir, prendre en son sein. Et Kabbalah a pour valeur numérique 137.
Entre les deux, entre 207 et 137, vous voyez qu'il y a 70 d'écart. Et 70, c'est la valeur du mot sod. Le mot sod signifie secret. Donc, entre la lumière et la réception de cette lumière, on peut dire qu'il y a un secret.
Et curieusement, cette différence de 70 est exactement la même qu'on retrouve entre le mot masculin, qui se dit zahar, et le mot féminin,