La pensée de Pierre Teilhard de Chardin
Pour quelles raisons, Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), scientifique de renommée internationale et père jésuite a-t-il été interdit de publication de son vivant ? Que contenaient donc ses écrits de si dangereux pour sa hiérarchie religieuse ? Maurice Ernst, après un premier volet consacré à la vie de Pierre Teilhard de Chardin, revient ici sur la pensée philosophique et religieuse de l’auteur.
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« Le passé m’a révélé la construction de l’avenir » écrit Pierre Teilhard de Chardin. A partir d’une réflexion et d’une expérience scientifique (géologie et paléontologie), l’auteur donne une vision cohérente de l’univers et de l’homme. Ses réflexions intègrent l’ensemble de leur histoire pris sous l’angle de l’évolution et fondent une nouvelle histoire naturelle qui modifie profondément la philosophie, la morale et la religion.
Les écrits de Pierre Teilhard de Chardin portent aussi sur une voie de développement personnel. Pour l’auteur, la voie du bonheur inclut en effet trois étapes successives :
1 °) se centrer, se connaître soi-même, être soi-même pour se développer
2°) se décentrer : s’ouvrir à l’autre, aimer. Ce décentrage ne peut se réaliser que si, au préalable, on s’est soi-même bien centré, faute de quoi on risque de se déconstruire…
3°) se sur-centrer, dans son rapport à l’autre. Dans ce sur-centrage, on se relie à un principe supérieur : point Oméga (Christ cosmique dans l’acception chrétienne) ou Esprit (dans une acception laïque).


La pensée philosophique de Pierre Teilhard de Chardin nous conduit ainsi à de nombreuses interrogations sur la nature du genre humain, qui trop souvent « divise, au lieu de réunir ». Parmi celles-ci :
- Pour quelles raisons les églises institutionnalisées rejettent-elles systématiquement les interprétations intérieures, mystiques, de leurs membres, aussi brillants et dévoués soient-ils ?
- A l’heure où les travaux de Darwin sont célébrés, érigés en nouveau dogme par certains scientifiques « modernes », les réflexions de Pierre Teilhard de Chardin éclairent d’un regard tempérant, ouvert et actuel ces questions qui apparaissent ainsi complémentaires et non contradictoires.
Extrait de la vidéo
L'exposé précédent Dans l'exposé précédent, je vous ai présenté assez succinctement la vie de Teilhard Chardin et maintenant je vais parler de sa pensée philosophique et religieuse. En introduction ou en transition, je voudrais dire que cette pensée qui n'a été vraiment diffusée que, comme je l'ai expliqué tout à l'heure, que par les publications intervenues pendant 20 ans après sa mort était en réalité déjà connue avant par toutes sortes de papiers clandestins qu'il diffusait à des amis.
Il les diffusait à des amis, qu'il les retransmettait à des amis, si bien qu'il y avait tout un circuit de papiers qui circulait et qui contenait et qui ont permis à beaucoup de gens de connaître sa pensée avant même que toutes les oeuvres soient publiées. La deuxième chose que je voudrais dire, étant donné que cette pensée, la pensée philosophique et religieuse dont je vais maintenant parler, est très fortement ancrée sur ses travaux scientifiques, je voudrais résumer un peu ce qu'ont été ses travaux scientifiques et les titres qu'il a acquis à cet égard.
Alors au point de vue des diplômes universitaires, donc il a une licence de sciences naturelles avec un certificat de géologie, un certificat de botanique, un certificat de zoologie. Et puis en 1920-1922, il écrit un mémoire sur les carnassiers des phosphorites du Kerci, un autre sur les primates du Kerci, et il a une thèse de doctorat en 1922 sur les mammifères de l'éoscène inférieure française. Alors ses travaux scientifiques ont été publiés, comme je l'ai montré tout à l'heure.
C'est de la géologie, fondamentalement pour 55% des études sur la genèse du continent asiatique qui servent encore aujourd'hui aux recherches géologiques en Chine. Et puis la paléontologie des mammifères en France, en Belgique, en Angleterre. Et enfin au muséum, il participe en tant que géologue à des études statigraphiques sur la découverte du synanthrope à Pékin, sur les gisements de pithécanthrope de Java, etc.
Et au point de vue des titres qu'il acquiert, il a en 1923 le prix de la Société géologique de France, dont il deviendra d'ailleurs président. Il a le prix Ryu de l'Académie des sciences. En 1924, il est membre de la Société de biogéographie. Puis en 1938, directeur du laboratoire de géologie appliqué aux origines de l'homme à l'Institut de paléontologie humaine, qui dépend de l'école des hautes études.
Il est directeur de recherche au CNRS. En 1947, il est fait officier de la légion d'honneur au titre des affaires étrangères. Et avec la mention suivante, service éminent rendu au rayonnement intellectuel et scientifique français par un ensemble de travaux en majorité rédigés et publiés en Chine qui lui ont acquis la plus grande autorité dans les milieux scientifiques internationaux et anglo-saxons en particulier.
Peut être actuellement considéré dans le domaine de la paléontologie et de la géologie comme une des gloires de la science française dont il a fait beaucoup par ses relations personnelles avec les savants étrangers pour maintenir et développer le prestige international. Donc vous voyez que sa base scientifique est reconnue. Il a été sollicité par Paul Rivet pour entrer au Collège de France. On lui avait promis un vote unanime, mais il en a été empêché par sa hiérarchie.
Et enfin, il a été membre de l'Académie des sciences. Voilà un résumé un peu de ses titres scientifiques avant d'attaquer le thème de ce deuxième exposé qui est sa pensée philosophique et religieuse. Pour présenter cette pensée dans un temps restreint, il faut, et je vais essayer surtout de vous montrer l'architecture de sa pensée sans entrer dans les détails, parce que là, il faudrait 10 ou 12 conférences.
D'ailleurs, il y en a, je vous indiquerai, si on veut connaître Théa Chanah, il y a actuellement des conférences de 10 ou 12 leçons sur sa pensée. Mais je dirais qu'au point de vue synthétique, je dirais que Théa, c'est une vision cohérente de l'univers et de l'homme. Et une vision qui, à partir d'une expérience et d'une réflexion scientifique, intègre l'ensemble de leur histoire dans le phénomène de l'évolution perçu dans toutes ses généralités et font, dans quelque sorte, une nouvelle histoire naturelle.
Et qui modifie profondément certains aspects importants de la philosophie, de la philosophie, de la morale et de la religion. Et troisièmement, une pensée dans laquelle le christianisme, s'il sait se renouveler, est appelé à jouer un rôle essentiel pour entraîner l'humanité vers son accomplissement. Alors, je vais reprendre un peu ces trois points que l'on retrouve dans toute son œuvre. Alors, d'abord, une vision cohérente de l'univers et de l'homme.
On peut résumer sa démarche dans une phrase lapidaire qu'il a écrite en septembre 1935 pendant une de ses traversées, qui est « Le passé m'a révélé la construction de l'avenir ». Alors, « Le passé m'a révélé la construction de l'avenir ». Alors, d'abord, quelle est sa vision du passé ? Là, il parle en géologue et en paléontologue, qui a beaucoup travaillé sur le terrain, réfléchit longuement aux origines de l'homme, et voilà très schématiquement ce qu'il voit.
Premièrement, l'univers est une évolution. C'est l'évolution qui explique toute la jeunesse de l'univers depuis son commencement. L'évolution, deuxième point, à mesure qu'elle se développe, crée du plus en plus complexe. À l'origine, la multitude inorganisée, des grains de matière dans un océan de lumière et de chaleur, avec ou sans Bing Bang, le Bing Bang n'est pas obligatoire, il a été à la mode pendant un certain temps.
Aujourd'hui, la Terre, avec toutes ses richesses minérales, végétales, animales, et avec l'homme qui s'est répandu sur toute sa surface en la couvrant de ses œuvres et de sa pensée.