Gurdjieff et la gnose originelle
Introduction à l'enseignement de Georges-Ivanoviff Gurdjieff (1877-1948) d'après Jean-Claude Squinquel. Chaque individu, s'il veut se rapprocher de son essence, du Soi, doit se débarrasser d'un certain nombre de conditionnements, de masques, dont les origines remontent à la petite enfance.
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A l'heure de la technologie triomphante, l'auteur nous fait prendre conscience qu'un certain nombre de nos contemporains agissent selon des automatismes.
Comment s'en libérer? Comment renaître à soi-même? Réponse dans cet exposé de 40 minutes.
Extrait de la vidéo
Il faut venir sur un point qui est très important dans l'enseignement de Gorgiès, c'est la distinction qu'il fait entre essence et personnalité.
Lorsqu'un petit homme vient au monde, il n'est qu'essence, il est matière vierge qui reflète librement toutes les influences universelles.
C'est l'éducation, notamment par les premières injonctions données par les parents, les règles de propreté, ne mets pas ton doigt dans ta bouche, ne lèche pas ce que tu viens de prendre par terre, qui va permettre l'élaboration de ce que l'on appelle la personnalité, c'est-à-dire, en d'autres termes, un système de réflexes conditionnés qui permet l'intégration de l'homme dans la société.
Persona signifie en latin masque de théâtre, pour nous indiquer ici que cette personnalité va dissimuler ce que je suis dans la profondeur de moi-même, c'est-à-dire mon essence.
Gurdjieff appelle ce mécanisme de confusion de l'essence avec la personnalité identification.
Rappelons que l'homme est constitué de deux parties, essence et personnalité.
L'essence dans l'homme est ce qui est à lui, la personnalité dans l'homme est ce qui n'est pas à lui.
Ce qui n'est pas à lui signifie ce qui lui est venu du dehors, ce qu'il a appris ou ce qu'il reflète, toutes les traces d'impressions extérieures laissées dans la mémoire et dans les sensations, tous les mots et tous les mouvements qui lui ont été enseignés, tous les sentiments créés par imitation, tout cela est ce qui n'est pas à lui, tout cela est la personnalité.
Un petit enfant n'a pas encore de personnalité, il est ce qu'il est réellement, il est essence.
Ses désirs, ses goûts, ce qu'il aime, ce qu'il n'aime pas, expriment son être tel qu'il est.
Mais aussitôt qu'intervient ce que l'on nomme éducation, la personnalité commence à croître au détriment de l'essence.
La personnalité se forme en partie sous l'action d'influences intentionnelles, c'est-à-dire de l'éducation, et en partie du fait de l'imitation involontaire des adultes par l'enfant lui-même.
L'essence est la vérité de l'homme, la personnalité est le mensonge.
Mais à mesure que grandit la personnalité, l'essence se manifeste de plus en plus rarement, de plus en plus faiblement.
Souvent même l'essence s'arrête dans sa croissance, à un âge très tendre et ne peut plus grandir.
Il arrive très souvent que le développement de l'essence d'un homme adulte, même d'un homme très intellectuel, ou dans le sens courant du mot, très cultivé, se soit arrêté au niveau de développement d'un enfant de 5 ou 6 ans.
Cela signifie que rien de ce que nous voyons dans cet homme n'est à lui en réalité.
Ce qui est à lui, ce qui lui est propre, c'est-à-dire son essence, ne se manifeste habituellement que dans ses instincts, dans ses émotions les plus simples.
En certains cas cependant, l'essence peut croître parallèlement à la personnalité.
De tels cas représentent des exceptions très rares, spécialement dans les conditions de vie des hommes cultivés.
L'essence a plus de chances de se développer chez les hommes qui vivent en contact étroit avec la nature, dans des conditions difficiles où il faut constamment combattre et surmonter les dangers.
Le deuxième point fondamental du message de Gurdjieff, c'est ce qu'il a appelé les quatre niveaux de conscience de l'homme.
Deux seulement sont le partage de l'homme ordinaire, de l'homme moderne qui vit dans notre société, c'est le sommeil et la veille.
Mais les enseignements initiatiques nous apprennent qu'il existe deux autres états de conscience supérieure qui sont la conscience de soi et la conscience objective.
De tels niveaux de conscience, hors de portée de l'homme ordinaire, ne peuvent être atteints que par un travail minutieusement organisé.
Le troisième état de conscience est le rappel de soi ou conscience de soi, conscience de son être propre.
Il est habituellement admis que nous avons cet état de conscience ou que nous pouvons l'avoir à volonté.
Notre science et notre philosophie n'ont pas vu que nous ne possédons pas cet état de conscience et que notre désir seul est incapable de le créer en nous-mêmes si nette que soit notre décision.
Le quatrième état de conscience, l'état de conscience objective. Dans cet état, l'homme peut voir les choses comme elles sont.
Les religions de tous les peuples contiennent des témoignages sur la possibilité d'un tel état de conscience qu'elles qualifient d'éveil, d'illumination ou de divers autres noms et le disent indescriptibles.
Mais la seule voie correcte vers la conscience objective passe par le développement de la conscience de soi.
Un homme ordinaire artificiellement amené à un état de conscience objective et ramené ensuite à son état habituel ne se souviendra de rien et pensera simplement qu'il a perdu connaissance pendant un certain temps.
Mais dans l'état de conscience de soi, l'homme peut avoir des éclairs de conscience objective et en garder le souvenir.
Pour la grande majorité des gens, même cultivés et bien pensants, le principal obstacle sur la voie de l'acquisition de la conscience de soi, c'est qu'ils croient la posséder.
En d'autres termes, ils sont tout à fait convaincus d'avoir déjà conscience d'eux-mêmes et de posséder tout ce qui accompagne cet état, l'individualité dans le sens d'un moi permanent et immuable, la volonté, la capacité de faire et ainsi de suite.
Or il est bien évident qu'un homme ne verra pas l'intérêt d'acquérir par un long et difficile travail une chose que dans son opinion il possède déjà.
Au contraire, si vous le lui dites, il pensera soit que vous êtes fou, soit que vous tentez d'exploiter sa créulité pour votre profit personnel.
Le troisième chapitre du message proposé par Gurdjieff s'intitule « La voie ».