Sacerdoce primitif selon Martines de Pasqually
« De Dieu à l'homme jusqu'au monde manifesté, la doctrine de Martines de Pasqually et de l'ordre des élus-coëns englobe tout » nous dit Jean-François Var. C'est un système conçu non seulement pour la theoria, la contemplation des idées, mais aussi et surtout pour la praxis, sa mise en œuvre. Le cœur de ce système, son élément agissant, est le sacerdoce. "Martinez de Pasqualy a ancré son système dans le christianisme et plus précisément dans le catholicisme romain", nous dit-il, se livrant dans cet exposé de 30 minutes, à une exégèse de la fonction sacerdotale.
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Du principe à la fin comme accomplissement, Jean-François Var nous parle du Verbe créateur comme « envoyé par le Père et consacré par l'Esprit », verbe incarné et transfiguré par l'Alpha et l'Oméga de toutes choses. Principe et fin justement, de son nom d'homme, Jésus devenu Jésus-Christ, origine et terme du sacerdoce aussi.
C'est donc de l'histoire de cette investiture sacerdotale que Jean-François Var va nous parler, partant du premier Adam, déchu, pour arriver au nouvel Adam, Christ , rédempteur et réparateur universel. De la chute à la réintégration, l’élu-coën devenu Réau-Croix reprendra, en lui et à travers lui, ce cheminement. Car le culte coën n'est pas en contradiction avec la voie ecclésiale, il est en accord avec elle. C’est la raison pour laquelle les élus-coëns ont l'obligation de recevoir les sacrements de l'Eglise. Le culte primitif des élus -coëns n'est légitime en fait que s'il est rendu par des baptisés, "re-nés en Christ", qui ont pour vocation d'œuvrer à la restauration de l'Univers, celui créé par le Verbe, au sein de l'Eglise du Christ. Si leur sacerdoce découlait initialement du verbe créateur (figure archétypique du premier Adam), il découle désormais du verbe incarné par le nouvel Adam-Christ. C'est lui qui, en manifestant sa présence et celle de « la Chose », légitime le culte des élus -coëns….

Et avec une pointe de provocation assumée, pour Jean-François Var d'ajouter que "toute autre pratique hors du Christ et sans lui serait illégitime, illusoire voire dangereuse"….
Cet exposé de 30 minutes a été filmé lors du colloque du tricentenaire de Martines de Pasqually, organisé par l'Institut Eléazar et la revue Renaissance Traditionnelle, à Marseille, en septembre 2010.
Extrait de la vidéo
Comme Serge l'a laissé entrevoir, je vais vous tenir un discours, allez, de nature théologique. Je vais me livrer devant vous à une exégèse chrétienne de ce qui est la pièce maîtresse du système élaboré par Martinez de Pascual, c'est-à-dire le sacerdoce. C'est la pièce maîtresse parce que c'est l'élément agissant au cœur de ce système, car ce système élaboré par Martinez de Pascual est un système qui n'est pas fait pour la théoria, c'est-à-dire la contemplation de certains concepts, ou même la jonglerie avec certains concepts, ou certains nombres, etc.
Le système de Martinez est conçu pour la praxis, c'est-à-dire la mise en œuvre pratique de cette doctrine au sein de l'ordre des élus coréennes de l'univers. Et c'est de cela qu'il faut nous occuper, parce que c'est probablement le cœur de cet ordre, et c'est ce cœur qu'il nous faut ausculter. Je me sens parfaitement légitime à me livrer devant vous à cette exégèse chrétienne. Pourquoi ?
Parce que Martinez de Pascual y a ancré son système dans le christianisme, et même encore plus précisément dans le catholicisme romain, puisqu'il exigeait de tous ses adeptes qu'ils fussent catholiques romains. Et je vous dirai tout à l'heure pourquoi. Alors cette exégèse va partir des origines, plus exactement du principe, pour aboutir à la fin, la fin en tant qu'accomplissement. Qu'est-ce que le principe et la fin ?
Plus exactement, qui est le principe et la fin ? Et bien celui dont la voix proclame dans l'Apocalypse « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le principe et la fin ». Et qui répète un peu plus tard, tout ceci c'est dans les derniers chapitres de l'Apocalypse, qui répète un peu plus tard « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le principe et la fin ». Et quelle est cette voix qui se fait entendre ?
Et bien c'est la parole de Dieu, c'est-à-dire le Verbe, qui se nomme un peu plus loin de son nom d'homme, c'est-à-dire « Moi, Jésus ». Et c'est donc le Verbe créateur, Verbe incarné, Verbe transfiguré, qui est à l'origine et au terme de toute chose. Saint-Denis l'Aréopagite disait « Le Christ est le principe et la fin de toute hiérarchie ». Donc il est à l'origine et au terme de toute chose, celui par qui, pour qui et en qui tout a été créé, comme l'affirme d'une voix unanime l'apôtre Jean, Jean le théologien, dans le prologue de son évangile et l'apôtre Paul dans ses Épitres.
Celui par qui tout a été fait. Il est donc à l'origine et au terme du sacerdoce comme de tout le reste. Alors c'est l'histoire, l'histoire sainte. Qu'est-ce que c'est qu'une histoire sainte ?
C'est l'histoire qui est scandée et orientée par les interventions de la Providence, l'intervention de Dieu par rapport aux hommes. C'est cette histoire sainte du sacerdoce que je vais vous conter. Adam 1er, Adam primordial, créé, comme vous le savez tous, à l'image de Dieu, créé à l'image de celui qui est l'image et l'icône du Père, c'est-à-dire du Verbe Logos. C'est un thème qu'on pourrait développer avec beaucoup, qui nous mènerait très loin.
Adam est créé à l'image du Logos. Et le Logos est le proto-Adam. On peut parler de ça une autre fois. Adam 1er fut doté, à l'origine, à la fois de qualités divines et de qualités humaines, propres à l'homme.
Qualités qu'il possède toujours, mais que la chute a dénaturé. Car Dieu ne retire jamais ce qu'il a donné. Ensuite, l'homme en fait l'usage qu'il veut faire. Alors, quelles sont les qualités divines dont Adam 1er, Adam primordial, a été doté ?
Premièrement, la capacité d'aimer. Dieu est amour, tout amour vient de Dieu. Il ne faut pas oublier ça. Et que quand on aime, on accomplit un acte divin.
La deuxième capacité, c'est la capacité de créer. L'homme est créatif, il est créateur. Et la troisième caractéristique divine dont l'homme a été doté, c'est la liberté. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, quand on entrave la liberté des hommes, on commet probablement un sacrilège.
Ça, ce sont les qualités divines dont l'homme a été doté. Et puis, il a été doté de qualités humaines, c'est-à-dire les fonctions qui totalisent les capacités d'agir selon sa condition, selon sa condition humaine. Quelles sont ces fonctions ? Ce sont les fonctions fondamentales, il y en a trois, pas plus, de roi, prêtre et prophète.
Alors, roi, eh bien, Adam reçoit la capacité de régir l'univers, de l'organiser dans l'ordre et l'harmonie, et de le préserver de tous dérèglements. Et la preuve de cette royauté que Dieu lui donne sur l'univers, c'est que Dieu lui donne la tâche de nommer toutes les créatures, c'est-à-dire leur donner une identité, leur donner justement la capacité de vivre dans cet ordre harmonieux qu'il a pour fonction de préserver, de gouverner et de conduire jusqu'à sa fin.
Prêtre, eh bien, Adam reçoit la capacité de présider au culte d'adoration et d'action de grâces rendues par tous les êtres créés à leur créateur. C'est-à-dire qu'il a la fonction de concélébrer avec les anges et avec toutes les créatures terrestres la liturgie cosmique. Cette liturgie cosmique qui ne s'interrompt jamais, même si le prêtre s'absente. Le prêtre, en l'occurrence, c'est Adam, bien entendu.
Les cieux et la terre sont remplis de sa gloire et la contemplation de la gloire divine produit la glorification. Et enfin, eh bien, prophète, c'est-à-dire que, petit point que j'allais oublier, par cette fonction sacerdotale, Adam veille à maintenir intact le lien qui unit la création à son créateur. Et ce lien qui unit la création à son créateur, c'est la religion, parce que la religion relie. Et c'est ça la vraie religion, il y a plus de mille ans, etc.
Et enfin, prophète, eh bien, qu'est-ce que c'est que le prophétisme d'Adam ? Adam reçoit la capacité d'orienter toute la création dans le sens de la destinée que Dieu a conçue pour cette création. De faire avancer la création, de la faire grandir, de la faire s'élever. C'est ça le prophétisme d'Adam.
Et avec ces trois fonctions, si on les étudie d'une façon objective, si on approfondit tout ce qu'elles impliquent, on a la clé de toute l'histoire humaine, de génération en génération. Alors, nous n'allons considérer que la fonction sacerdotale, car autrement nous y passerions trois jours. Un jour pour chaque fonction. Depuis sa chute, Adam conserve toutes ses fonctions, droit de prêtre et prophète, et la chute a souillé ses fonctions, désorienté leur usage, et le sacerdoce en particulier.
Ce sacerdoce a été profané, il est devenu équivoque, c'est-à-dire qu'il peut être exercé soit pour la justice, soit pour l'injustice. Et alors, ce culte célébré par l'homme, toujours prêtre, est dévoyé. Soit qu'il confonde les serviteurs fidèles ou rebelles avec le maître, et ce culte s'adresse aux anges bons ou mauvais, porteurs des énergies divines ou des énergies démoniaques. Soit que ce culte s'adresse aux éléments du monde, porteurs des forces de la nature.
Et dans ces deux cas, c'est le culte des idoles, et c'est le polythéisme idolatrique. Et c'est ce que condamne avec force l'apôtre Paul, au début de l'Épître aux Romains. Je vais vous citer le passage parce qu'il est extrêmement intéressant. La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes, c'est de cela que je parle, qui retiennent injustement la vérité captive.