Louis-Claude de Saint-Martin à l’école de Martines de Pasqually

Louis-Claude de Saint- Martin, aussi appelé « le Philosophe Inconnu », est l'un des esprits les plus originaux de la philosophie et de la spiritualité du dix-huitième siècle. Né à Amboise le 18 janvier 1743, il embrasse la carrière militaire après des études de droit et obtient le grade de sous-lieutenant au régiment d'infanterie de Foix.
C'est à cette époque, à Bordeaux, où il a ses quartiers d'hiver, que Saint-Martin rencontre Martinès de Pasqually et entre dans l'ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers.

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La magie spirituelle aux rituels complexes entourant les cérémonies de l'ordre le laisse dubitatif. En revanche, il adhère avec passion à la philosophie (gnose ?) de la réintégration. Une philosophie qui le marquera à vie.
En 1771, il quitte l'armée pour devenir le secrétaire particulier de Martinès de Pasqually. Grâce à son énergie, l'ordre s'organise avec efficacité et le maître profite du talent de son jeune assistant pour avancer dans l'écriture de ses textes, dont l'emblématique Traité sur la réintégration des êtres.
Quel a été l'apport de Saint-Martin dans les différentes versions de cet ouvrage?
De nouvelles découvertes ont-elles été faites récemment concernant la gestation du Traité?

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Après le départ de Martinès de Pasqually pour Port-au-Prince, en 1772, Saint-Martin débute avec Jean-Baptiste Willermoz son activité de professeur des Elus Coëns. C'est à cette époque qu'il écrit son premier ouvrage, Des erreurs et de la vérité, qu’il signa « Un philosophe inconnu ».
En 1780, l'ordre des Elus Coëns cesse officiellement ses activités. Après une fugace passion pour le mesmérisme, Saint-Martin prend alors connaissance de l'oeuvre de Jacob Boehme qui le bouleverse. A partir de cette découverte, sa quête s'intériorise et le caractère théorique de ses premiers écrits s'estompe au profit d'une dimension plus poétique.
En 1790 il décide de rompre avec toutes ses affiliations antérieures : Ordre des Elus Coëns et franc-maçonnerie.
Cette évolution portera-t-elle Saint-Martin a abandonner aussi la philosophie développée par Martinès de Pasqually? Peut-on comprendre son oeuvre sans la lecture préalable du Traité sur la réintégration des êtres? La question est ouverte, mais une chose est certaine, par ses livres, comme Des erreurs et de vérité (1775), le Tableau naturel (1782)..., le Philosophe inconnu a largement contribué à assurer la pérennité des idées de Martinès de Pasqually.
Cet exposé de 33 minutes a été filmé lors du colloque du tricentenaire de Martines de Pasqually, organisé par l'Institut Eléazar et la revue Renaissance Traditionnelle, à Marseille, en septembre 2010.

Extrait de la vidéo

J'ai mis le tour de Saint-Martin à l'école de Martinez, qui va déborder un petit peu, puisque également involontairement je me suis...

J'ai lisé mon texte en quatre parties, puisqu'on verra successivement Saint-Martin d'abord élève à l'école de Martinez, ensuite on le verra comme secrétaire à l'école de Martinez, ensuite nous le verrons comme professeur à l'école de Martinez, pour enfin s'éloigner progressivement de cette école, tout en contribuant à assurer la pérennité de sa pensée par ses propres ouvrages.

Alors lui, Claude de Saint-Martin, est entré dans l'ordre des du Cohen, alors qu'il était encore un jeune homme de 22 ans, je crois que c'est important de le préciser.

Et au fond c'est presque par hasard qu'il a été plongé dans ce milieu.

Ayant terminé ses études de droit, il fit ses premiers pas d'avocat à Tours, et au bout de six mois, prenant conscience qu'il n'a pas été fait pour exercer cette profession, si contraire à sa nature, l'abandonne pour entrer dans l'armée.

En juillet 1765, il obtient du Luc de Choiseul, qui était ministre de la guerre, un brevet de sous-lieutenant de Grenadier au régiment Foix-Infanterie.

Alors je dis bien régiment Foix-Infanterie et non pas régiment de Foix, puisque ce régiment n'a jamais été à Foix.

Et il m'a semblé nécessaire d'ajouter un petit insert sur le régiment Foix-Infanterie.

Je me baserai sur l'étude de Gilbert Mouguet qui a essayé de retracer l'histoire de ce régiment qui est assez particulier.

Alors juste quelques dates, il faut savoir qu'il a été fondé en 1684 sous Louis XIV.

Louis XIV qui s'est souvenu de deux choses, comme le dit Gilbert Mouguet, d'une part qu'il avait un ancien titre de comte de Foix et qu'il avait besoin d'argent.

Puisque un régiment c'était quelque chose qui se monnayait, on vendait la charge de maître de régiment et c'était un moyen pour employer les caisses de la royauté.

Donc en fait Louis XIV va vendre cette charge de maître de camp au 4ème fils de Colbert, le marquis de Blainville, qui va en devenir le 1er lieutenant-colonel.

Alors c'est un régiment qui va participer à de nombreuses campagnes et je pense que c'est intéressant justement de faire un parallèle avec ce que nous a dit hier Christian Marseyne sur les différentes campagnes parce qu'on va voir des régiments se croiser, notamment en Italie, en Flandre, avec des rencontres possibles.

Alors ce régiment va circuler un peu partout, beaucoup en Espagne, en Italie, pendant les guerres de Flandre, les guerres de succession d'Espagne.

Il va participer également à de grandes batailles mais finalement il va être décimé en Hollande un peu avant 1714.

Il va être reformé sous Louis XV pour aller justement se battre en Italie.

Là il va participer aux guerres de succession de Pologne, marcher sur Prague et lors des guerres de succession d'Autriche, là il va connaître de lourdes pertes.

Il va se réduire à quelques officiers.

Entre 1744 et 1747, il va combattre à nouveau en Italie, avant de participer à la guerre de Sétan qui va constituer la grande série de campagnes qu'il va faire juste avant de partir à Saint-Domingue, entre 62 et 65.

Il faut savoir qu'à Saint-Domingue à cette époque, il y a environ 300 000 occidentaux à Saint-Domingue.

Alors le régiment faux-infanterie est aussi connu parce qu'il a participé aux guerres d'indépendance américaines.

Son passage a laissé un souvenir important, au point qu'on trouve encore dans le répertoire musical militaire un air qui s'appelle l'air du régiment faux-infanterie.

Alors revenons à Saint-Martin, le régiment faux-infanterie, qui rentre justement de cette mission à Saint-Domingue, entre 62 et 65, qui vient de prendre ses quartiers à Bordeaux.

Et c'est dans cette ville que Saint-Martin va le rejoindre en 1765.

Saint-Martin nous dit « Le duc de Choiseul a été sans le savoir l'instrument de mon bonheur.

Il me plaça dans le seul régiment où je pouvais trouver le trésor qui m'était destiné. » Dans le portrait bien sûr, que vous connaissez.

Alors comme vous le savez aussi, l'armée a été un vecteur important du développement de la formationnerie en Europe.

Et au 18e siècle, on ne compte pas moins de 100 loges régimentaires en France.

Faux-infanterie, bien sûr, possède la sienne.

Et cette dernière pratique l'eurythme des chevaliers maçons éduqués de l'hiver.

Malheureusement, nous ne savons pas à quel moment elle l'a pratiquée, à partir de quel moment elle s'est ralliée à celle-là.

Mais il faut signer que lorsqu'elle arrive à Bordeaux, c'est quelques mois avant que Saint-Martin lui-même n'arrive à Bordeaux.

Pratiquait-elle l'eurythme des éduqués avant ? On ne le sait pas.

Mais après son arrivée à Bordeaux, Pierre-André de Grenville, premier capitaine des Grenadiers, qui est aussi l'un des membres de la loge, remarque ce nouveau venu, le questionne pour jauger sa personnalité.

Quelques jours plus tard, Saint-Martin est accueilli à la loge jaugée par Baudrille-Balzac, qui va lui communiquer les trois premiers grades des éduqués.

Au moment où Saint-Martin est initié, l'ordre est encore, comme on l'a vu hier, en gestation et n'est pas totalement structuré.

Si Martinez a posé les premières pierres de son temple en 1754 à Montpellier, l'ordre n'existe réellement que lorsque Martinez est fixé à Bordeaux.

C'est-à-dire entre 1961 et 1962. Je vous renvoie aux articles de Michel Nahon et de Maurice Friot sur le sujet dans le bulletin de la société Martinez de Pasqualine.

Ces projets vont se concrétiser à Bordeaux grâce à l'accueil qu'il va recevoir la française, une loge bordelaise où il va créer un atelier Cohen, dont l'existence, il faut le dire, va être relativement brève.

Auprès de la loge jaugée, Martinez va trouver de puissants alliés avec Pierre-André de Grenville, Gaspard-Adrien de Champollon, Baudry de Baljac et Pierre-Joseph Bulet, l'aumônier du régiment.

L'huile d'eau de Saint-Martin ne va pas rencontrer immédiatement Martinez de Pasqualine, car le régiment quitte Bordeaux dès octobre 1966, pour aller s'installer à Nantes avant de circuler au gré des missions dans plusieurs régions de France.

En temps de paix, il faut dire que la vie militaire offre quelques loisirs, en particulier pendant les périodes de quartier d'hiver, qui laissent souvent plusieurs mois de liberté aux soldats.

De Grenville, de Champollion, Baudry de Baljac et Louis-Claude de Saint-Martin profitent de ces moments pour venir à Bordeaux pour compléter leur formation de cohen.

Et c'est à l'une de ces occasions, en 1768, que Louis-Claude de Saint-Martin rencontre Martinez pour la première fois.

Il prendra d'ailleurs pension chez Martinez lui-même d'octobre à décembre.

Une lettre adressée par de Grenville à Villermose en décembre 1768 laisse penser que c'est au cours de ce séjour, à la fin de l'année 1768, que Saint-Martin est reçu ou ordonné, pour employer le vocabulaire des cohens, commandeur d'Orient.

En trois ans, il a donc gravi presque l'intégralité des grades cohens, puisqu'il se trouve sur le seuil du dernier, celui de Réaucroix.

Rappelons que Saint-Martin n'a que 25 ans.

L'histoire ne dit pas dans quelle loge Saint-Martin a reçu les six grades précédents.

Il est plus probable que ce soit au chapitre cohen de la Française, qui a fermé ses portes en 1766, et pour s'y aider la loge Josué, elle ne semble pas avoir travaillé très longtemps en rue de cohen.

Dans une lettre du 13 juin 1768, de Grenville à vous d'ailleurs, Villermose, je cite, « Nous avions un temple au régiment, nous avons laissé se détacher les pierres insensiblement, et nous ne les remplaçons pas. » Concluer, « À Prennes y trouverions-nous actuellement trois pierres jointes sur plus de 25 que nous étions. » Il est plus probable que ce soit au cours de leur séjour chez Martinez, pendant leur quartier d'hiver, que les officiers de foie en infanterie aient reçu leurs initiations et leur formation des du cohen.

Saint-Martin précisera que son père l'acceptait très mal qu'il passe tous ses quartiers d'hiver à Bordeaux, plutôt que de venir rejoindre sa famille à Amboise.

C'est également au cours de cette année 1768 que Saint-Martin va rédiger son carnet d'un élu cohen, dans lequel il va consigner ses premières réflexions sur la doctrine des élus cohen.

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