Pratiques ésotériques et géopolitique en Afrique francophone

Savez-vous qu’au Cameroun, l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, AMORC, est plus puissant que la franc-maçonnerie ? Que dans les tribunaux de Bangui, en Centrafrique, plus de la moitié des procès concernent des affaires de sorcellerie ? Jean-Luc Le Bras nous propose de découvrir ici un visage méconnu de l’Afrique. Un continent, berceau de l’humanité, qui, malgré les deux chocs qu’il a encaissés, chocs nommés « colonisation » puis « mondialisation », a conservé un grand nombre de traditions. Et de superstitions…

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« Le culte des ancêtres, les initiations et la sorcellerie ont toujours leur place dans le quotidien de chaque africain » nous dit-il.

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Pour nuire à un rival : le prétendre homosexuel, franc-maçon ou sorcier de la nuit !

Jean-Luc Le Bras nous dresse ici un panorama des groupes ésotériques et pratiques sorcellaires présents en Afrique francophone.

Depuis la magie des campagnes, d’essence archaïque, jusqu’au raffinement des confréries soufies, sans oublier la franc-maçonnerie, il nous spécifie le poids de ces groupes et analyse leurs influences dans leurs sociétés respectives. Cela, tant sur un plan culturel que politique.

Si tous les pays abordés dans cette intervention sont francophones, ils n’ont en revanche pas la même religion : entre un Sénégal musulman et un Congo catholique, quelles variantes constate-t-on dans le traitement de ces « minorités spirituelles » ?

Eléments de réponses de Jean-Luc Le Bras, dans cet exposé enregistré lors des dernières journées Politica Hermetica que nous remercions.

Extrait de la vidéo

Jean-Luc Le Bras a déjà participé à un colloque Politica Hermetica, et donc il est diplomate, chef de mission de coopération, Il a passé 35 ans en Afrique, et en même temps, c'est un érudit, il va donc nous présenter une communication qui croise ce double regard, un regard d'érudit et un regard d'une longue expérience africaine. Je crois que tu es né à Madagascar. Bien, merci, merci à tous. Effectivement, j'étais déjà intervenu il y a trois ans, je pense, sur les confréries soufis et le pouvoir colonial en Afrique.

Et là, on m'a sollicité sur un thème que je découvre passionnant, mais auquel je n'avais pas pensé à l'origine, effectivement, qui s'intitule non pas « Esotérisme et géopolitique en Afrique », mais « Pratiques ésotériques et géopolitiques en Afrique », exemple en Afrique francophone contemporaine, parce que le sujet est vaste. Alors, on va sauter dans le temps. Toutes les interventions que nous avons entendues sont largement orientées vers le passé.

Là, ce sera contemporain. On a entendu parler des trois As ce matin, il y en a même quatre, l'Arabie, l'Asie, l'Amérique. Et là, ce sera l'Afrique. Et je pense aussi que la troisième particularité, ce sera que ces pratiques ésotériques africaines concernent beaucoup plus de monde que les publics, quelquefois confidentiels, qui peuvent concerner certains des personnages très intéressants dont on a entendu parler ce matin.

Alors, quand on m'a suggéré ce sujet, franchement, sur le coup, j'ai été un petit peu désemparé. J'ai beau avoir effectivement travaillé 35 ans en Afrique, j'ai beau y être né à Madagascar, j'ai beau, partout où je suis passé, dans de multiples pays, m'être intéressé à mon environnement, je me demandais par quel bout prendre cela. Et puis, à la lecture d'un ouvrage assez récent, d'un ethnologue qui s'intéresse beaucoup à l'Afrique, Julien Bonhomme, j'ai remarqué qu'il avait interviewé un Sénégalais à l'occasion d'une affaire de mort, d'offrande de la mort, dont je parlerai tout à l'heure.

Et pour se défendre, ce personnage dit expressément ceci. « Parce qu'il y en a qui pensent que je suis un franc-maçon, parce qu'il y en a qui pensent que je peux faire des offrandes dans le cadre de la franc-maçonnerie, à telle enseigne que les gens qui ne me connaissent pas peuvent penser que c'est vrai, alors que ce n'est pas vrai. » Et ce personnage, premièrement, à un autre passage de son interview, il dit qu'il est musulman pratiquant.

Ce personnage-là est interviewé à propos d'une affaire de sorcellerie, il mettait ça entre guillemets. Et ce personnage, enfin, dénie son appartenance à la franc-maçonnerie. Et là, ça m'a donné l'idée de traiter le sujet par trois pistes. Les traditions africaines, ce sera ma première intervention.

Puis, j'aborderai ce que peuvent donner les traditions dans l'islam soufi en Afrique occidentale. Et enfin, je parlerai un petit peu de franc-maçonnerie, en peut-être démythifiant aussi certains présupposés. Au demeurant, déjà, j'ai changé le sujet. Pratiques ésotériques, pour réduire un petit peu l'impact.

Et je précise que, certes, si j'ai vécu longtemps l'Afrique, je ne suis pas sûr, peut-être un peu plus connaisseur que d'autres, mais je ne suis pas sûr de connaître si bien que ça l'Afrique. D'ailleurs, j'ai tendance à dire les Afriques entre nous. Là, ce sera l'Afrique francophone, celle que je connais le mieux. Ça réduit le champ.

Et dans cette Afrique francophone, je parlerai essentiellement d'exemples dans des pays où j'ai vécu. Donc, ce sera le Galon, ce sera le Bénin, ce sera le Sénégal, ce sera la Côte d'Ivoire, la Centrafrique. Il y en a eu beaucoup. Mais j'essaierai quand même de rester au plus près de ce que je connais le, non pas le mieux, mais le moins mal.

Alors, commençons par la tradition en Afrique, c'est-à-dire trois choses essentiellement, le culte des ancêtres et de la parenté, l'initiation, les initiations et la sorcellerie. Il n'y a pas de raison de ne pas employer ce mot-là. Et la place de cette tradition, on peut l'avoir, je crois d'abord qu'il faut bien en avoir conscience. On a dit que j'étais diplomate.

J'ai travaillé dans des ambassades. Ce n'est pas exactement la même chose. Je ne suis pas un fonctionnaire du Quai d'Orsay. Je ne suis pas un fonctionnaire de l'éducation nationale affecté à la coopération française.

Mais j'ai travaillé dans des ambassades, donc très près des diplomates. Et d'ailleurs, j'ai toujours été très étonné de voir que je connaissais assez mal les personnes avec lesquelles ils traitaient. Ils leur parlaient comme si leur monde était exactement le même que le nôtre. Ce qui est complètement faux, évidemment.

Alors, la sorcellerie, je mets des guillemets, mais c'est par facilité que je parlerai de sorcellerie. C'est quelque chose qui a sa place au quotidien, qui a sa place dans la littérature et qui a sa place, vous le verrez aussi, dans le droit carrément en Afrique. Alors ça a sa place au quotidien. On vous a dit que j'étais né à Madagascar.

Effectivement, à Madagascar, il y a des sorciers, comme en Afrique. Mais il y a deux sortes de sorciers, déjà. Il y a les bénéfiques, il y a les maléfiques à Madagascar. C'est le psychide, c'est le devin, c'est celui qui est plutôt bénéfique, qui essaie de vous arranger vos affaires ou de vous prédire l'avenir.

Le paboussave, qui est le sorcier noir, le sorcier de la nuit, qui, lui, est plutôt négatif. C'est la même chose, exactement, en Afrique. En Afrique, notamment en Afrique de la forêt, il y a un terme générique qui est employé de l'Afrique australe jusqu'à la Centrafrique et au Cameroun. C'est le terme de Ndanga.

Le Ndanga, c'est plutôt le sorcier bénéfique, celui que l'on va consulter pour essayer d'arranger les affaires, parce qu'il y a eu quelqu'un d'autre. Le Ndanga est plutôt dure. Il y a eu quelqu'un d'autre, plutôt nocturne, qui, lui, vous a voulu ou vous a causé du mal, puisque rien n'est naturel. En Afrique, il faut bien en avoir conscience.

Fleurisse, le Ndanga et les Marabouts. C'est très étudié. C'est ça qui est paradoxal. C'est très étudié par des ethnologues, par des anthropologues, par des sociologues.

En réalité, j'ai l'impression que c'est assez mal connu, tout au moins de notre personnel diplomatique, que je connais le mieux. C'est assez mal connu, alors que vous avez un Pierre Vergé qui a fait un très bel ouvrage sur Dieu d'Afrique, que vous avez un Éric de Rony au Cameroun qui a écrit il y a fort longtemps Les yeux de ma chèvre, où il a fréquenté ses sorciers bénéfiques, un Yakouba Konate, que j'ai bien connu quand j'étais conseiller culturel à Abidjan, qui a écrit sur les sacrifices dans la ville, j'y reviendrai, ou un Alfred Adler qui a écrit Roi sorcier et Mère sorcière.

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