Hannah Arendt et Martin Heidegger, un amour placé sous le signe de la Balance
La Balance, dans son symbole astrologique (le soleil se couchant à l’équinoxe d’automne) et sa place dans le zodiaque (elle fait face au turbulent Bélier printanier), est synonyme d’harmonie et de beauté. Elle incarne une sorte d’équilibre dialectique entre deux forces opposées : « le jour et la nuit », « l’automne et l’hiver ». Quitte à accentuer cette image dans une dimension tant philosophique que politique, en unissant le collectif à l’individuel : « entre l’amour de Dieu et les turpitudes d’ici-bas ».
Cette dernière phrase n’a rien d’anodin : c’est une allusion directe à la thèse de doctorat que la jeune Hannah Arendt soutint à seulement 23 ans : Le Concept d’amour chez saint Augustin. Une marque significative d’un grand idéalisme, mais aussi une signature typiquement vénusienne.


Heidegger et Arendt : deux natifs du signe de la Balance, cinquante années d’une relation placée sous le signe de l’union des contraires.
Julien Toullec et Marjorie Rafécas-Poeydomenge explorent dans cet entretien la relation à la fois dense et complexe que Martin Heidegger et Hannah Arendt ont entretenue.
Tant à travers l’astrologie (leurs thèmes respectifs, la synastrie, etc.) que l’étude de l’évolution de leurs idées (romantisme et place de la nature, révolution conservatrice, technicité, banalisation du mal, déliquescence de la culture), ils tentent d’analyser la dynamique humaine et intellectuelle de cette longue complicité.


Face au déferlement des nouveaux outils (Internet, IA) et à l’omniprésence de cet entertainment : en quels termes auraient-ils dépeint la société d’aujourd’hui ?
Entre le retrait du monde et la profondeur de l’être, typiquement saturniens et heideggériens, et l’implication sociale prônée par Arendt (Jupiter et Neptune sur l’Ascendant), Julien Toullec et Marjorie Rafécas-Poeydomenge dressent ici un portrait touchant et pour le moins inattendu de ce couple phare de la philosophie : celui d’un tandem romantique…
Extrait de la transcription
Bonjour à toutes, bonjour à tous, chers amis de BAGLIS TV. Aujourd'hui, nous allons évoquer avec Julien Toullec un couple mythique de philosophes. Alors, peut-être que vous allez penser à Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, mais non, aujourd'hui, on va aller plutôt du côté de l'Allemagne, un couple d'ailleurs qui, on peut dire, est un peu sulfureux, on verra après pourquoi. Donc, c'est celui de Martin Heidegger et Hannah Arendt, avec une analyse respective de leur thème astral. Bonjour Marjorie. Effectivement, ce que l'on vous propose aujourd'hui, c'est tout d'abord d'analyser leur thème astral respectif pour ensuite aller davantage dans une analyse qui permettra de comprendre la dynamique de leur relation ainsi que leur manière aussi de concevoir la philosophie. Beaucoup de points communs entre ces deux personnages, également de grandes différences. Une relation particulière, double puisque, à la fois, l'une était l'élève de l'autre. En même temps, il y a eu une relation entre eux qui est une relation amoureuse puis amicale. Donc on va y revenir par la suite. Et ce qu'on vous propose effectivement, c'est tout d'abord de comprendre leur thème astral, on commence par celui de Heidegger.
Alors le thème astral de Heidegger, c'est effectivement un thème astral qui est tout à fait, tout à fait intéressant et qui est marqué par une signature bien particulière : c'est qu'on lui trouve un gros amas planétaire dans le signe de la Balance. Le signe de la Balance qui, par ailleurs, parmi d'autres — disons-le — est tout de même un signe qu'on retrouve plus exactement chez un grand nombre de philosophes. Voilà, Soleil, Lune notamment en Balance, le Soleil et la Lune qui sont parmi les deux astres les plus importants en astrologie. On parle de deux luminaires. Alors la Balance, parce que ce qui est assez intéressant, c'est qu'il s'agit d'un signe qui est à la fois, comment je dirais ça ? À la fois rationnel et sensible, disons-le comme ça. Effectivement, il s'agit d'un signe d'Air. Par définition, un signe d'Air est toujours animé par une grande curiosité intellectuelle. Également une facilité par rapport au langage, aux mots, donc une intelligence essentiellement littéraire.
Mais en même temps, par rapport aux Gémeaux ou au Verseau, la Balance a la particularité d'avoir une sensibilité assez affinée, une sensibilité artistique, une sensibilité de l'ordre, pourquoi pas, de l'imaginaire, de l'esthétique. Donc cette dualité chez les Balances est intéressante et fait que c'est un signe qui est quand même assez répandu — ce n'est évidemment pas le seul — parmi les philosophes. Voilà, on en trouve d'autres notamment, mais là on a quand même deux exemples assez intéressants, comme Bergson effectivement, absolument.
Alors ce qui est très intéressant, c'est qu'effectivement quand on prend le thème de Heidegger, la Balance est très marquée. Soleil, Lune, Mercure, Uranus : à la fois la manière de penser qui est teintée par cette dualité, donc une sensibilité, également quand même une facilité certainement — et on le verra par la suite — à aller dans les concepts, dans le langage ; également la lune, le soleil, la lune, le féminin, la sensibilité. Donc toujours effectivement cette émotivité qui est reliée à l'esthétique, au sens du beau et aussi — et on y reviendra après parce que c'est un point important — il y a dans la Balance une sensibilité qui est teintée de nostalgie, une certaine forme de mélancolie, et on trouve cette nostalgie dans l'œuvre de Heidegger par-delà effectivement une œuvre qui est quand même très marquée par l'intellect bien évidemment puisque Heidegger est quand même, pourrait-on dire, la figure philosophique la plus importante du monde contemporain du 20e siècle, la plus importante de par son rayonnement, de par la densité aussi de son œuvre. Évidemment, il s'agit aussi d'une œuvre qui est difficile, qui évidemment est difficile d'accès de par un vocabulaire conceptuel qui est très riche, qui parfois est d'ailleurs assez difficile à traduire.
Ce qui est aussi intéressant, c'est que justement cette tendance vers l'abstraction, vers le concept, c'est quelque chose qu'on peut retrouver chez les Balances, mais c'est aussi quelque chose qu'on retrouve notamment avec les personnalités qui sont marquées par Saturne.
Alors, si vous regardez donc Saturne, oui, il est dans quel... il est... Saturne, il est conjoint Vénus. Conjoint Vénus. C'est une conjonction là. Ouais, c'est ça effectivement. Saturne... les deux sont collés. Donc effectivement, quand vous avez deux planètes qui sont collées l'une à l'autre, elles sont conjointes. Et d'ailleurs, par ailleurs... il y a une autre conjonction là aussi.
Ouais, effectivement, j'évoque Saturne-Vénus mais on a aussi Mars qui est conjoint d'un peu moins près mais qui est aussi conjoint à Vénus et à Saturne. Donc c'est particulièrement intéressant.
Alors on a une autre conjonction comme tu le dis, Pluton-Neptune au descendant. Donc j'y reviendrai par la suite parce que ça, ça va dans le sens de cette sensibilité que j'évoquais pour le coup. Mais je vais quand même, si tu veux bien, particulièrement insister sur cette dualité, sur cette conjonction Vénus-Saturne parce que pourquoi est-ce qu'elle est particulièrement signifiante ? Alors je pense qu'il s'agit d'un des nœuds, ou même du nœud, du moteur essentiel du thème. Pourquoi ? Parce que... Du moteur de Heidegger aussi. Ouais, le moteur... alors je dirais à la fois le moteur dans sa personnalité et probablement dans son œuvre puisque son œuvre est quand même particulièrement importante dans sa vie. Alors, pourquoi j'insiste sur cette conjonction Vénus-Saturne ? Parce que comme Heidegger a quatre planètes en Balance et que le maître de la Balance c'est Vénus, il faut évidemment regarder où se trouve Vénus dans le thème. OK ? Vénus est donc en Lion en maison 9 et conjoint à Saturne. Or ce qui est intéressant, c'est une règle de l'astrologie qu'on a tendance parfois un petit peu à oublier, c'est que quand on a une conjonction double, triple ou quadruple, il est intéressant de regarder la planète qui est la plus lente parmi les deux planètes.
D'accord ? Voilà. Et ce qu'on remarque c'est qu'effectivement quand on voit cette triple conjonction Mars-Vénus-Saturne, c'est Saturne en fait qui est la planète la plus lente. Donc c'est la planète qui va être probablement la plus influente, la plus importante.
D'accord. Donc tu... on peut considérer que les planètes les plus lentes sont les plus importantes ? Non, elles sont les plus importantes quand elles sont conjointes à des planètes plus rapides. Voilà, quand elles sont conjointes à des planètes plus rapides. Et c'est le cas dans cet exemple, et c'est d'autant plus important que Vénus est particulièrement valorisée puisqu'elle est reliée à toutes ces planètes en Balance. Donc Saturne, en fait, quelque part le thème va être "saturnisé" grâce à cette conjonction. Voilà, c'est vraiment la planète qui va donner la dominante dans ce thème. Et ce côté "saturnien", on le retrouve où dans son œuvre ? Alors justement, en fait Saturne c'est l'intelligence rationnelle. C'est la planète...