Astrologie individuelle
Pour André Barbault, l'astrologie est un art, une science, une sagesse, qui ne peut se confondre avec l'horoscope. L'homme s'insère en effet dans l'architecture du ciel. Son psychisme est structuré à la manière du cosmos dans lequel il tente de trouver des réponses depuis l'aube des temps.
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Astrologie individuelle : entretien avec André Barbault
L'astrologie est ainsi le langage de l'âme humaine en quête de signification, une grammaire céleste qui peut nous livrer ses secrets.
L'homme est-il déterminé dès sa naissance par sa signature astrologique ? La liberté individuelle se trouve-t-elle dans l'accord aux tendances de ses planètes ?
Réponse de l'auteur dans un entretien mené par Fabrice Pascaud.
Extrait de la vidéo
Est-ce que l'astrologie peut-elle nous aider à connaître l'humanité ? Nous allons aujourd'hui parler d'astrologie. Si ce terme nous est familier, la connaissance que nous en avons, en revanche, se résume bien souvent aux horoscopes des magazines. Mais l'astrologie ne saurait se réduire à cela.
Alors qu'est-ce que l'astrologie ? Une superstition ? Une croyance ? Un art ?
Une science ? Une sagesse ? Pour répondre à ces questions, nous allons avoir pour guide André Barbeau. Peu connu du grand public, André Barbeau est une sommité dans le monde astrologique.
Il est, en quelque sorte, le père de l'astrologie mondiale. En effet, ses travaux, qui font autorité, ont permis à l'astrologie de sortir du placard à balais de la sorcière, de se libérer des superstitions qui la parasitaient. Le traité pratique d'astrologie d'André Barbeau était devenu un grand classique. Et tout astrologue digne de ce nom a eu, un jour ou l'autre, un livre d'André Barbeau entre les mains.
Aujourd'hui âgé de 87 ans, c'est donc un très très grand honneur qu'il nous fait, en acceptant de répondre à cette série d'entretiens qui portera sur deux thèmes, l'astrologie individuelle et l'astrologie mondiale. Mais avant d'aborder le sujet central de l'intervention, j'aimerais qu'on revienne aux origines de l'astrologie. Comment le processus astrologique s'est-il élaboré ? Comment l'astrologie a-t-elle pris naissance, en fait ?
Sa lointaine histoire commence avec la réflexion de l'homme sur son rapport avec l'univers. De bonheur, il interroge le monde et il s'interroge sur lui-même en liant ces deux interrogations. Par ce croisement s'introduit une sorte d'effet miroir qui fonde une interrelation. Le cosmos renvoyant à l'être humain une image de sa personne où règne une unité de la vie.
Alors donc, ça reviendrait à dire que l'homme est habité par le processus astrologique, si je te suis bien ? C'est de là, en tout cas, que vient l'intuition philosophique qui la fonde. Le un est dans le tout comme le tout est dans l'un, en une osmose d'univers anthropomorphes et d'humanité astralisée. Le macrocosme ou grand monde céleste est comme le microcosme ou petit monde humain.
Les galaxies du premier à l'an plus tard se présentaient face aux milliards de neurones du second en une interdépendance relative de toutes leurs parties respectives, telle en quelque sorte l'accouplement d'un dehors et d'un dedans. Vous avez sous les yeux cette figure énigmatique du musée hermétique, venu de l'Utriusque Cosmi de Robert Flüde, 1617, qui juxtapose visage humain et champ solaire. Il n'y a rien de plus éloquent pour exprimer l'âme humaine sur fond d'univers, la psyché y étant un central foyer de vie en diffusion infinie.
Aussi petite et éphémère que soit toute existence humaine, sa condition n'en est pas moins celle d'un égo au centre du monde allant jusqu'au bout de soi-même. On conçoit ainsi que c'est parce que l'individu vit au plus profond de soi la phénoménologie de l'astrologie, qu'il l'habite, que celle-ci accède en quelque sorte à sa conscience, portée qu'elle est par une idée-force, une certaine foi si vous préférez, source toutefois d'un vrai savoir sur soi-même qui est à construire.
Donc là nous baignons dans la sphère de l'inconscient humain, avec ce que les psychanalystes appellent le phénomène de l'identification affective sous ces deux processus complémentaires de projection et d'introjection par lesquels nous sommes fondus dans le monde, n'est-ce pas ? Les anciens ignoraient pourtant ce monde de notre nuit intérieure mis en lumière par Freud, mais s'ils ne l'ont pas expressément évoqué, tout se passe comme s'ils l'avaient connu au pressenti.
Mieux, comme si ce monde interne leur avait pleinement parlé. Voici par exemple ce carré avec ses diagonales de Cornelius à Gripa, 1485-1535, où l'homme est une géométrie insérée dans l'architecture du ciel. Ici, l'homme humain, figuré par un corps en expansion, se projette sur le monde et est crampé à la dimension du vaste univers, tel l'homme psychique dans le cosmos. Puis, à côté, avec le pentagone humain, l'homme devient une étoile à cinq branches qui contient l'ordre du système solaire.
L'âme humaine y introjecte le monde, univers ainsi miniaturisé à l'échelle de sa personne, tel est ici le cosmos dans l'homme psychique. L'iconographie astrologique abonde en reproduction accouplée d'une façon ou d'une autre l'homme et le monde, tel cette planche alchimique de Michael Maillère, 1618, où l'homme et la femme s'astralisent, le premier en s'assimilant le soleil et la seconde en s'incorporant la lune.
Mais aussi, par démarche complémentaire, le corps céleste se voit humanisé, comme en rencontre cette image populaire du croissant lunaire à visage humain. C'est donc doublement que le cosmos est immanent à l'être humain, et c'est à ce niveau profond que l'astrologie établit le pont dans la dialectique de l'externe astronomique et de l'interne humain, là que réside l'union symbolique du signifiant et du signifié.
Mais alors, ne sommes-nous pas là au cœur du symbolisme humain qui repose sur la loi des correspondances universelles ? Toute la riche iconographie artistique de l'astrologie révèle que son symbolisme, loin d'être une fantaisie fortuite, remonte à la sorte de l'inconscient collectif. Ainsi y voit-on à l'œuvre notamment le processus psychanalytique de la condensation qui fusionne des valeurs intrinsèques étrangères en une conjonction d'originales factures, traitement duquel procèdent les créatures de chimère, de la mentalité primitive et les dieux de la mythologie comme les fantaisies de la créativité du rêve, de l'imaginaire, de l'affectivité, de l'art.
Langue maternelle de l'instinct qui s'adresse en direct au cœur et aussi langage du vécu de l'âme. Certains signes zodiacaux en procèdent, tel ici le sagittaire qui assemble le cheval et l'homme en centaure et le capricorne, pan converti en chèvre, soudé au triton à queue de poisson. Le zodiaque est le test de Rorschach de l'humanité enfant, disait Gaston Basselard. À travers ce langage, l'astrologie apparaît comme un système créé par l'âme humaine pour l'âme humaine.
En elle, l'homme en quête d'une signification de sa personne