Panorama des courants astrologiques français, de 1950 à nos jours
Tous les astrologues professionnels ont développé un sens aigu de l’interprétation du mouvement des astres et de leurs influences sur nous, ici-bas. « Une osmose permanente entre le Ciel et la Terre » selon les propres termes d’Yves Lenoble. Néanmoins, passé ce postulat de départ, et « concorde générale », force est de constater que le paysage astrologique est loin de former une mer calme et uniforme. Bien au contraire…
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En effet, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que l’astrologie est comme un kaléidoscope* : chaque lecture donnera une interprétation sensiblement différente. Les formes, les couleurs et leur ordonnancement varieront. Cette variable d’interprétation dépendra de la grille de lecture de l’astrologue, c’est-à-dire le « courant » auquel il appartient et donc de l’enseignement qu’il a reçu.


Astrologie savante et astrologie populaire, de l’antique au quantique.
De par sa longue pratique de l’astrologie (bientôt un demi-siècle !) et le grand nombre de colloques qu’il a organisé, Yves Lenoble est sans conteste l’un des astrologues le plus légitime pour brosser, avec objectivité et exhaustivité, ce panorama de l’astrologie contemporaine.

« Certains courants sont plus philosophiques, plus orientalistes, voire ésotériques que d’autres »
Ainsi, chronologiquement, depuis la psychologique (A. Barbault), l’universelle (R. Pellard) la globale (C. Santagostini), en passant par la conditionaliste (J.-P. Nicola), l’humaniste (A. Ruperty, D. Rudhyar, S. Djian-Gutenberg) sans oublier la karmique (D. Koechlin de Bizemont, I. Andrieu et L. Larzul), Yves Lenoble nous indique ici les lignes saillantes qui différencient ces astrologies.
Il nous fournit ainsi des clefs de compréhension, aussi simples qu’efficaces, qui nous permettront de distinguer précisément ces différents courants. Et, selon nos interrogations profondes, savoir vers quelle porte frapper…
Parmi les nombreux astrologues évoqués par Yves Lenoble, citons aussi les noms de François Villée, Denis Labouré, Catherine Aubier, Yvan Othenin Girard, Danièle Jay, Giuseppe Bezza, Daniel Verney, Solange de Mailly-Nesle, Patrick Giani ainsi que Robert Hand & Robert Zoller (Project Hinsight, 1993).
Visiblement, les foires d’empoignes qui ont pu emailler le paysage astrologique français se sont tues. Uranus et Jupiter à nouveau copains. C’est heureux.
Remerciements à la FDAF (Fédération des Astrologues Francophones) pour son accueil et organisation, colloque « Parlons Avenir ! », du 22 février 2020, à Paris.
* pour les amateurs d’étymologie (et du Tetrabiblos de Ptomélée ?) kaléidoscope vient de kalos = « beau », eidos = « image », skopein = « regarder ». Un prérequis pour se plonger dans la quintessence d’un thème, non ?
Extrait de la vidéo
Le thème de notre journée, parlons avenir, et moi, je vais vous parler du passé. Mais je connais un astrologue qui disait, et j'en parlerai tout à l'heure d'ailleurs de cet astrologue, eh bien la prévision c'est de prévoir le passé. Alors c'est ce que je vais essayer un peu de faire à ma juste manière. Alors, il faut partir qu'on constate une grande diversité, si vous voulez, dans le milieu astrologique depuis les années 50.
Vous aviez un astrologue, un psychanalyste, Philippe Granger, qui avait cette boutade, il y a autant de courants en France qu'il y a d'astrologues. Alors, je ne vais pas pouvoir passer en revue tous les courants, j'en ai choisi quelques-uns. Ceux qui me semblent les plus significatifs, et à mon sens, c'est ceux qui ont un fondateur et ceux qui ont une postérité. C'est un peu le critère qui m'a permis, si vous voulez, de choisir ces courants.
Parce que je sais que sûrement parmi vous, beaucoup seront frustrés de ne pas être cités. Mais ceux qui ne sont pas cités, ça peut être intéressant aussi de voir par rapport à quel courant ils se situent et quelle est la filiation. Le premier courant, en quelque sorte, depuis 1950, c'est mon point de départ, on va dire que c'est le courant de l'astropsychologie. Et on va dire que c'est M.
Barbeau qui, je dirais, en est, en quelque sorte, le porte-parole. Eh bien, je dirais, ce courant a démarré dans les années 1950, quand M. Barbeau réunissait chez lui, tous les samedis, une quinzaine d'astrologues. C'était 77 rue Moustard, dans une pièce qui était sûrement deux à trois fois plus petite que celle-ci.
Mais il y avait tous les samedis des discussions, je dirais, très vives entre des astrologues qui s'intéressaient soit à la psychanalyse, soit à la psychologie. Alors M. Barbeau était arrivé à Paris quelques années plus tôt. Grâce à son frère, il avait pu rencontrer à la fois le milieu psychanalytique, grâce à Jean Carteret aussi, et le milieu astrologique.
Son frère, donc, l'avait introduit au C.I.A.S. Centre international d'astrologie scientifique. Et M. Barbeau avait décidé de créer une section, la section psychologie.
Et il animait cette section. Et donc, tous les membres de cette section se retrouvaient tous les samedis chez lui. Et ils se retrouvaient aussi tous les quinze jours, rue Las Cases, pour animer les réunions où il y avait quand même un peu une centaine de personnes, comme ici. Et à cette époque-là, au sein, on pourrait dire du C.I.A.
parce que le C.I.A.S, le S est vite parti, c'est devenu le C.I.A. Au sein de ce groupe, il y avait toutes sortes d'astrologues. Et moi j'ai eu la chance de vivre la période 65, 68, 70, où là tout le monde s'entendait bien. Alors après, j'ai vécu la période où il y a eu du rififi dans le milieu astrologique.
Je pourrais en écrire un livre. On s'écharpait pendant les assemblées générales. C'était vraiment assez violent. Et ça a donné le ton pendant un bon nombre d'années.
M. Barbeau a animé ce groupe. Et ça serait bien d'aller jusqu'à la publication de tout ce qu'il a pu faire. Ce qui est intéressant, c'est que ce petit groupe de la section psychologie a été très productif.
Le premier livre a été l'analogie, les analogies plus exactement, ou analogies au pluriel, de la dialectique Uranus-Neptune. Alors si vous voulez, le manifeste de l'astropsychologie, c'est ce petit ouvrage qu'il faut avoir. Ensuite il a publié Soleil-Lune, avec ce petit groupe toujours. Il a publié Jupiter-Saturne.
Alors c'est un effort en quelque sorte de ce groupe pour asseoir la symbolique astrologique à travers les typologies, à travers les tempéraments. Ça contribue, si vous voulez, à donner des descriptions précises d'un thème. Alors ce qui est intéressant, c'est qu'André Barbeau a eu une élève qui s'appelait Claire St-Agostini. Après avoir suivi les cours d'Armand Barbeau, Claire St-Agostini a suivi les cours d'André Barbeau.
Elle était franche, elle lui a dit, c'est bien ce que tu dis mais tu ne sais pas enseigner. Alors André Barbeau lui a dit, fais la première année, fais plutôt le début des cours, enseigne les notions de base et puis moi après j'interpréterai les thèmes. Et ils ont fait vraiment un tandem, j'allais dire, du diable, si bien que dans leurs cours il y avait plus de personnes que dans les réunions du CIA.
C'était, je dirais, une période très riche. Et ce qui témoigne un peu de cette période, c'est un Renéau qui s'appelle l'astrologie en liaison avec les typologies. Un travail qui avait été fait en commun par André Barbeau et Claire St-Agostini. Alors ensuite, eh bien, M.
Barbeau a eu, je dirais, beaucoup de chance. Il a publié chez Grasset. Et puis François-Régis Bastide lui a dit, essaye de publier au Seuil, je vais t'aider. Il a donc présenté un projet au Seuil.
Et au Seuil où il y avait des chrétiens, des marxistes dans le comité éditorial, c'était kif-kif. Et heureusement, la voix du président, Albert Béguin, a permis de l'emporter pour l'astrologie. Et il paraît qu'Albert Béguin avait dit, un peu de poésie au Seuil ne fera pas de mal. Vous voyez comment est entrée l'astrologie, je dirais, dans le grand public.
Et comme ces ouvrages ont été publiés à des millions d'exemplaires, eh bien le Seuil après a demandé à André Barbeau de publier un traité. Et en quelques mois, André Barbeau a écrit ce traité. Mais il a posé une condition. Je veux que soit publié en même temps de la psychanalyse à l'astrologie.
C'est un ouvrage qu'il avait écrit il y a douze ans auparavant. Et cet ouvrage n'avait pas pu trouver d'éditeur. C'est pour ça que coup sur coup, vous avez eu traité pratique et de la psychanalyse à l'astrologie. Tout d'un coup, tous les travaux de ce petit groupe ont été jusqu'au grand public, en quelque sorte.
L'astrologie savante est devenue, en quelque sorte, une astrologie un peu populaire.