L'héritage d'Eugène Canseliet
Eugène Canseliet (1899-1982), surnommé "le maitre de Savignies" fut non seulement un alchimiste réputé, mais aussi peintre, calligraphe, homme de lettre et scripteur final des livres de Fulcanelli (Le Mystère des Cathédrales, 1926, et Les Demeures Philosophales, 1930).
Deux ouvrages traduits dans le monde entier et encore aujourd’hui réédités, soit quatre-vingts dix ans après leurs publications.
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Eugène Canseliet nous a quitté en 1982 : qu’est devenu son héritage ?
Qui occupe la place laissée vacante par le départ du maitre ?
Un successeur aurait-il depuis été désigné : Caro, Dupuis, Barbault, Rivière, Burensteinas ?
C’est à ces questions que vont tenter de répondre Jean Artero, spécialiste de Julien Champagne, et Cédric Mannu, biographe d’Eugène Canseliet.


Si les adeptes de l’Art Royal cultivent la cryptologie, usent à loisir la langue des oiseaux et se masquent volontiers derrière des surnoms mystiques ("les alchimistes se cachent derrière leur œuvre !"), on s’aperçoit que derrière cette respectable volonté d’égarer le curieux, le monde de l’alchimie demeure en fait le théâtre de rivalités inexplicables et violentes.
Cet Art, certes, propose d’atteindre des sommets vertigineux : celui de la transmutation, de la vie éternelle sur un plan symbolique. Mais ici-bas, il n’est que foire d’empoignes…. Comment expliquer le contraste des deux faces de cette médaille: l'un de ses côtés est merveilleux tandis que l’autre est très densément sombre... ?
Souhaitez-vous donc découvrir les raisons qui ont fait que l’héritage d’Eugène Canseliet a débuté en 1972, après son premier infarctus, soit dix ans avant sa mort ? Quels rapports unissaient la secte de magistes du Grand Lunaire aux Frères d’Héliopolis ?
Dépassant le cadre purement biographique de la succession d’Eugène Canseliet, nos deux intervenants ne manqueront pas de s’interroger sur les relations entre la forme, la matière et la Lumière….Ainsi que sur la complémentarité qui existerait entre la voie sèche et la voie humide…


Une vidéo passionnante, et exigeante, qui se place sous la tutelle de Paracelse qui nous rappelle que "nul ne transmute s’il n’est pas transmuté lui-même"….
Un adage que nous invitent à méditer Jean Artero, Cédric Mannu, autour de Jean Solis.
Extrait de la vidéo
L'héritage de Jeanne Canselier, pour en parler avec nous, Cédric Manu, qui a réalisé une maîtrise sur le sujet de Canselier. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ? Oui, tout à fait. Alors, c'était un travail que j'ai fait sous la direction de Jean-Pierre Chaline à Paris 4, à la Sorbonne.
Et puis, une dizaine d'années après, contacté par Thierry-Emmanuel Garnier des éditions Arca, j'ai revisité en profondeur le texte, qui a bénéficié d'un éloge plutôt agréable de la part de Béatrice Canselier avant sa publication définitive, sous la forme qu'on connaît maintenant, d'un livre qui s'appelle effectivement Jeanne Canselier. Très bien. Jean R. Théo, vous avez publié plusieurs fois sur Fulcanelli et sur, on va dire, la filière Fulcanelli.
Vous pouvez nous en dire un petit peu plus ? Tout à fait. En 2006, j'ai commencé avec Archer un blog sur Julien Champagne. Et en 2008, comme Cédric, j'ai publié chez Arca un présent de Fulcanelli.
Ensuite, je suis revenu du côté d'Eugène Canselier, justement, en 2009, lors du colloque d'Atlantis sur Eugène Canselier, qui était effectivement présidé par sa fille Béatrix. Je prononçais un petit discours sur Eugène Canselier et le mystère alchimique de Fulcanelli. Donc, voilà à peu près mon parcours jusqu'à présent. Je prépare en ce moment un livre sur Julien Champagne qui devrait paraître à l'entrée.
Alors, on va essayer, au travers de cette conversation, de comprendre en quoi la succession ou la continuation, on peut appeler ça comme on veut, de Canselier, pose un problème. Puisqu'on voit sur différents supports, différents médias, des alchimistes ou pseudo-alchimistes, ou autodéclarés en tout cas, qui se déchirent et même parfois s'invectivent assez durement en prétendant toujours être « the one », en prétendant être celui-là.
Est-ce que, au départ, en quelle année nous a quitté Canselier ? En 82. En 82. Alors, quand Canselier nous a quitté, moi j'ai rencontré un nombre impressionnant de personnages qui disaient « je suis le seul qui était présent lors des funérailles ».
Et naturellement, disant « les autres, c'est pas vrai, ils n'étaient pas là ». Est-ce qu'on pourrait dire un petit peu la vérité sur les derniers instants de Canselier ? Les derniers instants de Canselier ont été assez rocambolesques, parce qu'il y a eu des histoires qui ont été racontées à propos d'une momification de son corps, d'un enterrement selon des rituels, etc. C'est une légende tout ça.
Les personnes qui ont procédé aux dernières préparations n'ont rien fait de tel. Pour connaître bien les différents acteurs, qui préfèrent pour certains rester dans l'anonymat, c'était un enterrement relativement classique quant aux formes des soins donnés au corps. À côté de Beauvais, c'est ça ? Tout à fait, tout à fait.
Et donc, dès l'enterrement de Jeanne Canselier, il y a eu des difficultés qui ont été menées déjà par la famille, puisque parmi les enfants de Jeanne Canselier, certains sont venus récupérer des éléments pour les distribuer, les revendre, les garder, etc. Il y avait tout un paterne de personnes plus ou moins intéressées, plus ou moins gravitantes autour de Jeanne Canselier, qui se sont retrouvées là un petit peu perdues.
Et puis, dans le contexte, il y avait quelques opératifs, comme on aime les appeler, certains qui étaient vraiment des amis de longue date de la famille, et d'autres qui étaient des gens d'une présentation plus récente, avec des amitiés autour de la fille de Jeanne Canselier, Isabelle. Et effectivement, c'est là qu'on a vu apparaître des personnes comme cela, lors de l'enterrement, et auxquelles on voit quelques descriptions assez amusantes, peut-être un peu irrévérencieuses, mais assez folkloriques, je dirais, de l'enterrement de Jeanne Canselier.
Mais là, on n'a rien de concret et de rationnel par rapport à ce qui s'est réellement passé. D'accord, mais ce qui veut dire qu'en fait, dès l'enterrement, dès les funérailles, le bazar a commencé, si on veut dire, en quelque sorte. Ça a même commencé avant, pour moi, à partir du moment où il a eu son premier infarctus, donc juste avant, je l'ai expliqué sur ces textes classiques. Déjà, se sont positionnés un certain nombre d'acteurs dans ce qui devait devenir l'après Canselier, entre un Séverin Batefroy, un Guy Béatrice, qui sont des gens fort respectables, et très bien par ailleurs.
Je ne dis pas qu'eux-mêmes ont cherché à se promouvoir comme étant de l'affiliation Canselier, mais il s'est trouvé qu'ils écrivaient des articles, ils écrivaient des livres qui bénéficiaient de l'appui de Canselier, parce que Canselier aimait bien faire des préfaces assez régulièrement pour lancer un petit peu des gens sur le courant de l'alchimie. Et puis, vous aviez d'autres acteurs, comme progressivement des Athorènes, des Solazareff, qui ont commencé à publier aussi à leur tour.
Donc, tout ce corps d'écrits, encore du vivant de Canselier, les articles d'Atlantis, pour les 80 ans de gêne, etc., ça a fait un magma de noms d'acteurs qui se sont positionnés plus ou moins autour de celui qui était considéré comme le maître de sa vie. Alors, j'avais une question. — Je voudrais interroger sur ce qui vient d'être dit. D'abord, je ne pense pas que le terme de bazar en ce qui concerne les suites, disons, du décès de Canselier soit tout à fait approprié.
Jean, pardonnez-moi. Par contre, vous avez raison d'insister, et Cédric aussi, sur le rôle de la famille de Canselier, parce que je pense qu'une partie de l'héritage de Canselier se situe toujours dans sa famille. On parlait tout à l'heure de Béatrix, dont on a souligné le rôle. Isabelle, autre fille de Canselier, est restée à Savigny, au milieu des archives, semble-t-il, de son père.
Et maintenant, vous avez Sylvaine, la petite fille de Canselier, donc la fille de Béatrix, si vous voulez, qui commence à faire reparaître ou à faire paraître, d'ailleurs parce qu'il y a des inédits, si vous voulez, une partie de l'œuvre de Canselier. Donc vous voyez, il y a une partie de l'héritage de Canselier, en quelque sorte, qui se situe dans un cadre, je dirais, familial et qui reste ce cadre familial.
Et je pense que, quelque part, c'est important, parce que, si vous voulez, une partie de la tradition alchimique, notamment, et de la tradition en général, c'est quand même la transmission. Donc on voit Canselier, si vous voulez, a su transmettre ce virus, entre guillemets, de l'alchimie, y compris au sein de sa famille qui, pourtant, a dû faire beaucoup de sacrifices pour qu'il puisse continuer à avancer dans sa voie, et qui a été en but, bon, à des malversations, à des vols, avant même le décès de Canselier, et ensuite, effectivement, à des controverses liées à l'intervention de certains disciples plus ou moins loyaux de Canselier.
Donc ça, c'est également vrai. Maintenant, ce qui reste, effectivement, c'est que, depuis le décès de Canselier, à mon avis, si vous voulez, on ne peut pas dire qu'il y a une personnalité qui ait réussi à émerger et, en quelque sorte, prendre la place qui a été laissée vide par Canselier. Oui. Alors, là, moi, j'ai une question qui est peut-être, j'ose m'en prévaloir, la plus intéressante quant au dernier temps de Canselier.
Quand on est rentré chez lui et qu'il y a eu cette répartition, cette exploration de ses matériels, on a trouvé un laboratoire ?