Alchimie et littérature

Il existe de nombreux livres sur l’alchimie, certes. Mais inversement : cet art s’est-il aussi transmis au travers de la littérature grand public ? Et peut-être même d’une façon inconsciente de la part leur auteurs ? Patrick Burensteinas, formateur, écrivain et alchimiste répond ici aux questions de Florence Quentin sur ce sujet.
Ainsi depuis le plus ancien écrit connu de l’humanité (l’épopée de Gilgamesh, -2560 AV JC ) jusqu’au Petit Prince de Saint-Exupéry, en passant par les romans de Conan Doyle, Lewis Carol, Victor Hugo, Jules Vernes, Goethe, Alexandre Dumas sans oublier le Roman de la Rose, Chrétien de Troyes ou le songe de Poliphile : on s’aperçoit que les histoires qui traversent les époques et arrivent jusqu’à nous, c’est-à-dire qui résistent à l’usure du temps, sont celles qui proposent une richesse d’interprétation qui mêlent plusieurs niveaux de lectures différents. Trois pour être précis.

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Le premier niveau de lecture s’intéresse aux aventures, au récit même, c’est le plus facile. Le second niveau de lecture constitue une invitation au rêve, un appel à l’émerveillement quotidien. Ce niveau favorise une ouverture du cœur, une mise à disposition du lecteur afin de lui permettre de changer son regard. Il faut percer-vérer dans cette voie, avec patience, car c’est sans doute celle qui demande le plus de temps : persévérer, c’est le laboratoire / labor et ora (travail et prie), la possibilité s’y trouve de percer certains mystères (ils ne se donnent jamais, il faut les percer, les traverser !) : ainsi on perce pour voir (percer-vérer). Tout est une question de regard. C’est ce même regard qui permet de lire à travers les lignes (de Vinci ?) ou de méditer le blanc du vide autour des lettres noires (kabbale ?) C’est, pour Patrick Burensteinas, le début de la transmutation de la "matière" en "lumière".
Le troisième niveau de lecture n’est plus une invitation d’ordre distractive ou poétique mais bien une exhortation à un changement radical de l’être : en visitant l’intérieur de la terre, en allant ou bout du tunnel, et en travaillant, on atteint la pierre des Philosophes (V.I.T.R.I.O.L.). S’en suit une mutation ontologique sans voie de retour possible : cet enfer-mement précède souvent l’éveil, certes, mais s’accompagne inéluctablement d’une mort physique ou symbolique….
Souhaitez-vous ainsi comprendre non seulement pourquoi la couleur verte, les émeraudes, le sept, la rose, l’éros (anagramme de rose), le H-éros, l’âne, le mouton, le serpent, la tripartition des mondes constituent un guide narratif et initiatique qui inspire la main de l’écrivain depuis plus de cinq mille ans… mais aussi perce-voir la redoutable force du "regard"….
Ce même regard qui devient "magie" car il possède la force de "créer l’objet"…

Réponses de Patrick Burensteinas et Florence Quentin dans cette entrevue réalisée au Forum 104.

Extrait de la vidéo

Patrick Burenstein-Lafs, bonjour. Vous êtes auteur, conférencier et formateur international, scientifique de formation. Vous êtes très jeune et intéressé à l'alchimie et vous avez trouvé dans cette science une résonance à vos propres recherches. Vous êtes aussi l'auteur de nombreux ouvrages, vous êtes donc formateur et écrivain.

Le disciple trois comptes alchimiques, de la matière à la lumière, ainsi que Chartres, je montre le livre, cathédrale alchimique et maçonnique aux éditions Trajectoire et un tout dernier dans cette collection, le Mont-Saint-Michel, chemin énigmatique également chez Trajectoire. C'est votre dernier ouvrage paru. Alors vous avez beaucoup écrit sur l'alchimie, beaucoup enseigné, mais il y a quelque chose qu'on connaît beaucoup moins et qui me semble passionnant, c'est comment l'alchimie s'est transmise à travers la littérature, effectivement ce qu'on sait moins, et hors des textes canoniques alchimiques que l'on connaît, comment s'est-elle transmise à travers ses romans et ses contes, à travers l'histoire ?

L'alchimie, même si on a dit ici que c'était une science, l'alchimie s'appelle le grand art. Donc évidemment, elle s'est transmise à travers tous les arts, bien sûr, et en particulier à travers les écrits, puisque c'était une manière d'avoir quelque chose qui était pérenne et qui pouvait se transmettre. Mais évidemment, ça ne pouvait pas être, j'allais dire, clair, puisque c'est une voie un peu hermétique, et par conséquent, on l'a mis dans des textes, mais on a caché à l'intérieur de ces textes la vraie voie, cachée sous des histoires, sous des contes, sous des comptines, sous des romans.

Alors évidemment, ce qui m'a intéressé, après avoir été interpellé justement par cet art, et par hasard au début, c'est-à-dire en lisant des textes et en me disant mais c'est pas possible, à l'intérieur on parle de la même chose, mais on en parle d'une manière un petit peu voilée. Alors dès l'instant qu'on va avoir les clés de lecture, ça va devenir excessivement simple, parce que finalement on part toujours de la même chose, et qu'on voit l'intelligence, la subtilité de ceux qui ont caché des choses à l'intérieur.

Alors déjà pour des raisons de transmission, mais aussi pour des raisons de sauvegarde. On peut parfaitement imaginer qu'à un moment, quand on parlait d'alchimie, eh bien on allait tout droit au budget, et par conséquent, on a voulu malgré tout laisser quelque chose, parce que c'était nécessaire, c'était obligatoire, on ne pouvait pas faire autrement. On avait découvert quelque chose de tellement incroyable qu'on ne pouvait que le transmettre.

Et ça commence très tôt, ce voilement, dévoilement de l'alchimie ? Tout à fait. Les traces les plus anciennes que j'ai trouvées, bien sûr, c'est l'épopée de Gilgamesh. On voit que c'est un des textes les plus anciens de l'humanité, si ce n'est le plus ancien, puisque les Sumériens créent l'écriture finalement, en tout cas une écriture qu'on arrive à comprendre.

Et ce qui est intéressant, c'est qu'ils écrivent déjà des histoires très construites. Donc on peut se rendre compte que ça vient forcément d'une tradition orale, et qu'ils ont décidé à ce moment-là, parce qu'il faut savoir qu'il y a deux courants fondamentaux de cette transmission, qui sont l'oral et l'écrit, et souvent ils sont très complémentaires. C'est-à-dire que l'écrit va être une serrure, alors que l'oral va être la clé.

Et on se rend compte que si on n'a pas la transmission orale, les clés, finalement les textes, on les lit au premier degré. C'est-à-dire on les lit dans l'apparence. Et quand on voit l'épopée de Gilgamesh, qui est quand même quelque chose de... On mettrait ça aujourd'hui, d'ailleurs je suis absolument surpris qu'on n'ait pas encore mis ça au cinéma, parce qu'en voyant tous les films qu'on a aujourd'hui sur la mythologie, qui est...

Et le héros. Et le héros, et il y a tous les ingrédients. Il va chercher son copain, c'est une amitié virile, quand même, avec Enkidu, qui est un fou furieux, un chasseur, une brute épaisse un peu quand même, mais qui représente vraiment la vie dans sa gourmandise. Et qui meurt.

Alors évidemment Gilgamesh, il ne peut pas supporter ça, il va le chercher jusque dans le royaume des morts. Et pour se faire, et bien il y a un certain nombre de descriptions, qui sont des descriptions j'oserais dire dantesques, parce qu'on va en parler beaucoup plus tard, et bien qui sont de cette nature. De la nature alchimique. Absolument, c'est-à-dire qu'on descend à l'intérieur de la terre, on va négocier avec la mort.

Si on n'arrive pas à négocier, on va combattre la mort. Donc c'est presque une mort apparente, une mort des apparences. Et puis on va chercher ce personnage brut, qui lui est passé à travers cette mort, et qui descend dans cette niveau. Alors est-ce qu'on pourrait dire qu'Enkidu, par exemple, c'est quelqu'un qui part de la materia prima, c'est la matière brute, et qui va se civiliser.

On sait qu'il est civilisé par une femme, une prostituée entre guillemets, prostituée sacrée on va dire. Voilà. C'est plus intelligent. Et ensuite il va passer de l'animalité à l'humanité.

Est-ce que ça pourrait être un reflet du grand oeuvre ? Absolument. Est-ce qu'il passe par ces phases ? Absolument.

Moi je pense que Gilgamesh est l'opérateur. Oui. Et que le plus important c'est Enkidu, parce que c'est lui effectivement qui est plongé dans la mort, et qui va ressortir transformé, j'oserais dire transmuté. Transmuté.

Transmuté. Et ça me fait évidemment penser à Hercule, qui lui est une brute épaisse quand même. A savoir au début, il court après la biche au pied des reins en disant je vais la rattraper à la course. Ce qui est absolument stupide, parce que c'est l'animal qui court le plus vite du monde.

Et il se rend compte finalement que c'est pas possible. Il attend qu'elle dorme pour pouvoir l'attraper. Donc ce qui veut dire qu'il commence à réfléchir. Et à la fin, quand même, il est élevé au rang des dieux.

Donc ça veut dire qu'il est... Et puis les douze travaux qu'on a, c'est une petite digression mythologique. Mais on voit que les travaux d'Hercule et les mythes qui sont racontés, tous les mythes qu'on va avoir autour, Zis, Osiris, le corps partagé en un certain nombre de morceaux, le phallus qui est fait en terre et qui permet de faire un volatile. Donc on arrive évidemment à un certain nombre de conclusions.

C'est comme s'il y avait une connaissance unique qui s'habillait de cultures différentes. Et même les gens, je suis absolument convaincu que tous les romanciers, tous les écrivains, toutes les traditions, n'étaient pas forcément au fait de ça. Mais il y a une espèce de musique, quelque chose qui passe à travers et qui fait qu'on ne peut pas y échapper. Donc les personnes qui ont écrit l'épopée de Gilgamesh, le plus ancien récit de l'humanité, et ce dont on va parler, est-ce qu'ils étaient conscients de ce qu'ils écrivaient ?

Oui, non, initiés ou inspirés ? Il y en a deux. L'un n'empêchant pas l'autre. C'est même une condition sine qua non.

Je veux dire que l'initiation passe par l'inspiration. On parle beaucoup en alchimie du dédé, du donum dei, du don de Dieu. Alors que les gens soient croyants ou pas, c'est pas de ça qu'on parle. Mais c'est quelque chose de transcendant.

On parle de tradition, on parle de transmission et tout ça, c'est quelque chose qui traverse, qui transperce. C'est comme un secret. Le secret, on le perce, toujours. Donc on va avoir cette notion que derrière les textes, il y a quelque chose de caché.

Les kabbalistes disent que le plus important, ce n'est pas ce qui est écrit en noir, c'est le blanc qui est autour. Et je pense que dans les textes, quand on nous dit « liser entre les lignes », c'est vrai. Alors, il y a des écrivains qui étaient absolument initiés et qui ont décidé volontairement de transmettre des textes acquis de droit, si je puis dire. D'autres, pas du tout.

Mais on est tous élevés dans un contexte qui fait qu'on a entendu des contes de fées quand on était enfant, on a chanté des comptines, on a lu des textes. Et que d'une manière ou d'une autre, on est imbibé de cette espèce de connaissance. Alors ça transparaît plus facilement chez des gens qui ont quelque chose à dire. Parce que le texte, le roman par exemple, ça va être un bateau.

Donc il va amener les gens en voyage. Mais ça ne nous empêche pas de regarder les voyageurs qui sont sur le bateau. Et peut-être qu'un personnage particulier à l'intérieur du roman a quelque chose de particulier à dire à

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