De la matière à la lumière
Patrick Burensteinas, scientifique de formation, est un alchimiste opératif reconnu. Dans cet entretien qu’il a accepté de nous donner, il met en évidence la similitude entre la quête alchimique et la recherche scientifique. Avec une désarmante authenticité, utilisant un vocabulaire scandé à bon escient par la langue des oiseaux, Patrick Burensteinas témoigne de son approche thérapeutique globale* où l’homme ne fait qu’un avec la nature et ses trois règnes : animal, végétal et minéral.
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Les milliards de cellules qui constituent notre corps peuvent en voir certaines altérées par nos émotions : et c’est la maladie car la résonance des accords est rompue.


L’orateur ne cessera, avec pédagogie, de revenir sur la nécessité d’être "immobile, silencieux et aligné", loin de toute agitation, afin de réconcilier l’esprit et la matière, le labor et l’orare (le vrai laboratoire), pour trouver la pierre philosophale.
La quête est multiple, à l’extérieur comme à l’intérieur de soi, les voies nombreuses. La pérégrination consciente est déjà un travail alchimique. D’où la nécessité de combattre les inerties des habitudes, de vivre la contemplation en chaque instant. L’alchimiste s’engage sur un chemin qui n’existe pas mais qu’il déroule au fur et à mesure de son avancée. Il traverse les épreuves et il abandonne ses attachements afin d’être pénétré par la Lumière.
Patrick Burensteinas propose donc la méthode alchimique opérative qui transgresse les règles de la matière; il constate que la découverte de la Pierre n’est pas une fin en soi mais un commencement. Il nous engage, avec une évidente simplicité, mais aussi avec une réelle connaissance scientifique de la matière, à réaliser notre propre chemin. Et si nous suivons son propos, nous comprenons avec évidence que sa parole peut remarquablement aider à être dans l’essentiel….
Un entretien passionnant de 46 minutes mené par Florence Quentin depuis le Forum104.
* La Trame : https://www.la-trame.com/
Extrait de la vidéo
Vous êtes scientifique de formation, auteur et spécialiste de la chimie, donc vous tenez qu'elle n'est pas différente de la science, mais avec des approches différentes. Vous écrivez aussi que l'alchimie est pour vous un moyen pour l'homme de retrouver sa place, de renouer le dialogue avec la nature et avec lui-même, qui est une déclaration d'intention particulièrement propice à notre époque. C'est entre autres dans cette optique, entre autres, qu'un des points d'entrée de l'alchimie, que vous avez créé, la Tram en 1990, qui est donc une approche thérapeutique.
Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi elle est thérapeutique, en quoi elle est novatrice ? Le principe c'était de dire qu'une maladie c'est une résistance au passage de l'information. Donc c'est un peu comme la première considération que j'ai eue, c'est que le corps est très hétérogène, c'est-à-dire si on compte le nombre de cellules qu'il y a dans notre corps, il y a plus de 40 milliards de milliards de cellules.
Et la question que je me suis posée c'est comment tout ça reste en place et comment le jour de notre mort, eh bien tout ça se décompose. La seconde question c'est, je ne sais pas si vous avez déjà essayé de faire une réunion avec dix personnes la semaine suivante, c'est pour mettre tout le monde d'accord, c'est pas très facile. Nous notre corps c'est 40 milliards de milliards d'individus indépendants, et quand on se réveille le matin on a quasiment la même tête que quand on s'est couché le soir.
Donc la question que je me suis posée c'est, mais qu'est-ce qui maintient tout ça en place ? Et comme en alchimie on dit que le plus important c'est pas la matière mais le plan qui est à l'intérieur, puisque par exemple toutes les matières qui autour de nous est composée des mêmes briques, mais si les formes sont différentes, ça peut pas être les briques puisque c'est toutes les mêmes, mais c'est le plan.
Et je me suis dit, s'il y a un plan dans la matière, rien ne s'oppose au fait qu'il n'y ait pas un plan dans l'homme. Et j'ai appelé ça la trame, comme la trame d'un tapis. Et pour moi c'est un schéma de circulation de l'information qui dit à chaque cellule, voilà quelle est ta place et voilà à quoi tu sers. Et par conséquent quand ce schéma est altéré pour une raison ou une autre, et bien les cellules qui sont dirigées par ce schéma-là vivent leur vie puisque c'est des animaux autonomes.
Et à ce moment-là elles ne travaillent plus pour la communauté. Donc je me suis dit, et bien comment on va faire pour rétablir ce schéma ? Et je sais que l'énergie circule dans notre monde d'une manière sinusoidale, c'est-à-dire que vous prenez un tapis, vous pouvez le secouer comme vous voulez, il fera toujours ce mouvement-là. Donc imaginons que notre corps est un tapis et que pour une raison ou pour une autre, dessus il y a des cailloux.
Et quand vous allez essayer de secouer le tapis, l'onde va bien aller jusqu'aux cailloux, mais va s'arrêter à l'endroit où il y a le cailloux. Donc l'information ne circule plus. Je me suis dit, c'est simple, il suffit de secouer le tapis un peu plus fort. Et donc j'ai inventé une série de gestes, une série de séquences, qui permet sur les trois axes du corps, puisqu'on est très dimensionnel, de secouer le tapis dans trois directions.
Il se trouve que les cailloux, entre guillemets, sautent de ce tapis, la circulation est rétablie, et à ce moment-là, le corps reprend ses fonctions. Puisqu'il suffit juste de refaire circuler l'information à l'intérieur du corps pour que, j'oserais dire, tout rentre dans l'ordre. Et ces gestes, quelle technique vous employez ? C'est manuel ?
Oui, c'est manuel, c'est comme secouer un tapis, c'est-à-dire qu'on va créer des ondulations, des résonances, des accords au niveau du corps, sans jeu de mots. C'est-à-dire que j'ai déduit 16 gestes qui balayent complètement le corps en descendant et en remontant, et qui permettent justement de mettre tout le corps en résonance. C'est un peu comme quand vous avez des diapasons, quand vous avez deux diapasons de même taille, vous en faites sonner un, vous vous rapprochez de l'autre, le second se met en résonance.
Voilà, c'est la même chose. On peut dire que l'expérimentateur est un diapason et qu'il va mettre le corps, si je puis dire, en accord, en résonance avec lui. Donc c'est purement du contact, mais c'est pas du massage. C'est-à-dire que c'est même le contraire du massage, puisque le massage, ça va être mécanique.
Là, c'est juste ondulatoire. En quoi est-ce une démarche alchimique pour vous ? En quoi cela rejoint votre démarche alchimique ? Le principe démarre d'abord d'un principe alchimique, c'est-à-dire que moi je ne suis absolument pas thérapeute, je n'ai pas la moindre idée de ce que ça peut être.
Par contre, je constate que le but de l'alchimie, c'est de purifier la matière pour laisser passer la lumière. C'est bien grand mot. Mais en gros, on peut dire que plus un corps est purifié, aligné et silencieux, plus l'information circule dedans. Vous voyez trois constantes qui sont essentielles à une quête immobile, silencieux et alignée.
Alors immobile, pourquoi ? Parce que dans l'agitation, l'information ne circule pas. A tel point, c'est qu'aujourd'hui, quand on veut faire circuler de l'information dans un métal, on le refroidit. Les supraconducteurs, aujourd'hui, ne sont pas à température ambiante.
Il faut refroidir un corps. Refroidir un corps, ça veut dire que son agitation cesse d'être. Donc s'il n'y a plus d'agitation, imaginons les molécules qui bougent comme ça, l'information qui circule comme ça, si ça ne s'agit plus, alors c'est linéaire, donc immobile. Silencieux, pourquoi ?
Parce que celui qui parle n'écoute pas. C'est-à-dire que l'information qui sort en permanence empêche qu'il y ait quelque chose qui rentre. Donc peut-être que votre corps, dans une maladie, il a plein de choses. Le maladie, c'est pas moi qui l'ai dit, c'est Lacan.
Mais l'idée d'exprimer quelque chose, en permanence, notre corps exprime de l'information, mais tant qu'il exprime de l'information, il n'y a rien qui peut rentrer. C'est pour ça que dans toutes les quêtes initiatiques, à chaque fois qu'on veut se remplir, il faut d'abord se vider. Donc, silencieux. Et aligné, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'un corps qui n'est pas aligné ne laisse pas passer l'information. Je prends pour exemple le charbon et le diamant. C'est du carbone pur, donc c'est exactement le même corps. Et la question, c'est pourquoi il y en a un qui est noir et mou, et pourquoi il y a l'autre qui est blanc et parfaitement transparent et très dur.
Ça peut pas être le matériau, puisque c'est du carbone pur, mais c'est la manière dont il est organisé. Il y en a un qui est chaotique, c'est le charbon, et il y en a un qui est parfaitement aligné, c'est le diamant. Donc, vous voyez, immobile, silencieux, aligné, ce sont des valeurs physiques, mais qui débouchent très vite sur une vision métaphysique. Quand on veut dire à quelqu'un, toi qui veux suivre un chemin, qui veux suivre une voie initiatique, eh bien il va falloir que tu sois immobile, silencieux et aligné.
C'est la maladie de notre époque de ne pas être immobile, silencieux, aligné. Absolument. C'est-à-dire, on le voit, quand j'ai parlé de Caillou tout à l'heure, qui était sur la trame, généralement, c'est de l'émotion, mais l'émotion, c'est de l'énergie. Et cette énergie, si elle n'est pas exprimée, elle va se retourner contre nos propres organes.
Imaginez, quand vous avez une colère et que vous prenez des assiettes pour les lâcher par terre, vous cassez ces assiettes. Donc, ça veut dire que vous venez de transformer l'énergie de votre émotion en énergie dynamique pour casser quelque chose. Imaginons que je ne casse pas des assiettes. C'est pas pour ça que cette énergie disparaît.
Mais si cette énergie ne se retourne pas contre les assiettes, elle se retourne forcément contre mes organes. Donc, par conséquent, je vais avoir une réaction mécanique. Je dis toujours aux gens, les gens qui n'expriment pas, par exemple, leur colère, c'est comme s'ils prenaient leur foie ou leur estomac, qu'ils le mettaient par terre, qu'ils le piétinaient, qu'ils le déchiquetaient. Et c'est vraiment physiquement comme ça.
Les assiettes ne résistent pas. Pourquoi voulez-vous que vos organes résistent ? Alors là, c'est intéressant parce qu'on a beaucoup parlé de ça dans la médecine orientale, dans l'acupuncture, la médecine traditionnelle chinoise, où on voit que la colère affecte le foie, par exemple, et que les organes sont en relation avec une émotion. Et là, on voit que dans la tradition occidentale, nous avons aussi, donc, des recours, des interprétations et des recours énergétiques.
C'est pas la peine d'aller en Orient pour trouver... Tout à fait. C'est-à-dire que pendant longtemps, on a imaginé qu'on n'avait aucune tradition et que c'était beaucoup plus intéressant d'aller à l'extérieur. C'est pas du nationalisme que je fais.
Mais quoi que je fasse, je ne lirai jamais aussi bien le sanscrit qu'un Indien. Quoi que je fasse de la