Alchimie et science : une improbable alchimie ?

« Jusqu’au début du XVIIIème siècle, les théories sur la transmutation appartenaient aux sciences officielles de toutes les grandes nations européennes ! » nous dit Michel Dziwak. Or depuis trois siècles, la scission n’a fait que s’accroître : quelles sont les raisons de ce rejet, et à l’aune des sursauts gamma ou de la physique quantique, sont-elles irrémédiables ?

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Les scientifiques du XXIème siècle travaillent certes toujours dans des « laboratoires », mais savent-ils quel l’étymologie de ce mot est éminemment alchimique ? Laboratoire signifie labor et ora soit « travaille et prie ». Sur cent scientifiques français qui endossent chaque matin leurs blouses blanches, quelle proportion d’entre eux avouerait sans crainte de représailles autant « prier » que « travailler »… ?
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Michel Dziwak aborde ici sur les nombreuses analogies et dissensions entre la science dite moderne et l’alchimie. Si l’une se revendique d’un positivisme athée et progressiste, en daignant reconnaitre à l’Alchimie (ex Art Royal donc !) de ne juste appartenir qu’à l’histoire des sciences, les alchimistes, eux, revendiquent la prééminence de leur Savoir et le caractère anhistorique de leur science : l’alchimie est une science immuable, qui n’appartient ni aux hommes d’hier ni d’aujourd’hui…
Et pourtant : au moment de la découverte de la radioactivité par Pierre Curie, Fulcanelli n’est-il pas entré en contact avec lui afin de réfléchir sur le pouvoir potentiellement catalytique de la pierre philosophale ?
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En comparant le minéral au biologique, sommes-nous en droit d’affirmer que le catalyseur est au minéral ce que les enzymes sont au biologique ?
A l’heure des nanotechnologies ou de la comparaison isotropique : l’argent que l’on trouve dans la Nature, est-il de même composition que celui issu du travail de la transmutation…. ?
Eléments de réponse dans cet exposé de 22 minutes, filmé à Toulon lors des rencontres Fulcanelli organisées par Serge Goasguen (Editions La Pierre Philosophale) et Antoine Palfroy (Librairie la Table d’Hermès).
Vous pourrez ainsi méditer à la suite de Rabelais (XVIème siècle) si « l’Alchimie est-elle la science avec conscience ? » ...

Extrait de la vidéo

En 1587, un décret de l'empereur Rodolphe II accordait à certains soldats nommés gardes d'or, le droit de construire des demeures et de s'installer dans une ruelle qui fut ainsi nommée la ruelle d'or. Mais quoique Rodolphe II se soit intéressé à l'alchimie, la ruelle d'or n'abrita jamais aucun alchimiste. Ce qui n'empêche pas nombre de guides touristiques de perpétuer la légende. Pas encore pour ces guides, mais on la retrouve, cette légende, jusque dans certains ouvrages sérieux à vocation historique.

Si j'ai choisi cette entrée en matière, c'est simplement pour illustrer le fait que dans l'alchimie, mythes et légendes côtoient la réalité historique sans qu'on puisse toujours faire la différence. Et cela jusqu'à aujourd'hui. Quand elle arrive en France au milieu du XIIe siècle, comme on nous l'a rappelé, l'alchimiste intègre bien aux connaissances scientifiques de l'époque. Même s'il paraît difficile de la réduire à la chimie et même si le concept de rationalité n'a pas le même sens qu'aujourd'hui qu'hier, les théories transmutatoires s'inscrivirent dans les conceptions scientifiques jusqu'au début du XVIIIe siècle, époque où elle commence, l'alchimie, à décliner, à souffrir de discrédits et montre un apparent déclin qui se poursuivra pendant tout le XIXe.

L'apparition d'une personnalité exceptionnelle et énigmatique va la faire réapparaître au grand jour. Je vous ai brossé en deux phrases huit siècles d'alchimie, je fais court. Pour Fulcanelli, car c'est de lui qu'il s'agit, l'alchimie est une science, comme on l'a déjà dit et répété. La science que nous étudions est aussi positive, aussi réelle, aussi exacte que l'optique, la géométrie ou la mécanique.

Ses résultats aussi tangibles que ceux de la chimie. Pourtant, à cette alchimie sortie apparemment comme mineurve, toute armée de la cuisse d'Hermès, ce savoir traditionnel, permanent, à cette vision en quelque sorte anhistorique de l'alchimie, la présentant comme une science immuable, Fulcanelli semble flotter et accepter à l'occasion une possibilité d'essor et de changement, et désir montrer que l'alchimie est une science véritable, susceptible, comme l'alchimie, d'extension et de progrès.

Derrière Fulcanelli, on a cherché, on a quelques élucidations. Je saute les pages parce que ce n'est pas l'intention de dire qui va être Fulcanelli maintenant, mais on sait qu'il a connu, d'abord, ce qu'on dit, Pierre Curie. Pour autant, l'examen de la biographie de Pierre Curie n'a apporté jusqu'à présent aucune trace qui va dans ce sens. Au contraire, dans ses travaux, Pierre Curie était réticent à l'idée même de transmutation, et ce jusqu'en 1903.

Et quand il accepte enfin cette vision de transmutation, c'est pour se démarquer de celle des alchimistes. C'est donc là, dit-il, une véritable théorie de la transmutation des corps simples, mais non pas comme le comprenaient les alchimistes. On évoquera aussi des liens présumés avec un monsieur Gustave Bémond, collaborateur des Curies. Mais à part la notation de Pierre Bicard, selon laquelle Bémond était un alchimiste bon et profondément bourru, pour ses élèves, il n'y a aucune notation autre de l'alchimie chez monsieur Bémond.

Passons à Fulcanelli lui-même. Il est très souvent représenté comme un scientifique, et même parfois comme un scientifique de haut niveau. Il est certain que l'homme possède beaucoup de connaissances et fait preuve d'une grande érudition. Malgré tout, certains faits, certaines allégations chez lui peuvent surprendre.

Par exemple, voir les étoiles au fond du puits, c'est ce qu'on appelle les légendes urbaines. Déjà depuis Aristote, on propageait cette rumeur, Jules Verne et Balzac ont continué. Passons un petit peu aux connaissances scientifiques. Quand Fulcanelli dit que le soleil est un astre froid, si le soleil était un globe de feu, comme on nous l'enseigne, il suffirait de s'en rapprocher, si peu que ce soit, pour éprouver l'effet d'une chaleur croissante.

C'est précisément le contraire qui a lieu. Ainsi, l'expérience démontre que la température s'abaisse au fur et à mesure qu'augmente l'altitude. Pourtant, à cette époque, je crois qu'il y a peu de scientifiques qui auraient osé professer des idées un petit peu aussi hétérodoxes. À moins qu'il n'ait parlé symboliquement, analogiquement, pour expliquer ce qui se passait dans le petit monde des alchimistes.

On peut se demander toutefois pourquoi passer par ce détour maladroit par le soleil. Il se fait aussi l'écho de certaines propriétés que posséderaient certains vitraux alchimiques. Cette croyance est intéressante et on va s'arrêter juste un petit moment dessus. Plus près de nous, dit-il, le cathédrale gothique, au rapport de Georges Stahl, ne lui sont-elles pas redevables, à la pierre philosophale, de l'inimitable couleur de nos vitraux.

Notre pierre, écrite en anonyme, a encore deux vertus très surprenantes. La première à l'égard du verre, à qui elle donne intérieurement toutes sortes de couleurs, comme aux vitres de la Sainte-Chapelle à Paris. Déjà, Louis Figuier, en 1856, ne semblait pas accorder beaucoup de crédit à ce genre de spéculation. En tout cas, la légende des vitraux qui contenaient de l'or n'est pas nouvelle, elle remonte déjà à Grégoire de Tour, au VIe siècle, et on a déjà une anecdote.

C'est-à-dire qu'un voleur s'était introduit dans une église et avait démonté les vitraux pour en récolter l'or à l'intérieur. L'idée d'une substance précieuse et plus tard d'un secret perdu, dans les vitraux, allait reparaître mille ans plus tard. L'idée du secret perdu, c'est une absurdité qui a été propagée au XVIIIe siècle par Pierre Le Vieil, parce qu'on avait simplement oublié certaines techniques de fabrication.

C'est une légende que Lastery et Bontemps, dans les années 1860, ont démontée. Ce qui s'était perdu, c'est la mode, le goût des vitraux colorés. On est donc un petit peu surpris que Fulcanelli ait pu accréditer cette histoire de Pierre Le Vieil, un philosophe allant dans la composition des vitraux, et de ne pas s'apercevoir que ce n'était qu'une fable qui était transmise depuis des siècles. Fable à tel point nocive et prédominante que, sous l'influence de Le Vieil, à la convention en 1792, cette convention décréta de fondre tous les vitraux des églises pour en tirer l'or des vers rouges.

Un citoyen, le citoyen d'Arcet, est chargé de rechercher quelle quantité probable d'or on retrouva dans ces vitraux. Le chimiste les soumet à l'analyse et, au lieu d'or, il n'y trouve que de faibles proportions de cuivre et de fer comme principe colorant. Ce ne fut pas là un médiocre service, poursuit le commentateur, que la science rendit à l'art des vitraux qui dure à cette analyse d'être respectée, ou pour mieux dire, méprisée.

Et récemment, des analyses non destructives de vitraux à la Sainte-Chapelle ont bien montré que les vitraux rouges devaient leur coloration des nanoparticules de cuivre. Toujours à la poursuite de sa démonstration sur l'incapacité de la chimie à expliquer les phénomènes profonds, Fulcanelli, après un développement sur la formule incomplète de l'eau, énonce « Il manque dans la notation H2O l'agent essentiel capable de provoquer l'union intime des éléments gazeux, c'est-à-dire le feu.

» Et il conclut « Et l'agent élémentaire feu, sans lequel aucune combinaison ne peut s'effectuer, étant exclue de la notation chimique, la science entière s'avère lacuneuse et incapable de fournir par ses formules une explication logique et véritable des phénomènes étudiés. » Alors il est surprenant que Fulcanelli, qui cite à l'occasion des écrits qui datent de 1922, ne fasse aucune allusion à des travaux de 1840 de Hess sur les variations d'entalpies, sur les travaux de Gibbs, plus tardif en 1900 sur l'entalpie libre, sur les notions d'entropie, il se contente dans une version tout à fait stallienne de parler de l'agent élémentaire feu.

Plus intriguant encore est cette manipulation donnée par Fulcanelli. Il en donne peu, des manipulations, mais celle-ci est intéressante. Il s'agit de l'attaque de l'argent par l'acide nitrique HO qui permet d'obtenir

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