La dixième clef de Basile Valentin enfin révélée ?
Les douze clefs de Philosophie de Basile Valentin apparaissent en 1600 en Allemagne. Le livre reçoit une illustration en 1618. La légende veut que l'auteur soit un moine bénédictin du XVième siècle et que son œuvre ait été retrouvée dans une pierre creuse de l'abbaye d'Erfurt, cachée pendant deux siècles… La vérité est sans doute moins poétique, car il plus probable que l'éditeur et alchimiste Johann Thölde en soit le véritable auteur, et qu'il ait ainsi tenté un coup médiatique avec les moyens de son époque….
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Il n'empêche, l'ouvrage est d'une remarquable qualité ! C’est l'éminent médecin et alchimiste Michael Maier, à l’origine de l’Atalanta Fugiens, qui a ajouté les douze gravures, une par clef. Si ces douze clefs parlent d'elles-mêmes pour qui connait les symboles alchimiques, l'une demeure mystérieuse : la dixième clef, objet de la présente étude menée par Karl Altéas.

Depuis le dix-septième siècle, les passionnés ont cherché à décrypter les lettres hébraïques et cette phrase en latin, la langue universelle de l’époque: NATVS SVM EX HERMOGENE. HYPERION ELEGIT ME. ABSQ IAMSVPH COGOR INTERIRE - « Je suis né d’Hermogène, Hypérion m’a choisi ; sans IAMSVPH, je suis contraint de périr» 

Qu'est-ce donc que cet IAMSVP, mot imprononçable et énigmatique ? Pour le comprendre, Karl Alteas nous propose de parcourir ces douze Pantacles comme une bande dessinée codée …
Souhaitez-vous tenter d’approcher les opérations du Grand Œuvre en ces douze étapes qui sont « telles les douze signes du zodiaque de l'année alchimique… les douze portes de Georges Ripley » . 

Cette dixième clef contient-elle l'ultime secret du Grand Œuvre ?
Eléments de réponse de Karl Altéas dans cet exposé de 27 minutes ....
Extrait de la vidéo
Je suis Karl Althéas, écrivain, alchimiste des mots, passionné par les textes anciens. Je suis particulièrement attaché aux ouvrages de moine bénédictin Basile Valentin, un Alsacien qui a vécu en Allemagne et Erfurt au XIVe siècle. Il nous a laissé des ouvrages de référence en alchimie, et tout particulièrement ses douze clés de philosophie. Les douze clés de philosophie ont été éditées en 1600, soit à peu près 200 ans après sa mort.
Il s'agit d'un ouvrage qui aurait été retrouvé dans son abbaye d'Erfurt et publié un peu plus tard. En 1618, le célèbre médecin et alchimiste Michael Maier les illustre de douze pentacles, douze dessins, douze clés, dont l'une est énigmatique, et nous allons parler de cette dixième clé de philosophie. Michael Maier est aussi l'auteur du célèbre Atalata fugiens et de ses illustrations fameuses. La dixième clé de philosophie, la voici.
Elle montre un triangle, un double cercle, des hiéroglyphes, des lettres hébraïques et une phrase en latin, mystérieuse. Natus sum ex hermogène, je suis né d'Hermogène. Hyperion éligit me, Hyperion m'a choisi. Absc ayam sup gogor interire.
Sans ayam sup, je suis contraint de périr. Voici donc une belle énigme que nous allons décrypter. Elle passionne les alchimistes depuis plusieurs siècles. Pour la comprendre, il faut donc s'intéresser aux douze clés.
Les douze clés sont illustrées de pentacles, de magnifiques dessins chargés de symbolisme. Et si onze d'entre elles sont assez faciles à décrypter, pour qui connaît la symbolique alchimique, bien sûr la dixième reste difficile. La première clé du moine Basile-Valentin représente le couple alchimique. Le roi et la reine, l'homme et la femme, le soufre et le mercure.
On dit en alchimie qu'il faut utiliser ce soufre et ce mercure purifiés. Et on utilise l'antimoine qui est un élément de la nature et qui est représenté par le loup qui saute au-dessus du creuset. Le loup de l'antimoine de Basile-Valentin qui sert à purifier les deux premiers principes nécessaires aux opérations du grand œuvre, soufre et mercure. L'alchimiste va utiliser ces deux principes et les mettre dans un ballon de verre qu'il va sceller.
On parle d'œuf philosophique et l'œuf est représenté ici, qui est placé dans un lit de cendre, lequel va être remis dans l'atanor, le fameux four, pour être chauffé à feu continu et bien contrôlé. Nous sommes là au tout début du grand œuvre, au stade du plomb représenté par Saturne avec sa fauve. En alchimie, on utilise donc du soufre et du mercure, un homme et une femme. Que va-t-il se passer si l'on prend cet homme et cette femme et qu'on les place dans un ballon de verre que l'on ferme, que l'on appelle aussi l'inuptial ?
Je vous laisse imaginer ce que font un homme et une femme si on les déshabille et si on les met dans un lit. Ils vont bien sûr copuler, copulation agitée qui va monter et descendre et on parle en alchimie de co-obation. Cette union entre l'homme et la femme est fusionnelle, devient progressivement irréversible, on parle de conjonction, conjonction des principes. Que donne finalement cette union entre l'homme et la femme ?
L'homme et la femme vont donner la deuxième clé. Il ne s'agit pas d'un coït fantasmagorique mais d'un fils, le fils hermaphrodite qui est issu de l'union entre l'homme et la femme. Ce fils est appelé le sel ou nouveau mercure. C'est pour cela qu'il tient dans ses mains les caducées des médecins, deux serpents qui s'entrelacent autour d'une vergue ou bien plus simplement il est couronné comme un roi par son hiéroglyphe, celui du mercure.
Le sel est donc le troisième principe. Autour de ce sel, de ce fils qui est issu de l'union du roi et de la reine, du soleil et de la lune, autre symbolique, s'activent les alchimistes avec leur épée et ceux-ci doivent couper les ailes à notre mercure pour le fixer, lui ôter sa volatilité. La théorie des alchimistes est que tout en ce monde est la résultante de composition des trois principes fondamentaux, le sel, le mercure et le soufre.
En composant chaque chose de différentes manières, on obtient des mixtes. Ces mixtes représentent tout en ce monde dans les trois règnes de la nature qui pour les alchimistes étaient le règne animal, végétal et minéral. Ainsi, en alchimie, vous pouvez recréer ce que vous voulez, transformer le plomb en or en utilisant vos trois principes et cette théorie des principes se rapproche maintenant de la théorie des atomes puisque l'on sait que tout en ce monde est constitué d'électrons, de protons et de neutrons.
Les alchimistes du Moyen-Âge avaient donc découvert les secrets de la nature en utilisant les trois principes. Leur but, celui du grand œuvre, va être de les retrouver et de reconstituer la matière première, la materia prima, le chaos original, la pierre philosophale qui leur permettra ensuite de recomposer les éléments à leur guise comme par exemple de transformer le plomb en or ou bien d'autres choses en ce monde.
Alors notre fils à qui l'on a coupé les ailes, que va-t-il devenir ? Un roi ? Un nouveau prince ? Pas si simple.
L'alchimie est plus complexe que ça. Il va bien sûr évoluer toujours dans son ballon de verre à feu continu, bien contrôlé et il va se transformer progressivement et c'est ce que nous montre la troisième clé. Le pintacle nous montre le répugnant dragon écailleux. Notre fils s'est donc transformé en cette chimère qui évolue sans cesse dans son ballon, dans la tannor, entre une partie fixe et une partie volatile.
Il passe sans cesse d'un état air en état terre, de solve à coagula, tel que le montre le renard qui est une partie fixe et l'écoque qui représente sa volatilité. Que doit faire l'alchimiste ? Il a son épée pour contrôler son feu et comme Saint-Michel, il va devoir terrasser le dragon, le tuer. On parle de la mort du composé.
Notre mercure va donc mourir, devenir poussière et disparaître ? Non. Le but étant de recréer notre matière première, d'obtenir la pierre philosophale. Le dragon va mourir, il va se putréfier et devenir ce que montre la quatrième clé.
Ce squelette va se redresser sur son catafalque, il va ressusciter comme le Christ.