Le dossier Fulcanelli

Portrait de Fulcanelli (1839 - ?), alchimiste moderne, et preuves de son influence sur la littérature et la peinture de son époque. Du cabaret du Chat Noir aux œuvres de Raymond Roussel, Alfred Jarry, Maurice Leblanc, Gaston Leroux, en passant par les toiles de Steinlen et de Toulouse-Lautrec, Richard Khaitzine nous mène sur les traces du célèbre alchimiste réputé pour avoir percé le secret de la pierre philosophale et accédé à l'immortalité.

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C'est quand même l'un des dossiers qui a le plus agité le microcosme ésotérique pendant près de cinquante ans. Robert Amadou, notamment, s'était passionné pour cette question. Il avait eu quelques frictions d'ailleurs à l'époque avec Eugène Canselier, lequel se présentait comme étant le seul élève de Fulcanelli, donc de l'alchimiste moderne, et son unique disciple. Eugène Canselier a exercé un véritable pontificat sur le milieu hermétique français, voire européen, pendant pratiquement cinquante à soixante ans.

Alors, je sais que je ne vous choquerai pas parce que vous n'êtes pas forcément cancellien dans cette assemblée, mais on va essayer de faire la part des choses. On va reprendre l'histoire à partir du moment où on a commencé à connaître le nom de Fulcanelli en France. La plupart des gens n'avaient jamais entendu parler lors de la parution du mystère des cathédrales et des demeures philosophales. Je rappelle que le premier, le mystère des cathédrales, est paru en 1926.

Les demeures philosophales sont parues en 1930. À l'époque, Jean Chemin, qui était l'éditeur de ces deux ouvrages, a toujours proclamé qu'il avait reçu différentes personnes qui semblaient avoir des droits sur les manuscrits, à savoir Jean-Julien Champagne, le dessinateur, Eugène Canselier, qui était un jeune homme à l'époque, puisqu'il est né en 1899, si je me souviens bien, et le troisième, un personnage qui aurait pu avoir un rôle dans l'écriture ou dans la collecte de certaines informations, un certain Pierre Dujol, libraire érudit de son état.

Les choses en étaient là. Les tirages étaient de petits tirages, ça a mis des années à se vendre, et depuis, on sait ce qu'il en est advenu, ce sont devenus des best-sellers de l'alchimie. Les tirages se sont succédés et c'est toujours en vente. Quand j'ai pris connaissance personnellement du nom de Fulcanelli, ça ne remonte pas à hier, j'étais tout jeune homme, c'est en lisant le matin des magiciens de Powell et de Bergier.

Alors ça doit dire quelque chose aux plus anciens d'entre nous, les plus jeunes peut-être pas, Bergier et Powell, c'était les gens qui, à l'époque, avaient lancé le mouvement Planète. Je n'ai pas forcément adhéré à tout ce que disaient Bergier et Powell, d'autant plus que l'histoire me semblait un peu bizarre quand même. Bergier racontait notamment qu'à la demande d'André Elbronner, le physicien, il avait rencontré un homme dans les locaux de la place Saint-Georges à Paris, dans les locaux du gaz de Paris.

Et il ajoutait que cette rencontre avait eu lieu en 1937 et qu'il pensait avoir eu affaire à Fulcanelli. Vous verrez que c'est assez drôle parce qu'on est en 1937 et à l'époque, tout le monde ignorait l'année de naissance de Fulcanelli, ou tout au moins de l'homme qui s'est fait appeler comme ça. Bizarrement d'ailleurs, dans « Je ne suis pas une légende », un autre ouvrage de Jacques Bergier, il situe la rencontre de la place Saint-Georges en 1938.

Donc déjà, il avait fluctué sur la date. En 1957, dans un troisième ouvrage, « Faire de l'or », il identifie avec une grande probabilité, je reprends ces termes, son interlocuteur. Il offre une copie de son manuscrit à Robert Amadou. Et selon Robert Amadou, en 1983, Bergier, se sachant incurable, malade et sur le point de mourir, lui dit que Fulcanelli était Schweller de Lubitsch.

Alors là, j'ai vraiment éclaté de rire quand j'ai pris connaissance de cette information parce que c'était totalement impossible. Schweller de Lubitsch est né en 1887 à Angers. Il a vécu à Strasbourg toute son adolescence et toute son enfance. Et il est arrivé à Paris en 1910.

Et quand vous disiez les Fulcanelli, il est question de l'érection notamment d'un immeuble rue de Montbelle. Et l'homme qui se fait appeler Fulcanelli prétend qu'il était jeune étudiant dans la science, ce qui paraît bizarre compte tenu de ce qu'on sait maintenant de lui, et qu'à l'époque, il avait vu ce monument s'ériger. L'immeuble en question rue Montbelle a été érigé en 1908-1909. Schweller étant arrivé en 1910, il n'était pas question que ce soit Fulcanelli et qu'il ait vu l'érection de cet immeuble.

Déjà, premier point contestable. Et donc tout le monde s'est demandé qui était ce fameux Fulcanelli. Et les seules informations qui transpiraient, elles émanaient d'une seule source. Eugène Canselier, le seul et unique disciple.

Et puis au fil des années, il était un peu prolixe quand même Canselier. De temps en temps, il glissait des informations. Oui, mon vieux maître, il a connu Anatole France. Il a connu Paul Painlevé, homme de science et homme politique.

Il a connu Pierre Curie, qui était son cadet de 20 ans. Pierre Curie étant né en 1859, logiquement, on en déduit que Fulcanelli est né en 1839. Et puis on a parlé de René, l'auteur de La Guerre du feu. On a parlé de Schweller de Lubitsch.

Plus récemment, certains ont voulu que ce soit Canselier qui rédigeait les ouvrages. Ce qui est totalement improbable quand on voit la maîtrise qu'il aurait fallu avoir. Et Canselier n'avait que 27 ans au moment où Le mystère des quatre égards est sorti. On a parlé de Camille Flammarion dans un ouvrage pour lequel je ne ferai pas de publicité.

Et puis on a parlé de Jean-Julien Champagne, l'illustrateur, etc. Et les candidats se sont succédés à, j'oubliais, Jules Violle, mentionné par Patrick Rivière. Eh bien, je peux vous dire qu'il n'y a pas le moindre début de preuve que l'un de ces personnages ait été le rédacteur du Mystère des cathédrales et des demeures philosophales. Et bien mieux, on va voir ensemble au cours de cette soirée, qu'il est possible de mettre un nom sur ce personnage et un nom également sur les différents rédacteurs des livres.

Parce qu'en fait, c'est une écriture collégiale. J'en ai pratiquement les preuves. Ça m'a demandé quand même 30 ans pour remonter jusqu'aux sources. Il faut dire que les chevaux étaient quand même singulièrement emmêlés.

Alors emmêlés par des gens qui ne savaient pas de quoi ils parlaient, emmêlés par des gens qui avaient tout intérêt à ce que rien ne transpire. Et là, je parle d'Eugène Canselier, dont je ne pense pas de mal, d'ailleurs, parce qu'il a eu le mérite quand même de redonner à l'alchimie ses lettres de noblesse et d'inciter la jeunesse de l'époque à se préoccuper de cet art et de cette science millénaire, plusieurs fois millénaire.

Mais en revanche, il faut savoir que comme il était le rédacteur des préfaces et qu'il n'y avait plus d'ayant droit, tout au moins d'ayant droit s'étant fait connaître, il touchait les droits des ouvrages à chaque fois. Et il était payé sur les préfaces également et ça poussait ses propres livres, sa propre production littéraire. Cela étant dit, je peux concevoir, vu l'état de ses finances, parce que c'était quelqu'un qui vivait très petitement, très fichement, qu'il essayait de ménager la poule aux œufs d'or pendant un certain nombre d'années.

Là où je le suis moins, quand même, c'est d'avoir prétendu des choses qui sont totalement fausses en sachant qu'elles étaient fausses. Notamment, si on suit ce qu'écrit Canselier lorsqu'il parle de son maître, il dit que, quelles que recherches qu'on fasse, on n'arrivera jamais à mettre un nom sur le pseudonyme de Fulcanelli. Et même si on envisageait que ce nom cache un homme considérable. Et comme il avait employé le terme considérable, tous les chercheurs se sont dit que ça devait être quelqu'un de connu.

C'est la raison pour laquelle on a parlé de Flammarion et de Jules Violle, etc. Mais je ferais remarquer quand même que le mot considérable n'a jamais voulu dire que c'était quelqu'un de connu.

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