Réalité du corps subtil
"On dit de l'homme qu'il est un microcosme (...) parce qu'il possède toutes les valeurs du cosmos", écrivait Pythagore. L’Occident, obnubilé par sa course au progrès, est devenu sourd à toute analogie, et cette correspondance entre microcosme et macrocosme lui est devenue totalement étrangère.
L'homme moderne/occidental vit comme prisonnier de son corps de chair, isolé et angoissé par les altérités que le devenir du monde imposera à son corps-roi.
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Dans ce monde, en effet, la première identification de la conscience se rapporte au corps comme image de soi.
Un corps aux limites bien définies et visibles.
Un corps-matière sans fondements métaphysiques. Un corps que la médecine occidentale a ouvert, disséqué, exploré dans tous ses recoins effaçant autant que possible toute dimension symbolique. « Je n’ai pas vu la fine pointe de l’âme sous mon scalpel » ironisaient les médecins du XXème siècle, siècle qui a pourtant connu l'essor des sciences humaines et de la psychanalyse….
Sommes-nous donc uniquement constitué de chair et d'os ou existe-t-il en chaque être humain une part subtile, insaisisable par la raison et la logique ?
C'est à cette question fondamentale que cette table ronde va tenter de répondre.


Grâce aux interventions de Colette Poggi, indianiste, Kiran Vyas, spécialiste en Ayurveda, Françoise Blanc, professeur de Hatha Yoga et Marie-Laure Colonna, analyste jungienne, nous constaterons que même si notre culture demeure fondamentalement réfractaire à la dimension multidimensionnelle de l'être, d'autres traditions, indienne notamment, ont reconnu depuis des millénaires une hiérarchie des corps subtils.
Selon l'interprétation traditionnelle du yoga, par exemple, le corps humain n'est que l'expression matérielle d'un ensemble de corps qui correspond à différentes dimensions de conscience et à différents champs de résonance. Tous ne sont que des enveloppes qui s’emboitent les unes aux autres comme des poupées russes.
Notre corps physique est ainsi animé par une structure énergétique, généralement invisible, mais réelle, composée de forces vitales que l'on peut également appeler énergies subtiles.


Désirez-vous vous familiariser avec ces notions passsionnantes mais malgré tout occultées par nos sociétés "modernes" ? Réponse dans cette table ronde de 52 minutes, animée par Michel Cazenave et enregistrée au Forum 104.
Extrait de la vidéo
On sait qu'aujourd'hui, du point de vue du public, nous assistons à une guerre qui fait rage entre la médecine scientifique et les médecines parallèles, chacune prétendant évidemment n'avoir que la vérité, l'autre se trompera totalement, et où on peut se poser la question de savoir, est-ce qu'au-delà des médecines scientifiques, il n'existe pas quelque chose qui relève d'une réalité de l'être humain, et d'une réalité qui n'est simplement pas dans l'ordre physique, si l'on peut dire, comme c'est notable, que l'on peut toucher, c'est-à-dire est-ce que nous sommes réductibles à notre simple corps de chair.
Et c'est là-dessus que j'aurais beaucoup aimé que nous discutions sur la réalité, sur la manière de penser quelque chose que traditionnellement on appelait le corps subtil, et pour explorer cette notion, nous avons avec nous Colette Potgie, qui est indianiste sanscrétiste, Françoise Blanc, qui est responsable de l'Institut Evar-H.Pol, qui est un institut de Hatha Yoga qui forme des enseignants au Hatha Yoga, Marie-Laure Colonna, qui est psychanalyste, psychanalyste jungienne, et Kiran Vyas, qui est le directeur des centres d'Abhoban.
Le centre d'Abhoban, dont voici la brochure d'ailleurs, qui est un centre spécialisé en Ayurveda et qui a des résultats, je peux le dire personnellement, assez merveilleux. Donc voilà, la première question que l'on peut se poser, il répond qui veut, c'est à quoi devons-nous cette notion du corps subtil et à quelle réalité éventuellement cela peut renvoyer ? Qui a envie de répondre ? Alors, Colette Potgie.
On peut répondre que dans l'Inde ancienne, il y a eu toute une culture de la connaissance du corps à partir de l'expérience intérieure et peut-être non pas seulement une approche objective, c'est-à-dire qui prend le corps comme objet, donc qui se pose devant nous. Et donc cette approche se fait par une sorte de cheminement de la conscience et de perception de l'énergie qui circule dans le corps, de l'énergie de vie.
Et de ce fait, je crois que les sages, les yoguines, mais aussi les médecins ont été amenés à discerner des sortes de trajets de fluide, des trajets de souffle, donc des cheminements énergétiques à l'intérieur du corps. Donc on a appelé ce corps non pas le corps grossier, disons le corps physique, mais le corps subtil, sukshma en sanscrit, dont le mot sukshma a pour racine siv ou suks qui veut dire coudre, ce qui a donné d'ailleurs sutor en latin, sutra en sanscrit, le fil.
Et donc ce corps subtil fait figure d'une dimension, d'un espace, d'un espace mouvant, d'un espace animé par différentes forces, à la fois de l'ordre de l'énergie, mais aussi du conscient et de l'inconscient. Et en fait c'est une sorte de tressage presque hydraulique, de réseau, mais imperceptible, où se rencontrent, où confluent, où fusionnent plusieurs dimensions qui sont de l'ordre de l'énergie subtile du corps, de la vie pourrait-on dire, insaisissable, qu'on ne peut pas montrer devant, objectif, mais également fait de pensées, de mémoires, et effectivement également de mémoires oubliées, qui fondent justement l'inconscient.
Bien, alors, je me tourne vers la profession de yoga, parce qu'on a l'impression que le yoga travaille beaucoup avec le corps de chair d'une part, mais aussi avec le corps subtil, et donc que pensez-vous de ce qui vient de nous être exposé ? Et bien c'est sûr que dans la pratique du yoga, on va essentiellement jouer avec la respiration, avec le souffle, pour donner toute sa dimension au terme, et qui est le médiateur pour relier les différents niveaux d'un homme, et le relier aussi à son environnement.
Donc la pratique du yoga s'appuie sur des procédés, sur des postures qui vont petit à petit, par l'entremise du souffle, affiner la perception, permettre à la personne d'affiner ses sensations internes, et en même temps d'améliorer son rapport, sa relation au monde. Voilà ce que je pourrais dire simplement pour commencer du yoga, sans en dire trop. Bien sûr, l'individu va pouvoir relier les différents plans de sa personnalité, en partant du plus matériel, le corps dit grossier, pour aller jusqu'au niveau psychique et spirituel, dans le sens de mise en relation avec les autres, et l'autre, avec un grand tas.
Alors Marie-Laure Colonel, ce que j'ai entendu, c'est que Françoise Blanc faisait la différence entre le psychique et le spirituel, et dans ce que disait Colette Pottier, j'entendais bien qu'il y avait la différence entre le plan direct, le plan grossier, appelons-le grossier pour l'instant, le reprendre à la tradition, que nous habitons, et puis le plan psychique et le plan spirituel. Et vous, en tant qu'analyste, est-ce que ces trois plans vous parlent ?
Oui, bien sûr, mais déjà c'est une expérience quotidienne pour un analyste, le corps subtil, parce que je vais vous donner des exemples de ma pratique. Par exemple, je me suis aperçue quand j'étais jeune analyste, avec stupéfaction, qu'il y avait certaines personnes qui arrivaient en étant demandeuses de thérapie, et une fois que j'étais installée en face d'elles, donc à peu près à deux mètres de l'endroit où elles étaient assises en face à face, je me sentais curieusement sombrée dans une espèce de torpeur.
Donc incidemment, j'ai toujours demandé à la personne qui venait qu'est-ce que vous prenez comme type de substance, de cette façon volontairement provoquante, et à chaque fois, quelqu'un m'a répondu, à chaque fois ces gens m'ont répondu, je prends ça ou ça, mais évidemment stupéfait, parce qu'ils n'arrivaient pas à la première séance complètement shooté, ni avec leur joint en poche, et je me suis rendu compte comme ça qu'effectivement, et c'est très fréquent, je ne suis pas chez les analystes, je pouvais percevoir en quelque sorte l'état de quelqu'un, pas très loin, en général c'est deux trois mètres, pas plus, mais si je rentre dans la sphère de quelqu'un vers deux mètres, et ça dépend aussi certaines personnes négatives ou positives, je dirais pathologiques ou pas, ça n'a pas d'importance, qui ont pour moi une sorte de champ magnétique, pour le dire comme ça, mais quand je dis magnétique, je ne sais même pas ce que je veux dire, qui déborde effectivement largement du corps, et qui est à la fois tissé de conscients et d'inconscients, et j'ai une anecdote encore plus frappante, c'est qu'un jour, il y a une vingtaine d'années, je vois arriver chez moi quelqu'un que j'ai pris en analyse pour le coup pendant trois ans, et cette personne, c'était un homme, avait un inconscient sur des générations, extrêmement blessé, extrêmement pathologique.
Du jour où je l'ai accepté, j'ai senti une sorte de chape sombre, brumeuse et noire me coller, je dirais, à la peau. Ça a duré les trois ans de notre thérapie ensemble, et le jour où il a continué son chemin pour aller chez un analyste homme, en 24 heures, c'est parti. Et à ce moment-là, je m'en suis souvenu, et je me suis dit, je me souviens que le jour où il était arrivé, j'avais senti cette peau psychique qui venait coller à la mienne.
Donc pour moi, le corps subtil ne fait aucun doute. Alors Kéraldias, je vais m'adresser à vous, puisque vous, vous êtes indien d'origine, et apparemment, le corps subtil, pour vous, c'est quelque chose qui est quasiment d'évidence. Absolument. Le corps subtil, je dirais même, c'est plus évident que le corps physique.
Le corps physique est une réalité de nos cinq sens, mais au-delà de ces cinq sens, il y a encore d'autres