Une lecture alchimique de Jing, Qi et Shen, les trois trésors de la pensée chinoise.
Jing, « ciel antérieur et trame de vie », Qi « souffle, énergie, toujours croissant ou décroissant, jamais stable » et Shen « conscience, présence » constituent les trois piliers de la médecine chinoise traditionnelle. Si le terme de « trésor » est employé c’est parce que ces notions véhiculent une richesse exceptionnelle. Inépuisable, elle est à la fois non-monnayable, immatérielle et de tout temps éternelle. Amis de la sagesse bienvenus. Lao Tseu et Confucius pour l’occasion réunis.
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Une précision préalable s’impose : si l’Occident a pris pour habitude « de chosifier » tout ce qu’il aborde (rapports sujets-objets, hiérarchisation systématique, vision linéaire du temps), le risque pour lui serait de réduire ces axiomes à de simples « concepts », plus ou moins abstraits… Au contraire, Marc Sokol nous recommande de toujours bien garder en tête la prégnance de ces éléments, leur interpénétration et circulation.


Une médecine, une pensée, qui place l’homme comme intercesseur entre le Ciel et la Terre. A lui de discerner « les forces en présence ».
Marc Sokol a l’âme d’un poète. Il porte sur la Vie un regard d’alchimiste qui interroge ses grands principes. A travers l’analyse de ces trois idéogrammes chinois, cette « langue en images », il nous convie à observer non pas les objets qui nous environne, mais bien la relation qui les unit les uns aux autres… Pour le miracle d’une seule chose ?


« Ce qu’il y a de miraculeux, c’est qu’il y ait quelqu’un pour LE voir »…
Depuis la trame initiale Jing, lien/union invisible qui nous lie à nos ancêtres, en passant par Qi, l’outil souffle-énergie, seul élément des trois sur lequel l’homme peut véritablement agir - c’est bien pour cela que les thérapeutes focalisent toute leur attention sur lui – Marc Sokol nous dévoile cette articulation énergie-esprit.
Une articulation quasi « alchimique », car médecine universelle, qui va sculpter le corps et le principe vital qui l’anime, Qi pour tendre vers Shen, cette conscience, ce vent qui souffle à travers dix milles êtres…
Extrait de la vidéo
Les trois trésors de Tsing-Chi Hsien Bonjour. On va parler des trois trésors, Tsing-Chi Hsien, dans la pensée chinoise. Il me semble que la première chose qu'il faut considérer, l'écueil, la difficulté pour nous, serait d'aborder des notions comme cela à travers notre manière de penser habituelle, c'est-à-dire de vouloir les saisir, en faire des objets de pensée, des concepts. Pour cela, je voudrais faire une introduction sur différents modes de pensée.
La pensée dominante en Occident, et je dis bien la pensée dominante, ce n'est pas la pensée occidentale, est une pensée qu'on peut qualifier d'objective, c'est-à-dire d'objet, qui considère le monde comme rempli d'objets qu'on va examiner, sur lesquels on va pouvoir exercer notre attention. Pour cela, il est souvent recommandé qu'il y ait une certaine distance entre celui qui observe et la chose qu'il observe, sinon ça devient subjectif.
C'est toute une manière de penser qui, pour nous, est une évidence. Encore une fois, c'est le mode de pensée dominant, parce qu'il y a en Occident ô combien une pensée symbolique, une pensée poétique, etc. Mais c'est celle qui domine. Cette manière de penser prend les objets du monde, y compris les objets pensés, à travers ce qu'on appelle des concepts.
Dans le temps, je faisais la différence entre pensée chinoise et pensée occidentale. Maintenant, je fais plus la différence entre cette pensée dite objective et celle qui m'intéresse plus, qui est ce que j'appellerais une pensée poétique, de l'action, pensée où comptent moins les objets du monde que la relation entre les objets et entre nous et l'objet. Pourquoi je dis tout ça ? Parce que les Chinois écrivent, nous le savons, avec des idéogrammes, ce qui développe une toute autre manière de penser, qui va dans le sens de cette pensée poétique.
Pourquoi les Chinois seraient-ils porteurs d'une autre pensée que la nôtre ? Pas parce qu'ils sont chinois, pas parce qu'ils sont à l'autre bout du monde, etc. Tout simplement parce qu'ils écrivent avec des images. Et penser avec des images ne développe pas la même manière, la même relation au monde que penser, écrire avec des phonèmes.
Je dis souvent, quand je dis tristesse, t-r-i-s-t-e-s-s-e, il n'y a aucun rapport entre le son que j'ai prononcé, les signes que j'ai écrits et ce que j'évoque. Une des manières d'écrire ce qu'on traduit par tristesse en chinois, ça va être les feuilles, le feu, le cœur. Quand les feuilles ont la couleur du feu, c'est l'automne. L'automne sur le cœur.
On passe là directement, complètement au-delà de tout ce qui serait définition. La question n'est pas où commence la tristesse, où finit la mélancolie, etc. C'est comme si on se mettait devant un tableau et qu'on le contemple, et qu'on a une espèce de contemplation commune. Je dis ça parce que là, on s'aventure dans des notions qui, si on veut absolument des définitions, si on les aborde à la manière occidentale, on va vite être perdus.
Il faut plonger. Vous allez voir, je vais vous montrer un texte. Je vais lire tout à l'heure un texte de Lu Tong Ping, personnage important, je vous raconterai qui est ce monsieur. Vous verrez que quand il parle de ces grandes notions, il a une pensée beaucoup plus poétique.
La pensée symbolique fonctionne par analogie et non pas par définition. Je prenais un peu cette précaution pour qu'on aborde ces notions qu'on appelle les trois trésors. Les trois trésors, c'est la grande base de la pensée chinoise. Tsing, Qi, Shen.
C'est comme trois regards sur le monde. Ils se transforment constamment l'un dans l'autre, et ils sont un peu ce qui va faire l'interface, par exemple aujourd'hui de manière pratique, entre ce que nous appelons médecine et ce que nous appelons alchimie. Ils sont d'ailleurs plutôt du domaine de l'alchimie. Mais ils sont complètement de la médecine chinoise et par nature alchimique, c'est-à-dire qu'elle vise une transformation de l'être.
Alors, on va aborder un peu ces trois notions. Je vais essayer de rentrer directement dedans. Le premier de ces trois trésors, on l'appelle Tsing. En fait, pour chacun, je vais vous proposer un plan identique.
D'abord, on va regarder l'idéogramme. On va parler un peu de ce qu'évoque cette notion. Quand on va en parler, on va être probablement dans des notions un peu philosophiques, voire spirituelles. Ensuite, je vais vous en parler d'un autre point de vue qui est dans la référence à l'alimentation.
Volontairement, je prends un thème très concret. C'est-à-dire, qu'est-ce que c'est Tsing d'un aliment ? Qu'est-ce que c'est Qi d'un aliment ? Qu'est-ce que c'est Shen d'un aliment ?
Pour que ça ne reste pas que des abstractions, mais en rapport à quelque chose de très précis. Et après, ou avant, ça dépendra des fois, je vous montrerai ce texte. Je vous lirai ce texte de Lu Tongping qui, à chaque fois, parle de ces cinq. Vous verrez comment il évoque tout ça.
Alors, le premier terme. Vous savez que, je ne l'ai pas apporté, mais le grand emblème de la pensée chinoise s'appelle le Tai Chi. Je n'en ai pas ici avec moi, mais le Tai Chi, c'est ce cercle que les gens appellent Yin Yang. Quand on peint un Tai Chi, en fait, l'artiste, l'artisan, peint d'abord le fond noir.
Et par-dessus, va peindre le tétard rouge qui monte par-dessus. Eh bien, jusqu'à un certain point, on verra, Tsing est assez proche de ce fond noir dont tout émerge. Très proche, probablement, de ce qu'on appelle parfois le ciel antérieur. Tsing va être très lié à la matrice des choses.
Et puis, ce qui monte et qui descend, le rouge et les rapports entre le rouge et le noir, puisque le Tai Chi est rouge et noir et non pas blanc et noir, comme on le fait actuellement en Occident, Chine en tête,