La colonne vertébrale, une cartographie de nos émotions refoulées
« Beaucoup de mes patients affirment que je suis voyant, mais ce n’est pas exact, je ne fais que lire leur colonne vertébrale : tout cela demeure très rationnel !...» nous-dit Roger Fiammetti, kiné-ostéopathe, formateur et auteur de nombreux ouvrages. La « nouvelle psychosomatique », dont nous poursuivons l’exploration dans le présent entretien, conserve néanmoins tout un pan irrationnel, une part d’ombre, que la médecine traditionnelle occidentale n’a pas encore mis à jour. En effet, comment expliquer que le corps puisse garder la mémoire d’une forte émotion alors même que le patient n’en n’a plus aucun souvenir conscient?
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De là à affirmer que les éléments constitutifs notre « mémoire » ne soient pas l’apanage exclusif de notre seul cerveau, mais bien de l’ensemble de notre corps, de nos cellules, os et organes, il n’y a qu’un pas que la nouvelle psychosomatique nous invite à franchir, et Roger Fiammetti à pieds-joints.
Nos vertèbres : à la fois archivistes et fusibles de nos émotions.


Cervicales, dorsales, lombaires : Roger Fiammetti nous présente ici la méthode thérapeutique qu’il a développée et nommée « somato-émotionnelle ». Une lecture de notre corps qui indique que chaque vertèbre s’engramme, au fil des évènements marquants de nos biographies, de certaines émotions. Un processus, une érosion devrions-nous dire, qui résulte de ce perpétuel va-et-vient que supporte notre colonne vertébrale entre nos « sentiments » (matérialisés tout en haut de notre colonne, sur un plan mental et dicible) et nos « émotions » qui se nichent le long de cet axe central.
Ainsi, à travers cette grille de lecture psychosomatique, la vertèbre C2 est reliée à la reconnaissance, la D9 à l’abandon, la L3 à la trahison, etc.
Une approche étonnante puisqu’elle donne véritablement « la parole » au corps, « ce terrain où se joue toutes les tragédies » nous-dit Roger Fiammetti , et dont il essaye de comprendre la grammaire, la syntaxe et le vocabulaire.
Souhaitez-vous, à votre tour, parcourir ce « livre muet » dont nous sommes à la fois les auteurs et les premiers acteurs ?
Extrait de la vidéo
Bonjour, le corps et le terrain où se jouent toutes les tragédies, chacune de ces cellules retient jusqu'au dernier fragment tous les éléments qui s'y sont produits. La cellule contient une mémoire infaillible, toutes les émotions, les bonnes mais surtout celles qui sont mal gérées, y sont imprimées selon un code bien précis, seul le corps en détient l'accès. C'est de ce code dont nous allons parler aujourd'hui avec Roger Fiametti, ostéopathe, conférencier, formateur dans l'approche sonato-émotionnelle, il est aussi l'auteur de plusieurs livres dont Le langage émotionnel du corps, en deux tomes, publié aux éditions Dervides, dont je viens de vous lire un tout petit extrait de l'introduction, ainsi que les cartes, c'est un jeu de cartes mais qui ne sont pas pour jouer forcément, du langage émotionnel du corps qui regroupe chaque vertèbre et les lie à chaque émotion, un coffret qui a été publié aux éditions Guy Trédamiel.
Roger Fiametti, bonjour, je suis ravi de m'entretenir aujourd'hui avec vous sur ce sujet tellement passionnant et qui passionne de plus en plus le public apparemment, qui est le langage du corps, les mots du corps, vous pouvez être partie d'une nouvelle génération de praticiens, de thérapeutes, de psychologues, de médecins, de praticiens de la santé ou de spécialistes qui tiennent compte aujourd'hui des émotions et de leur impact sur la santé et donc on va aujourd'hui beaucoup plus parler de votre spécialité, on va ouvrir bien sûr à l'ensemble du corps mais de votre spécialité qui est les os et la colonne vertébrale puisque vous êtes ostéopathe et la première question que j'avais envie de vous poser c'est comment en êtes-vous venu en tant que professionnel à vous intéresser aux émotions du corps et à élaborer votre propre méthode ?
Ça c'est la question qui revient toujours et qui est tellement facile à expliquer parce que quand vous êtes face à un patient, vous êtes face à un être humain, un être humain qui vit et qui a une histoire, une histoire qu'il a fabriquée, l'histoire ça sert à fabriquer la mémoire et la mémoire ça sert à pouvoir fabriquer l'histoire. On fait la même chose pour les événements du passé, que ce soit les guerres, les anciennes civilisations, on a besoin de l'histoire et de la mémoire et il faut fabriquer sa mémoire.
L'être humain, lui, fabrique sa mémoire aussi à travers ce qu'il vit et quand on est face à un patient, on est face à des systèmes, des systèmes respiratoires, circulatoires, cardiologiques, cardiorespiratoires, endocriniens, etc., donc on peut voir le patient sous ses divers aspects, ses divers compartiments, c'est un peu comme ça que la médecine divise justement les diverses spécialités. Voilà, c'est ça, c'est parce qu'aujourd'hui on est à une époque d'hyperspécialisation où le cœur n'a rien à voir avec le foie, ni avec les pieds et encore moins avec le cerveau si on en croit les parcours médicaux qui sont proposés.
En fait, il a à voir, mais disons que si vous avez un cœur hépatique droit, le cardiologue va traiter le cœur et l'hépatologue va traiter le foie et la différence entre les spécialistes qui sont hyper spécialisés et qui ne travaillent plus que dans leur secteur et qui travaillent en collaboration, la différence avec l'ostéopathie c'est que c'est une médecine alternative complémentaire qui va justement dans le sens de toute cette médecine à part que, enfin à part, disons qu'en ostéopathie on fait la liaison, on fait la liaison entre tous les systèmes, tout le temps, c'est ça aussi qui fait la particularité de l'ostéopathie et qui en fait sa richesse et évidemment quand on a la chance de pouvoir fonctionner comme ça, parce que moi j'appelle ça de la chance, j'ai de la chance de faire un métier que j'adore et j'ai de la chance que ce métier ne soit pas une charge mais plutôt un plaisir puisque c'est une passion mais c'est surtout amusant, c'est amusant de pouvoir aider les gens en les aidant avec cette palette, cette facette multifactorielle où on peut toujours faire le lien entre le corps physique, le structurel, les articulations, les os, les muscles, les organes, cœur, poumon, estomac, foie, intestin, donc les viscères, le crâne, le crâne et le cerveau, le système endocrinien, donc on fait là le lien entre des gens en ostéopathie, l'ostéopathie crânienne, viscérale et structurelle qui passe par une loi fondamentale qui est la loi de l'artère, l'artère qui va nourrir les cellules.
Donc si on est déjà dans cette dimension, c'est hyper passionnant de pouvoir découvrir ce qu'un corps peut nous révéler comme dysfonction et l'ostéopathie sert à rendre le mouvement, la kinésithérapie sert à rééduquer par le mouvement tandis que l'ostéopathie permet de restituer le mouvement, donc on va chercher les pertes de mouvement, les pertes de mobilité et puis les pertes de motilité et tout ça c'est un ensemble complet avec une vision très holistique, très ouverte avec toutes les combinaisons entre les différents systèmes et ça c'est important.
Pour revenir à votre question, comment est-ce qu'on arrive à s'intéresser aux émotions, c'est certain qu'un être humain est animé par des émotions et on peut justement détecter sur le corps des tensions. Vous allez simplement vous faire masser par une masseuse, qu'elle soit esthéticienne ou kinésithérapeute, nombre de fois, et vous pouvez interroger les kinés ou les esthéticiennes, lors de massages, quand elles touchent le corps ou quand elles massent certaines zones, les gens se mettent parfois à pleurer ou à frissonner ou à avoir des réactions émotionnelles, une montée de colère, tout ça ce sont des réactions du corps.
Quand vous êtes ostéopathe et que vous travaillez avec les patients, leurs corps sont parfois justement soumis à ces réactions et vous avez ces réactions là entre vos mains du patient. Alors comment l'aider et comment comprendre ? Parce qu'il faut écouter, on écoute avec nos mains, mais il faut aussi accueillir l'émotion du patient et savoir quelle est l'émotion qui surgit à ce moment-là et l'aider. Alors l'aider c'est bien, mais on n'est pas psychologue, le but ce n'est pas de remplacer les psychologues, le but c'est d'aller à la rencontre et pouvoir aider le patient le cas échéant si justement on est face à un trouble émotionnel mais qui se traduit dans le corps.
Alors l'avantage, la technique et l'originalité de l'approche somato-émotionnelle c'est que somato c'est corps, émotionnel c'est émotions. Donc on ne fait pas de la psychanalyse ou de la psychoanalyse, on fait un travail par