En compagnie de Richard Khaitzine : Bagatelle
"En compagnie de..." est une collection de reportages dans lesquels un auteur nous fait redécouvrir un lieu. Richard Khaitzine est ici dans les jardins de Bagatelle pour apporter un éclairage nouveau sur l'histoire et les symboles hermétiques de ce lieu situé à promixité de Paris.
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Extrait de la vidéo
Chers amis, je vous souhaite la bienvenue.
Jules Renard disait que flâner, c'est travailler.
Je vous préviens tout de suite, rassurez-vous, on ne va pas travailler.
Flâner, ça peut aussi consister à s'amuser.
Nous allons envisager ensemble l'histoire et le symbolisme du domaine de Bagatelle.
Nous allons couvrir pratiquement 500 ans d'histoire.
La vie du domaine commence sous François 1er, à la Renaissance.
François 1er a fait construire le château de Madrid qui n'est pas très loin d'ici.
Et à l'origine, cette partie où nous sommes était rattachée au bois de Boulogne.
Le domaine de Bagatelle, au départ, c'était un domaine en friche sauvage.
Et par la suite, ça s'est bâti petit à petit.
Il y a eu plusieurs propriétaires.
Ça a commencé par un personnage qui s'appelait Louis-Paul Bélanger.
Véritablement au XVIIIe siècle.
Là où ça a commencé réellement, c'est sous la période Louis XV avec la marquise de Montconceil.
Qui, pendant des années et des années, a correspondu avec son vieil ami Lord Chesterfield.
Sur le plan étymologique, évidemment, quand on entend le mot Bagatelle, on pense aussitôt à la Bagatelle, à l'amour.
Et c'est vrai qu'à l'origine, c'est un domaine, et c'est surtout, au niveau architectural, ça a été conçu pour le plaisir, essentiellement.
Après la marquise de Montconceil, le domaine est passé comte d'Artois, qui est devenu par la suite le roi Charles X.
Ensuite, il y a eu l'Empire.
Sous Napoléon, on pouvait voir dans les jardins de Bagatelle Thérésa Cabarus.
C'est la fameuse Madame Talien, Notre-Dame de Termidor.
Et elle était accompagnée de sa bonne amie Joséphine de Beauharnais.
Ensuite, le jardin, le domaine est passé sur la liste civile de Louis-Philippe.
On a eu ensuite une période anglaise, de francophiles francophones, notamment Sir Richard Conway, marquis d'Erfort.
Il vivait en philosophe, pratiquement enterré dans son domaine, à tel point qu'on disait que si une révolution était passée, il n'aurait même pas tourné la tête.
A la mort de Richard Conway, le domaine est devenu propriété d'un certain Richard Wallace, dont le nom doit vous dire quelque chose.
C'est l'homme des fameuses fontaines.
Richard Wallace a remodifié le petit château qu'on verra tout à l'heure.
Certains ont dit, oui, mais en le modifiant, il a fait sauter tout un tas de symboles alchimiques ou hermétiques.
Ce qui, à mon avis, n'est pas tout à fait vrai.
Ce qui, à mon avis, n'est pas tout à fait vrai.
Il a repris la citation qui se trouve au fronton du château.
A l'époque, elle était sur le petit pavillon des pages.
Il l'a fait remettre sur le château.
Il se trouve que cette devise, personne ne la mentionne jamais et personne n'essaie de savoir ce qu'elle signifie.
Moi, je l'ai identifiée.
Et je peux vous assurer qu'on est dans le domaine hermétique à 100%.
Donc, on va pouvoir commencer notre petite promenade.
On va commencer par ces ruines, qui, en fait, sont des ruines qui ont été transplantées de l'abbaye de Longchamp, qui était voisine, ici.
La priorité, c'est quand même de vous dire que l'alchimie, contrairement à l'iconographie populaire, aux images d'Epinard, ça n'a rien à voir avec la transmutation des métaux.
Alors, je ne dis pas que les alchimistes ne prétendaient pas transmuter les métaux.
Ils étaient capables de le faire, les vrais.
Mais ce n'était pas leur priorité.
Si on voulait donner une définition de l'alchimie qui soit lapidaire aux deux sens du terme, aussi bien au niveau de la pierre qu'au niveau d'une définition concise, je dirais que l'alchimie, c'est la permutation de la forme par la lumière, le feu, l'esprit.
Donc, comme ça, on sait que la lumière dont il est question, ce n'est pas celle que vous obtenez en appuyant sur un interrupteur.
C'est la lumière informelle.
C'est un créé.
C'est la lumière spirituelle.
C'est, pour prendre un discours un peu plus scientifique, voire de physicien, c'est le rayonnement cosmique, tout simplement.
Eh bien, les anciens savaient le capter.
Et puis, ils savaient comment l'utiliser.
Ils connaissaient aussi l'utilisation de ce qu'on appelle les météores.
Chez eux, le terme météore, ça ne désignait pas seulement des astres qui sillonnaient l'espace, ça désignait aussi le vent, la foudre, le soleil, la lune, les étoiles, etc.
Et donc, ce sont ces cycles naturels qui rentraient dans le processus alchimique.
Allons plus loin.
Zosim, qui était un alchimiste du IVe siècle et un gnostique, disait que l'alchimie, c'était un mystérion qui se faisait sous forme de songe ou de rêve éveillé.
Par mystérion, il entendait le mystère de l'esprit, au cours duquel l'âme gravissait une échelle mystique.
Ce qu'ils appellent le sel, c'est le corps.
D'où l'injonction de Jésus, vous êtes le sel de la terre, vous êtes l'esprit incarné dans un corps physique, l'esprit divin.
Vous avez un cube de glace, c'est le sel des alchimistes, c'est un corps.
Il est froid, vous pouvez sentir sa forme, voir ce qu'il est, il est tangible, c'est un corps physique.
Si vous analysez un cube de glace au point de vue chimique, c'est de l'eau.
Et donc, vous avez H2O plus du feu qui vous forme un corps qu'on appelle un cube de glace.
Chauffez votre cube de glace, ça va être un corps moins sensible.
Vous allez le voir, mais il n'a plus la même forme, il n'a plus la même texture, ça devient de l'eau.
Formule de l'eau, H2O plus du feu.
Continuez à chauffer.
Alors là, c'est ce qu'on appelle l'âme du cube de glace.
C'est ce que les alchimistes appellent le souffrant.
C'est l'âme des métaux.
C'est symbolisé souvent par un cœur.
Continuez à chauffer votre eau ou votre âme du cube de glace, vous n'avez plus rien, ça disparaît totalement.
C'est de la vapeur d'eau, c'est de l'esprit.
Vapeur d'eau, H2O plus du feu.
Vous êtes passé du corps à l'âme, à l'esprit divin ou l'esprit universel.
Si vous pouviez remodifier votre vapeur d'eau, donc votre esprit, le solidifier un petit peu, vous auriez de nouveau de l'eau.
Et en continuant à refroidir votre eau, vous auriez de nouveau un cube de glace.
Alors c'est le processus de l'incarnation et de la désincarnation.
Ce qui se fait dans un sens se fait dans l'autre.
D'où la table d'émeraudes attribuée à Hermès, qui n'a jamais existé, c'est une école.
Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et toutes choses sont faites d'une même chose.
Je vous signale quand même qu'à l'époque de Lavoisier, vous aviez un type qui était un des génies de la recherche alchimique.
C'était un anglais, c'était Newton.
L'homme qui est plus connu pour l'histoire de la pomme et de la gravitation que pour ses travaux alchimiques.
Mais quand il est mort, Newton, il a passé quand même toute sa vie à chercher la pierre philosophale.
Quand il est mort, il a détruit tous ses travaux chimiques et d'optique et il n'a conservé que ses traités d'alchimie qui ont été publiés par le professeur Dobs.
Et toute sa vie, il a travaillé sur l'antimoine.
Puis à la fin de sa vie, il devenait aveugle.
Il écrivait avec des pattes de mouche, il est visible.
Et il a dit, mais bien sûr, je me suis trompé.
C'est l'étain.
Il a retravaillé sur l'étain.
Puis il est mort avant d'avoir terminé ses travaux.