Un sentier initiatique, et méconnu, en plein coeur de Montmartre
Paris est une ville secrète, aux monuments truffés de symboles. Des symboles qui ne se livrent pas au premier venu, fût-il muni de l’appareil photo le plus sophistiqué! Nous vivons une époque curieuse : nous disposons de moyens techniques et informationnels formidables, nos outils dans le domaine des sciences cognitives, de la psychologie, ont atteint des sommets, et paradoxalement jamais la connaissance symbolique n’a été aussi largement ignorée…
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Cette science constitue pourtant le socle culturel, spirituel même, de notre civilisation et son ignorance est certainement à l’origine du malaise contemporain. Selon vous, les messages contenus dans ces symboles pourraient-ils être un remède efficace au spleen ambiant, et rassasier ceux et celles qui ont "soif de sens" ? Affirmatif, nous-répond ici Stéphan Levacher. Mais encore faut-il savoir les décrypter.


La carte, le territoire … et le mode d’emploi !
Stéphan Levacher se définit comme herméneute, c’est-à-dire que sa spécialité, c’est de savoir "lire les images". Pour ce faire, il n’hésite pas à aller dans les profondeurs et méandres de la psyché humaine pour y trouver leurs véritables significations. Dans sa besace de "spéléologue" un peu particulier, on trouve différents outils: l’histoire, l’anthropologie, la religion, l’art et la psychologie des profondeurs…
Ainsi, en plein cœur de Paris, il a remis à jour un sentier "initiatique" oublié depuis plus d’un siècle : il part du pied de la butte Montmartre (Eglise Notre Dame de Lorette) et relie, après moult étapes symboliques, neuf médaillons alchimiques au Sacré-Cœur. Un fil d’Ariane à travers les âges où la figure de Marie est omniprésente : une Vierge qui, selon la lecture de chacun, peut être considérée dans son élément religieux (icono-statique) ou, plus encore, être perçue dans une logique dynamique de purification. Ces deux approches, l’une statique et contemplative, l’autre mouvante et "remuante", ne s’opposent pas ; elles sont complémentaires mêmes.


Pour Stéphan Levacher, l’intérêt de ce chemin se situe principalement dans son pouvoir de transformation intérieure, d’opérativité. Il nous propose ici de le découvrir, et d’approcher ce feu secret, cher aux alchimistes, "qui est à l’origine de toute chose et pourtant invisible à nos yeux"…
Souhaitez-vous, à sa suite, découvrir cet amoncellement de symboles "qui ne relève pas du hasard", suivre leur progression, et honorer ainsi la connaissance des bâtisseurs parisiens tant sur la période légendaire (Saint-Denis) que dans les années 1822-1919, période durant laquelle la butte Montmartre connut ses grands réaménagements ?
Extrait de la vidéo
Bonjour à toutes, bonjour à tous, merci de nous retrouver, nous avons eu une bonne heure en passant ensemble. Nous sommes avec Stéphane Levaché qui est professeur de français, professeur de littérature et qui a mis en évidence un parcours alchimique, un parcours à la fois artistique, religieux mais codé, dans Paris, en plein cœur de Paris. C'est ce que nous allons lui demander de nous expliquer, d'abord de manière générale sur la façon dont ce chemin, ce parcours a été reconstitué à une époque plutôt récente puisqu'il s'agit du 19e siècle, cela s'étale du début 19e jusqu'au tout début du 20e siècle.
Stéphane, bonjour, est-ce que vous pourriez nous expliquer, nous resituer pour le coup dans son contexte, le parcours que vous avez identifié dans Paris ? Bonjour Alexandre, oui donc le parcours en question c'est le parcours du chemin Saint-Denis qu'on peut considérer comme un chemin de croix, un chemin de creusé. Ce parcours aurait été reconstitué à priori entre 1822 et 1919, c'est-à-dire que ça correspond à cette date au début de la reconstruction de Notre-Dame-de-Lorez puisqu'on verra que le chemin commence.
Moi je le fais commencer en tout cas avec Notre-Dame-de-Lorez, donc en bas de la butte et il s'achève en haut de la butte, à l'arrière plus exactement du Sacré-Cœur, avec nous verrons des médaillons, et le Sacré-Cœur on sait qu'il a été achevé en 1919. Alors c'est un chemin ancestral qui a été reconstitué au 19e siècle par un certain nombre d'intervenants, on en reparlera peut-être un petit peu plus tard, il a été reconstitué pour des raisons à priori philosophiques, il s'agissait de reformuler une certaine façon de penser le monde, une façon hermétique, une façon alchimique, peut-être une façon chrétienne, ça renvoie à un christianisme originel, il me semble que les trois philosophies fait tête n'en font qu'une, c'est peut-être l'enseignement d'ailleurs intéressant du parcours.
Ce parcours donc reprend un vieux chemin de pèlerinage et de méditation médiéval qui était le chemin Saint-Denis, alors le chemin Saint-Denis on sait qu'il partait de très loin, au moins de l'île de la Cité et puis il se dirige et il se termine probablement là où Saint-Denis est censé avoir fini par expirer son dernier souffle à la basile de Saint-Denis. Mais moi ce que je reconstitue, il me semble que c'est ce segment-là qui a été reconstitué de manière très très précise et délibérée par un groupe de personnes entre Notre-Dame de Lorette et l'arrière du Sacré-Cœur, même s'il y a des prolongements en amont de Notre-Dame et en aval du Sacré-Cœur.
Alors voilà Alexandre pourriez-vous la présentation ? Pour classer un peu le contexte, nous retracer la légende de Saint-Denis, vous nous dites que ce chemin est celui de Saint-Denis, d'accord, très bien, pourquoi, qui était-il, quel fondement la légende de Saint-Denis va-t-elle nous donner pour parcourir ce chemin de manière optimale ? C'est vrai qu'il est important de rappeler la légende en question, c'est cette légende qui a été à l'origine du chemin médiéval mais ceux qui ont reconstitué au XIXe siècle le parcours le font de façon conforme à la légende.
Cette légende nous dit déjà que Saint-Denis n'est pas tout seul, il y a trois, il y a une trinité de saints, donc Saint-Denis, Saint-Éleutère et Saint-Rustique, on verra que les trois renvoient au principal chimique du soufre, du mercure et du sel, nous en reparlerons aussi peut-être tout à l'heure. On sait que Saint-Denis est mort probablement entre 250 et 272 après Jésus-Christ, donc c'est un saint du IIIe siècle, ça nous ramène quand même à un âge reculé.
Après, qu'est-ce qu'on nous dit dans la légende ? On nous dit que les trois saints ont été envoyés par le pape afin d'organiser les premières communautés chrétiennes de l'Utès. À l'époque, il y a un préfet romain qui ne voit pas arriver ces chrétiens d'un très bon oeil, c'est le moins que l'on puisse dire, donc il fait arrêter Saint-Denis et ses deux acolytes, il les fait torturer et ils sont condamnés à mort.
Les légionnaires qui sont chargés de l'exécution, de manière un petit peu étrange, s'exécutent avant d'arriver, d'atteindre le sommet où devait avoir lieu l'exécution en question. Le sommet, quel était-il ? L'endroit où il aurait été décollé, ça correspond aujourd'hui à la crypte qui se trouve au 9 rue Yvonne-le-Tac, c'est à la mi-pente de la colline du mont de Mars qu'a été effectuée l'exécution, ça c'est déjà un petit peu un élément étonnant.
Ce qui est encore plus étonnant après, là on rentre dans l'ordre du miracle, c'est qu'il, après avoir été décapité, récupère sa tête, ramasse sa tête et puis il continue de gravir la pente jusqu'au sommet, on nous dit qu'il avait son cou souillé dans une fontaine qui se trouve Square Buisson, c'est juste avant la rue de la Brevoire, et puis après il dévale la pente avec sa tête sous le bras et il fait plus de 6 km à pied jusqu'à s'effondrer au pied d'une sainte femme qui se charge de l'inhumation et ce lieu d'inhumation ça correspond en fait à la basilique Saint-Denis encore d'aujourd'hui.
Voilà pour la légende. Alors, je crois qu'il était bon d'en rappeler les quelques éléments constitutifs et bien sûr le chemin reconstitué reprend une partie de ces éléments. Autre précision d'ordre général que j'ai envie de vous demander avant d'entrer dans le détail, pour le coup du parcours, pour préparer l'émission, vous m'avez soumis un document où vous précisez dès le début qu'il s'agit là de philosophie par le feu.
Voudriez-vous préciser ce que vous entendez par la philosophie par le feu ? Oui, alors la question qu'on peut se poser c'est pourquoi va reconstituer un chemin qui remonte quand même à la nuit des temps, comme ça, puis il y a une légende qui paraît assez abracadabrante, en fait parce qu'il a s'agit au XIXe siècle de reconstituer, de reprojeter sur un site une philosophie, c'est-à-dire des principes et une logique.
Et la philosophie en question, c'est la philosophie qu'on peut dénommer de façon générale de philosophie par le feu, puisqu'elle nous parle en fait de l'action du soufre sur le mercure, en fait de l'action du soufre comme principe premier sur le matériau constitutif de toute forme de vie qu'est le mercure. D'accord, alors après, au niveau des représentations, cette philosophie utilise des éléments de la philosophie hermétique, elle utilise des éléments de la philosophie de l'alchimie et puis elle utilise des éléments de la philosophie du christianisme.
Mais les trois, à mon avis, et c'est ce qu'on comprend à travers ce parcours, n'en font aucune philosophie, c'est-à-dire que ces trois philosophies expriment plus ou moins la même idée, c'est l'idée que la vie est régie par trois principes et que toute forme de vie a un potentiel de déploiement et que chacun de nous, en fait, constitue une forme de vie qu'il peut mettre en œuvre, c'est-à-dire par un travail sur soi on peut