La symbolique de la marelle et du jeu de l'oie

La marelle et le jeu de l'oie nous renvoient à des souvenirs d'enfance. Savons-nous seulement que le tracé du jeu de la marelle, bien connu des enfants, représente une croix basée sur l'octonaire allant de la terre jusqu'au ciel, vieille de plus de quatre mille ans? 

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Pour Claudine Léturgie-Blanquart, le jeu est un symbole. Structuré autour d'un temps et d'un espace définis qui lui sont propres, il possède une énergie sacrée qui permet au joueur de "redonner un sens" au monde revisité.
A noter que cette conférence a été organisée par la Revue Atlantis.

Extrait de la vidéo

Alors, nous allons aujourd'hui parler de la symbolique des jeux.

Alors, avant de poursuivre les différents jeux, nous allons revenir un tout petit peu sur ce que c'est que la notion du jeu.

Alors là, je ne peux pas m'empêcher de citer l'édito numéro 363 d'automne 90 de la revue d'Atlantis, qui se trouve là-bas, derrière, et notamment Jacques Darès, qui nous a invités à trouver l'indice de la véritable signification initiatique du jeu en remontant à l'origine du mot.

Je cite, Jocus, en latin, qui vient du grec Iakos, signifiant cri, qui lui-même provient de voie Ia, alors voie V-O-I-X-1, bien sûr.

Jacques Darès nous dit, selon certains auteurs, Iakos était un cri lancé lors des cérémonies initiatiques orphiques.

Le mot Ia n'est composé que de deux voyelles, et Orphée est donné comme ayant enseigné les voyelles aux hommes, voyelles indispensables pour que la voix puisse émettre la parole, le verbe.

Au surplus, Ia dans l'alphabet grec a pour valeur numérale 11, à savoir Iota égale 10 et Alpha 1, 11, nombre symbolisant le renouvellement et la force spirituelle.

Et il ajoute, il convient d'ajouter qu'en grec, le jeu se dit Koubos, le cube ou le dé à jouer.

Donc nous allons commencer par l'amarelle.

Lorsque j'étais petite fille, à la récréation, eh bien on faisait l'amarelle pendant que les garçons, eux, jouaient aux billes ou aux osselets.

Alors on commençait par tracer l'amarelle.

Vous l'avez sur les feuilles.

Donc on commençait par tracer un cercle en bas pour la terre, puis trois cases, un, deux, trois, l'une sur l'autre, puis un rectangle coupé en deux pour les cases quatre et cinq, puis six, puis de nouveau un rectangle coupé en deux, sept et huit, et enfin un demi-cercle pour le ciel et un demi à l'intérieur tout petit pour l'enfer.

Et donc on commençait, on se procurait une petite boîte de pulmol ou une petite boîte de cirage qu'on laissait avec du sable et puis on allait avec ce palais improvisé jouer à l'amarelle.

Donc on commençait par envoyer le palais, on se mettait dans la terre, on envoyait le palais dans la case un, et puis à cloche pied, on sautait de la terre à la case deux, il ne fallait surtout pas marcher sur la case un, sur la case trois après, les deux pieds sur la quatre et cinq, un pied sur la six, deux pieds sur la sept et huit, on retournait deux pieds sur la sept et huit pour repartir dans l'autre sens et redescendre, six, quatre, cinq, trois, deux.

Et alors là, il y avait un petit adresse, un équilibre à faire puisque nous devions récupérer, tout en étant à cloche pied, le palais que nous avions lancé au départ.

Il ne fallait pas tomber, il ne fallait pas marcher, il ne fallait pas poser le pied, etc.

Et une fois qu'on avait récupéré le palais, on ressautait à pieds joints sur la terre et on repartait.

On lançait le palais en deux, on remontait, etc. jusqu'à ce qu'on fasse toutes les cases jusqu'à huit.

Et à ce moment-là, on était redescendus à terre et on avait le droit d'envoyer notre palais dans le ciel.

Mais attention, si on l'envoyait dans l'enfer, c'était fini, catastrophe, il fallait tout recommencer à zéro.

On repartait tout en bas et on repartait à un.

Sinon, on avait, je dirais, gagné le ciel.

Alors, c'est vrai que ça nous prenait pas mal de temps et qu'en général, la récréation n'y suffisait pas.

Donc, il fallait attendre la récréation suivante, mais on savait très bien où on s'en était arrêtés.

Alors, il est clair aussi qu'il y avait des fautes et les fautes, elles étaient caractérisées selon trois niveaux.

Tout d'abord, il ne fallait pas lancer le palais en dehors de la case qui était prévue.

Ensuite, il ne fallait pas non plus qu'il soit sur un trait.

Après, il ne fallait pas marcher sur un trait, ni dans la case où il y avait le palais.

Et puis, il ne fallait pas non plus poser le deuxième pied hormis les cases doubles où on avait le droit de le faire.

Donc, ça, c'était les erreurs.

Alors, aujourd'hui, je m'en souviens de ces parties mémorables, mais je me suis posé la question, quel drôle de jeu quand même que ce jeu de la marrelle, où on part de la terre pour aller au ciel en passant par une espèce de croix double.

Donc, je me suis dit, il y a quelque chose là à creuser.

Eh bien, c'est ce que nous allons faire et nous allons découvrir que la marrelle est un véritable jeu initiatique, un chemin initiatique.

Alors, tout d'abord, avant de commencer, j'aimerais parler du temps du jeu, parce qu'en fait, c'est vrai qu'il existe un temps tout à fait caractéristique, spécifique au jeu.

Quand on joue, eh bien, on ne pense pas ni au passé, ni à l'avenir, on est dans le temps présent.

Donc, on est vraiment dans un temps spécifique d'expérimentation du temps présent et c'est quelque chose de, je citerais presque sacré, le temps du jeu.

Une fois qu'on a le temps, eh bien, il y a aussi le lieu, l'espace sacré, parce que très souvent, les jeux se passent dans un espace spécifique.

Si c'est au sol, comme la marrelle, il y a un dessin au terrain de foot, au tennis, etc.

Mais ça peut aussi être sur une table, avec un tableau de jeu, sur les échecs, il y a un tableau, ce qu'on appelle un tableau, pour pouvoir jouer dans un espace spécifique.

Donc, on a un temps spécifique, sacré, on a un espace spécifique, sacré, et on a aussi une énergie spécifique, parce que lorsque l'on joue, on déploie une énergie soit physique, quand c'est un jeu d'adresse, soit de réflexion, quand c'est un jeu beaucoup plus intellectuel.

Donc, nous comprenons déjà que le jeu devient vraiment un symbole tout à fait particulier, puisque nous avons temps spécifique, espace spécifique, pardon, et également la force, l'énergie spécifique.

Alors, Eugène Fink, qui était un philosophe allemand, nous dit ceci, en jouant, l'homme ne demeure pas en lui-même, dans le secteur fermé de son intériorité, plutôt il sort extatiquement hors de lui-même, dans une quête cosmique, et donne une interprétation riche de sens du tout du monde.

Eh bien, c'est ce que nous allons faire, utiliser et découvrir le tout du monde.

Alors, l'amarelle. Eh bien, l'origine de l'amarelle, elle est mystérieuse.

Dès 2357 avant Jésus-Christ, des textes chinois en faisaient déjà mention.

Et entre les ruines du Forum romain, on peut encore aujourd'hui voir l'amarelle, qui est dessinée et qui date du Vème siècle avant Jésus-Christ.

Au XIIème siècle, on parlait de mêrelle, ou meureau, pour désigner justement un palais, c'est-à-dire un petit jeton, un petit caillou.

C'est pourquoi au XVIIème et XVIIIème siècles, comme au Moyen-Âge d'ailleurs, la mêrelle, m-e-r-e-l-e, est le nom traditionnel le plus courant du jeu que nous étudions aujourd'hui, l'amarelle.

Ça vient peut-être d'un ancien mot pré-romain mar, m-a-r-e-l-e, qui signifie pierre.

Alors, regardons ce tracé de l'amarelle.

Il représente une sorte de croix, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, une double croix.

Et certains vont dire, ça ressemble un peu à la croix de Lorraine.

Alors, je devrais dire dite de Lorraine, parce qu'en fait, la croix de Lorraine vient de beaucoup plus loin.

On trouve des représentations de ces croix doubles dès l'âge préhistorique, notamment à l'Aphérasie, en Dordogne, ou à Las Butescas, en Espagne.

Excusez l'accent, je ne parle pas espagnol.

On la retrouve ensuite à Jérusalem, dès le IVème siècle.

Et c'est sous cette forme, d'ailleurs, qu'étaient mises les reliques de la croix du Christ.

Elles étaient présentées sous une forme, comme ça, double traverse.

On va la retrouver aussi sur tous les tombeaux des patriarches de Byzance, au mont Athos.

Puis, elle va commencer à glisser un petit peu vers la Russie.

Du coup, elle va s'appeler Croix Russe.

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