L’art roman et le chant grégorien : l’architecture au service du son
De tout temps, l’homme a tenté d’entrer en communion avec des plans qui lui sont supérieurs. Afin d’encourager ce désir et accroitre son opérativité, il a construit d’une part des lieux de cultes répondant à des proportions et repères cosmo-telluriques bien précis et d’autre part développé tout un ensemble de rituels qui, s’ils semblent différents sur un plan extérieur, participent, chacun à leur niveau, au même idéal.
Ainsi depuis l’art pariétal (de plus en plus de voix affirment que leur usage était exclusivement d’ordre chamanique) jusqu’à la liturgie chrétienne: selon les moyens de son époque, l’homme a systématiquement mis ses arts et sa connaissance au service de cette quête mystique.
Une quête mystérieuse, où rencontrer anges, archanges, séraphins ou même Dieu deviendrait possible….
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De la caverne de Lascaux à l’abbaye de Fontenay : la question de l’écho
"Le chant grégorien n’a jamais été chanté en plein air !" nous-dit Olivier Manaud, prêtre et architecte du son. En effet la particularité du chant grégorien, c’est qu’il n’est accompagné d’aucun instrument, et que contrairement à la polyphonie, ce chant est modal (une seule voix). Par les seules modulations de sa voix, le chantre crée l’illusion qu’un chœur se cache derrière lui et le seconde….Ce qui n’est pas le cas !
Son allié, quasi magique, c’est l’architecture, choix des pierres et proportions, des églises romanes et surtout l’ingénieuse acoustique qui y règne.


Un héritage directement issu des bâtisseurs qui, selon Dominique Bertrand "étaient tous pythagoriciens".
"A l’Abbaye du Thoronet, on a l’impression que les pierres chantent !"
Si de nos jours le mot "sacré" est devenu galvaudé, si (en paraphrasant Henri Vincenot) nombre de nos contemporains entrent dans une église comme dans une grange, et que ces mêmes gens ne font plus la différence entre un "développement personnel" égotique, caricatural et un "développement transpersonnel" : telles ne furent pas les préoccupations de nos anciens, bâtisseurs du XIème siècle….
Pour ces derniers, une église représentait une allégorie du rapport que Dieu pouvait entretenir avec sa création.
Le Seigneur (Dominus) siégeait parmi les anges et apportait aux hommes la "bonne parole" évangélique, le message de cette nouvelle alliance qui leur affirme que par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, la chute adamique est réparée et donc, ils peuvent réintégrer leur part divine ….
Le chant grégorien est une louange dont la mission est de souligner le lien qui existe entre le message évangélique et le cosmos.
Pour Cécile Barrandon : "le chant grégorien, grâce à cet espace de réverbération particulière des églises romanes, invite à faire entrer le corps en résonance avec les lois universelles….".
L’univers étant donc considéré comme harmonie. Tel est justement aussi le propos de Kerwin Rolland, acousticien, qui a détecté un décalage dans les églises romanes entre
Les ondes stationnaires et binaurales
ce décalage créant une asynchronie entre ce que perçoit, d’un même son, l’oreille gauche et l’oreille droite.
Une invitation faite au cerveau – à cette époque où les neurosciences n’existaient pas encore - de créer un état second, méditatif, pour le chrétien, et accompagner ses prières….
Est-ce là encore un secret que nos bâtisseurs et imagiers du moyen-âge nous ont réservé et que nous ne découvrons à peine ?


Une chose est sure : cette époque ne nous a pas encore révélée tous ses secrets !
Un film réalisé par Emmanuel Chevilliat et Victorien Tardif.
A l’image apparaissent aussi : Dominique Bertrand, Kerwin Rolland, Iégor Reznikoff, Damien Poisblaud, Nicolas Reyveron que nous remercions chaleureusement.
Extrait de la vidéo
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Donc je pense que nos églises ne sont que la mémoire des grottes, dans la mesure où, quand ça résonne, il se passe quelque chose. Mais il n'y a pas d'autre intermédiaire. Connaissons-nous vraiment l'histoire médiévale et les connaissances architecturales de cette époque ? Pourquoi les bâtisseurs du XIe siècle se sont-ils mis à construire des édifices monumentaux ?
Était-ce simplement à la gloire de Dieu ? Ou existent-ils d'autres raisons, éventuellement acoustiques, à la création de ces monuments ? Damien Poiblot chante tous les dimanches dans l'abbaye du Toronais et nous propose un historique du chant grégorien. Le chant grégorien, comme tous les chants traditionnels de toutes les traditions, a une histoire un peu mystérieuse, une origine mystérieuse.
On raconte que saint Grégoire, à la charnière du VIe-VIIe siècle, était en panne d'inspiration pour trouver le ton d'un chant. Le Saint-Esprit descendit sur lui sous forme d'une colombe et lui inspira le fameux introïque du premier dimanche de l'Avent, « Attelez ma vie ». Cela ne nous donne pas évidemment une source, une origine historiquement repérable, même si saint Grégoire, on sait à quelle date il a vécu et exercé son ministère pontifical.
Mais cela nous dit que l'origine d'un chant sacré, et donc du chant grégorien, est considérée comme céleste, sans origine repérable sur Terre. Ce n'est pas quelqu'un qui crée, qui fabrique un répertoire un jour. Saint Grégoire le Grand, là on est à la fin du VIe siècle, début du VIIe siècle, et grâce à lui on a rassemblé, on a regroupé tout un répertoire qui venait des quatre coins de l'Europe. Il avait le désir d'unifier, on va dire, le répertoire, mais ce que l'on appelle chant grégorien n'est pas strictement du répertoire d'Italie.
Donc il y a des origines en Gaule, en Espagne, dans la tradition germanique aussi. Tout cela a été mis sous le chapeau chant grégorien, mais il y a effectivement une multiplicité de racines, et chaque lieu, chaque zone géographique, chaque monastère était un véritable laboratoire de chant. Et donc les répertoires aujourd'hui sont réunis dans un seul et même ouvrage, dans un seul et même label, on pourrait dire, avec un langage plus contemporain.
Mais il y a quand même des colorations différentes. Le modèle du chant grégorien, c'est la découverte de Pythagore, qui découvre que les rapports de nombres entiers correspondent aux grandes consonances qui organisent les mélodies, la musique au sens large. Et ce modèle pythagoricien, lorsque Pythagore découvre cela, il pense découvrir la structure de l'univers. Et les chrétiens ont reçu Pythagore en le traduisant sous la forme du chœur des anges, dont la fonction est de chanter les louanges du créateur, mais d'une manière beaucoup plus opérative, on pourrait dire que le chant des anges organise le rapport entre Dieu et sa création.
Or le chant grégorien est un chant qui mime la dimension angélique, tout comme les moines vivaient une vie angélique, dans la mesure où ils n'avaient plus de relation sexuelle, et qu'ils consacraient tous leurs instants à la méditation sur l'au-delà. A l'origine, le chant grégorien est un art oratoire, un art du dire, un art rhétorique. Pour bien dire dans un cadre liturgique, on chante. Le chant grégorien est né de cette recherche, de cette élocution expressive et riche, qui à la fois permet d'entrer dans le texte, de le méditer, et d'en tirer le sens ultime dans une circonstance donnée.
Par exemple, le fait de chanter Dominus, on peut le chanter de mille manières en chant grégorien, le Seigneur donc, mais pour montrer les différentes attitudes qui sont possibles à l'égard du Seigneur, on va le chanter de différentes façons. Le chant grégorien, on peut dire qu'il répond à ce besoin d'exprimer l'état d'âme, l'état spirituel ou l'état d'une fête par exemple, la position d'une fête au sein de l'année liturgique.
Les grandes consonances, mimes, représentent la structure de l'univers, c'est-à-dire le chant des anges. A partir de là, on peut comprendre que cette musique que l'on appelle modale, c'est le terme technique du chant grégorien, est fondée sur le fait qu'il y a une note de base qui donne la valeur de chacune des autres notes de la mélodie, selon la manière dont les notes sont plus ou moins près ou loin de la note de base, ou dans le rapport particulier qu'il y a avec la note de base.
Donc la mélodie est un déploiement de valeurs dont la référence est la note de base. Donc la métaphore c'est que la note de base c'est Dieu qui donne valeur à tout, et que la mélodie c'est la prière de l'homme qui se place en rapport avec Dieu. Et ces rapports sont fondés sur des grandes consonances, c'est-à-dire des rapports de nombres entiers.