Hantise des doubles invisibles

Très présents dans la littérature fantastique pour évoquer les troubles psychologiques (dissociation, dépersonnalisation), les « doubles invisibles » vont rapidement occuper une place importante dans l’imaginaire et la créativité des premiers cinéastes. Si ce Double invisible s'intégrait jusque-là dans une littérature où le surnaturel était davantage suggéré, il apparait désormais, devient visible, grâce au pouvoir alors extraordinairement expressif – et naissant - du cinéma.

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La surimpression, technique privilégiée de figuration de la présence de ce Double, se multiplie alors dans de nombreuses créations cinématographiques, au point de faire disparaitre, et c’est un paradoxe, leur force d'invisibilité. 

Hélène Frazik - les doubles invisibles - BAGLIS TVMarguerite Bettinger - Cinéma et invisible

Paradoxalement, c'est bien parce qu'ils sont doubles qu'ils demeurent en contact avec l'invisible.

Qu'il soit visible ou suggéré (à travers le jeu des acteurs, les mouvements de caméra et le montage), le double renvoie à une forme d'impossibilité à représenter l'invisible, à l’instar du dérèglement de l'esprit humain hanté par ses troubles, ses psychoses. Des troubles qui peuvent le conduire à vaciller.  

ivan mosjoukine, cinéma 1923, BAGLIS TVJean Grémillo, Maldone, Baglis  TV

L’art et l’esthétique rejoignent alors le champs de la psychanalyse et toutes trois posent la question : l’homme peut-il rendre visible l’invisible ?

En se référant aussi aux textes de philosophes contemporains tels que Clément Rosset et Alain Chareyre-Méjan, la communication d’Hélène Frazik propose de revenir sur la manière dont la littérature (William Wilson d'Edgar Poe, Guy de Maupassant) et surtout le fantastique cinématographique muet (Louis Feuillade, Robert Wiene, Ivan Mosjoukine et Marcel L'Herbier) ont tenté de rendre sensible ce paradoxe.

Une voie, une réflexion où l’art embrasse tant la métaphysique.

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Exposé issu du colloque : Raconter et montrer l'Invisible à la croisée de la littérature, des arts de la scène et du cinéma (1850-1930), août 2024. Direction scientifique : Julie Anselmini, Yann Calvet et José Moure. Réalisé avec le soutien de :

• UFR "Humanités et Sciences Sociales" (HSS)  | Université de Caen Normandie 
• Laboratoire "Lettres, Arts du Spectacle, Langues Romanes" (LASLAR - UR 4256)  | Université de Caen Normandie 
• Institut "Arts Créations Théories Esthétique" (ACTE - UR 7539) | Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 
• Caen la mer Normandie

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