La permanence de l'invisible féminin dans l'œuvre de Théophile Gautier
Théophile Gautier n'a jamais cessé d'être fasciné par les mondes de l'irréel au sein desquels se meuvent de "mystérieuses et fantastiques créatures" : féminines, fantasmes d'amour et de beauté (La Cafetière, 1831). L’esprit des héros mélancoliques de ses récits sont marqués par une grande disponibilité au surnaturel, à cet extra-monde, cher à son prédécesseur, Swedenborg.
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Ces "apparitions insaisissables" (Giselle ou les Wilis, 1841) envahissent la production narrative de ses romans, de ses nouvelles, jusqu'à ses livrets d'opéra.


La figure de proue de ce merveilleux féminin : la sylphide.
Le goût proprement romantique de l'auteur pour ces figures de sylphides réappropriées ne faiblit pas avec les années et cela, malgré le déclin d'intérêt pour le mouvement littéraire et artistique de sa jeunesse.
S'agit-il d'une nostalgie désespérée de l'auteur ou bien d'un choix esthétique procédant d'une résistance, par le principe d’amplification de ses thèmes de prédilection, face à l'influence croissante du réalisme dans le champ littéraire et artistique depuis les années 1850 ?


« L’art pour l’art » : du romantisme au sciences occultes
Cette fidélité de Théophile Gautier aux personnages de fantômes féminins permet à Samantha Caretti de mettre en lumière l'influence de son attrait soutenu pour les sciences occultes, d'interroger l'équivocité de son geste créateur dans la représentation du surnaturel et d'étudier sa capacité à donner accès, par l'art, à l'invisible…
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Exposé issu du colloque : Raconter et montrer l'Invisible à la croisée de la littérature, des arts de la scène et du cinéma (1850-1930), août 2024. Direction scientifique : Julie Anselmini, Yann Calvet et José Moure. Réalisé avec le soutien de :
• UFR "Humanités et Sciences Sociales" (HSS) | Université de Caen Normandie
• Laboratoire "Lettres, Arts du Spectacle, Langues Romanes" (LASLAR - UR 4256) | Université de Caen Normandie
• Institut "Arts Créations Théories Esthétique" (ACTE - UR 7539) | Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
• Caen la mer Normandie
Extrait de la vidéo
Merci beaucoup et bonjour à toutes et à tous, et bienvenue à l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'éventualité de l'é bonjour à tous gauthier douze enchanteurs à la parole fière habile à susciter les contours précisieux des apparitions qui flottaient dans tes yeux tu fis avec bonté ton oeuvre de lumière que sur tous les chemins où le destin nous mène tes apparitions se lèvent au gauthier que tes apparitions se lèvent oui cher théophile gauthier ou plutôt que vos apparitions se lèvent car je n'oserais pas comme anatole france ici dans sa contribution au tombeau de théophile gauthier tutoyer l'écrivain auquel cette communication se propose de s'intéresser alors qu'anatole france est plus particulièrement retenu ou voulu rappeler les apparitions de l'oeuvre de théophile gauthier n'a rien de particulièrement étonnant puisque l'auteur de thaïs a le goût des figures fantomatiques féminines il n'est rien non plus de particulièrement étonnant à ce que ces apparitions et nous verrons tout ce que ce terme recouvre soit associé à théophile gauthier tant elles ont hanté son oeuvre et la métaphore s'impose ici assez volontiers et en effet depuis 1831 date de l'apparition de sa première nouvelle la cafetière théophile gauthier n'a jamais cessé d'être fasciné par les mondes de l'irréel au sein desquels se meuvent je cite des mystérieuses et fantastiques créatures féminines fantasmes d'amour et de beauté des héros mélancoliques de ces récits qui sont privilégiés par leur disponibilité au surnaturel alors qu'il s'agisse de sa production littéraire et particulièrement narrative de sa production de critiques ou encore de sa production de librettistes les apparitions insaisissables sont omniprésentes au point même d'offrir une cohérence à l'ensemble de son oeuvre loin de s'essouffler son attrait pour les esprits féminins subsiste et ce même après 1850 et cela en dépit du déclin d'intérêt croissant des lecteurs pour le mouvement littéraire et artistique de sa jeunesse le romantisme comme l'avait rappelé julien selmini dans son introduction qui avait effectivement été un terrain favorable curieux à l'égard des sciences occultes qui se diffusent alors théophile gauthier va donc prendre acte de ce changement et créer notamment avec spirit en 1865 une nouvelle héroïne de l'invisible et il va rencontrer d'ailleurs un succès vif et immédiat qui selon ses mots aurait produit en plus d'un effet littéraire un effet magique des plus étranges ne s'agit-il que d'une variation de son obsession ou cela témoigne-t-il d'une évolution dans son inspiration cette proposition est-elle l'expression d'une nostalgie de ce fantastique romantique ou bien répond-elle au lectorat du second empire aussi intrigué par le spiritisme qu'entraîné par l'esthétique réaliste qui s'insinue alors en littérature ou encore s'accorde-t-elle avec le projet littéraire plus largement même artistique poursuivi par gauthier à travers la représentation de l'invisible féminin c'est ce que je vous propose de voir ensemble Claire sur un fond brun, se détache et scintille, belle à ne pas savoir de quel nom l'appeler, pérille, fée ou sylphide, être charmant et frêle, ange du ciel à qui l'on aurait coupé l'aile pour l'empêcher de s'envoler extraites du long poème Albertus ou l'âme et le péché où apparaissent de nombreuses créatures fantastiques et infernales ces vers vont témoigner de l'antériorité de l'obsession de gauthier pour l'invisible féminin dans ses diverses variations pérille, fée, sylphide une influence donc qu'on pourrait appeler médusante pour reprendre l'expression de Valéry Rillon et ces variations se déclinent au sein de toute cette constellation qui est révélatrice d'origine littéraire et mystique assez variée la fée qui comme vous le savez est une créature féminine imaginaire qui est issue des croyances populaires traditionnelles, la sylphide des légendes celtiques et germaniques, la pérille des contes perçants et l'ange du ciel qui se rattache plus spécifiquement aux religions et parmi les anges féminins auxquels renvoie également Gauthier on y retrouve Eloah qui avait bien sûr inspiré Alfred de Vigny en 1824 dans un mystère un petit peu oublié, une larme du diable au cours duquel Satan dialogue avec Dieu Parmi la variété de ces figures incarnant l'invisible féminin, Gauthier ne tranche pas, tantôt ses personnages se réclament de l'une ou de l'autre, de ses réalités plus étroitement, tantôt elles se réclament de l'ensemble de ces réalités Donc Gauthier observe un syncrétisme assumé de ses allégories poétiques et partagé par ses contemporains romantiques car il faut le dire ce que nous avions désigné au départ comme une obsession chez Gauthier s'inscrit véritablement dans un climat culturel bien particulier propice au surnaturel en raison du goût de l'épistémé romantique pour l'imagination, l'irrationnel et son cortège de rêveries qui va donc se réclamer d'un corpus nouveau, les mille et une nuits, celui des contes de fées et vampires, les romans du cycle arthurien ou bien sûr de Walter Scott.
Donc cette obsession est avant tout l'expression d'un réseau d'influences partagées et de créations parallèles de Balzac à Baudelaire en passant par Edgar Poe, tout cela alimentant l'imaginaire de Théophile Gauthier Et puis bien sûr il est difficile de ne pas penser puisque nous avons cité cette créature à la sylphide, le ballet de 1832, lui-même inspiré par un conte de Charles Naudier, Trilby, publié dix ans plus tôt et bien sûr penser à la postérité littéraire qu'offrira Chateaubriand à ce génie féminin dans les mémoires d'outre-tombe.
Il ne la nommera sylphide qu'en 1833 dans son écriture mais autrefois c'était la fille enchantée mais il est évident que cette sylphide reste particulièrement attachée à l'enchanteur. Alors Gauthier se réapproprie cette figure romantique de la sylphide et va lui associer plusieurs visages notamment l'héroïne du livret de son ballet Pacrète qui monte je cite avec des ailes de sylphide ou encore spirite.
Mais là où Théophile Gauthier va se démarquer c'est qu'il conserve cette figure tout au long de son oeuvre. Ses contemporains l'ayant délaissée, certains volontairement par choix esthétique, d'autres moins volontairement, je pense à Nerval dont la mort est survenue en 1855. Alors aussi revenant soit cet invisible féminin dans l'oeuvre de Gauthier, il est difficile de déterminer cet invisible, de même qu'il ne porte jamais le même nom, parfois il ne porte jamais un seul nom.
Et c'est là peut-être la caractéristique de cet invisible, d'être à la fois semblable au connu sans être jamais connu ni d'être tout à fait inconnu tout comme d'être nommé. Par exemple dans Spirite, avant de nommer l'esprit de Lavinia du nom de Spirite, Guy de Malivère tente d'identifier cette créature féminine à l'aide de diverses périphrases, cet ange, cette sylphide, cette âme, cet esprit. L'identité offre donc déjà tout son mystère à la créature.
Alors dans son oeuvre, tant ses récits narratifs que ses livrets, plusieurs personnages pourraient être retenus comme des figures de l'invisible féminin. Toutes, mortes amoureuses, incarnent cette tension entre Eros et Thanatos et la plupart des textes de Théophile Gauthier reçoivent précisément la qualification de fantastique puisque l'invisible chez Gauthier est particulièrement lié au surnaturel.
Parmi les nouvelles, on trouve Angela, l'héroïne de la cafetière qui s'évanouit après avoir dansé dans le rêve du narrateur. Elle était en réalité morte deux ans auparavant. On fâle dans la nouvelle de 1834 qui sort d'une tapisserie pour avouer son amour au narrateur.