« Souviens-toi, humain » : les guides et messages d'Augustin Lesage

Existe-t-il un « mystère Lesage » ? Lui, que Robert Amadou surnommait l’homme des tombeaux et des pyramides, a toujours affirmé être entouré de guides qui lui transmettaient des conseils. « Les voix » comme il les appelait. Après avoir abordé le contexte historique et biographique du peintre médium Augustin Lesage (volet 1*), nous tentons à présent d'analyser cette aura de mystère qui entoure son œuvre, et tentons de décrypter le message dont elle serait porteuse.

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A cet égard, Jean Dubuffet (à qui l’on doit la dénomination d’Art Brut) attribuait à l'oeuvre de Lesage une dimension quasi prophétique, visionnaire : « elle montre la voie de territoires vertigineux, une vision anthropologique nouvelle, l’existence d’une alternative radicale à la connaissance humaine… ».

« Un jour tes œuvres seront soumises à la Science »

Lesage se reconnaissait quatre guides : sa sœur Marie décédée en bas âge, Léonard de Vinci, Apollonius de Tyane (aussi appelé « le Christ païen », ndlr) et lui-même, dans une de ses vies antérieures, alors qu’il était artiste en Egypte ancienne. D’où, sans doute, l’omniprésence de temples égyptiens dans ses tableaux.


Une œuvre qui interroge les notions d’Espace et de Temps, les univers parallèles, et invite au silence, au recueillement.

Savine Faupin, Audrey Cansot et Aurélien Demaison ne plongent ici dans une dimension performative de l'art. Où le guérissage, terme de cette époque (i.e. la thaumaturgie ?) n'est jamais loin.

Et où chaque toile se transforme en tremplin, celui de l'édification d'un Temple. de notre un Temple intérieur et du souvenir de nos vies passées...

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Collection de quatre films sur les peintres médiums :

* Augustin Lesage : de l'abîme de la mine aux lumières de Vénus
« Souviens-toi, humain » : les guides et messages d'Augustin Lesage

« Tu dois peindre » : Victor Simon, peintre spirite (Janv. 2024)
Victor Simon, des toiles qui guérissent (Fév. 2024)

Remerciements : Les ayants droits Lesage (© ADAGP), le Musée Maillol (75), le LaM (59)
Crédit Image du Player : Désiré Appourchaux

Extrait de la vidéo

Je suis Aurélien Demaison, de formation médiateur culturel, je m'intéresse notamment à tout ce qui a trait au monde des artistes populaires et visionnaires, autour de l'art populaire et de l'art visionnaire, que ce soit dans les champs de l'art brut, de l'art médiumnique, spirit, d'où cet intérêt que j'ai profond pour les oeuvres de Le Sage, de Crépin et plus récemment de Simon. Alors pour s'intéresser à Augustin Le Sage et Fleury-Joseph Crépin, ce sera sur un autre champ peut-être, mais j'ai pensé aborder leur oeuvre et leur parcours comme des artistes thaumaturges, des artistes thaumaturges comme des passeurs, des médiateurs entre deux mondes, l'ici-bas et l'au-delà.

On retrouve chez plusieurs artistes dans l'histoire de l'art une sorte de défi aux lois de la nature, ce qui est le rôle premier, la définition première du thaumaturge, qui était plutôt relié à un rôle mythique chez les rois ou les saints du christianisme, puisque leur premier rôle était donc d'être faiseurs de miracles. Donc c'est un défi à la nature, c'est un défi que l'on peut laisser entendre aux artistes qui, par essence, sont reliés et transforment leur environnement par le rôle souverain qu'ils ont face à une toile, de composer, d'investir le champ de leur expression artistique.

Et on peut y voir en quelque sorte une sorte de création thaumaturgique dans chaque expression de ces artistes, puisqu'il y a une sorte d'opération magique de par la technique et par l'apparition de leur oeuvre, une expression de guérison, guérison intime pour l'artiste qui va soigner, du moins en tout cas essayer d'avoir une action curative sur sa propre santé, mais aussi pour témoigner de par l'expérience, comme c'est le cas chez le sage notamment, des voix et traduire par l'image, par le symbole, par la composition, une expression de l'au-delà.

Et cette magie formelle, cette magie des symboles, cette magie de la composition, elle s'exprime pleinement face au regard du spectateur, du regardeur devant chacune des toiles. Mais c'est intéressant de voir que ce n'est pas nouveau, c'est qu'il y a une vraie filiation chez certains artistes. Déjà on peut remonter du temps de Durer, qui se représentait malade, malade en tout cas, qui présentait, il y a un autoportrait de Durer où il indique la bile noire, la mélancolie, sa fameuse mélancolie, qui est en quelque sorte l'essence même de son mal-être et de son expression artistique, va partir notamment de cette mélancolie, mélancolia qui est représentée dans une gravure très célèbre de l'artiste.

Mais tout ça va investir le champ de l'art et de ses créateurs qui ont en quelque sorte un génie, on peut parler de génie peut-être chez la plupart, mais cette maladie parfois, comme ça peut être le cas des maladies de la vision, pour les cataractes, pour les altérations en tout cas de la vision, va faire entrer l'artiste dans un état supérieur de création. Il va repousser les limites, comme s'il était guidé par une force supérieure, alors une force intime, une force qu'il va chercher en dedans de lui-même ou être guidé par des forces ou des esprits, des voix.

Donc c'est ce qui nous intéresse présentement avec ces artistes que sont Le Sage, Simon et Crépin. Et à mon sens, on peut trouver dans cette histoire de l'art toujours des liens qui unissent ces artistes par cette performance. On sent qu'il y a toujours une sorte de thérapie parfois, on peut oser le mot peut-être, en tout cas de tentation de la guérison par l'expression artistique, que ce soit du côté de chez Hugo qui témoigne des expériences de l'au-delà.

Déjà dans les années 1840 à Guernsey, il y a vraiment aussi une expression plastique de l'expérimentation et de l'expérience plutôt spirite. Il y a en tout cas une modification, une altération des états de conscience du créateur. Et donc il y a eu parfois besoin de témoigner en tant qu'intercesseur de l'au-delà chez Le Sage, chez Simon, chez Crépin, pour vous rendre visible, l'invisible vraiment. Et ça c'est l'expression la plus forte, c'est vraiment de voir que la magie de la connexion entre ces deux mondes, elle peut faire acte de présence visuelle et qui va durer en tout cas.

C'est un temps qui peut paraître abstrait mais qui va se matérialiser et ça c'est la magie de l'œuvre, la magie du moins de ce miracle de la création. Le Sage participe à ses différents salons, il continue de montrer son travail et en particulier en 1927, il est de nouveau invité par le docteur Hostie pour présenter ses peintures alémiques et il est sollicité pour peindre en public. Le Sage accepte, toujours guidé par ses voies et il va peindre du 6 avril au 10 mai.

C'est long quand même, t'imagines, tous les jours il y a des gens qui viennent vous regarder en train de peindre alors que lui il avait plutôt l'habitude de peindre chez lui, dans sa petite maison, même si les témoignages racontent que Le Sage n'était pas gêné quand des gens le regardaient peindre, mais on va dire c'était un cercle quand même assez restreint. Là tous les jours il y a des gens qui viennent regarder Le Sage, vérifier si c'est lui qui peint ou si c'est les voies et même les voies, à un moment donné, on lui demande de peindre la nuit, sans lumière, pour vérifier s'il est capable de peindre sans lumière et les voies vont le diriger, mais les voies vont s'exprimer et les voies vont s'exprimer et dire on a accepté cette épreuve pour Le Sage mais on ne souhaite plus continuer, on ne souhaite pas renouveler.

Vous voyez il est capable de peindre comme ça dans un contexte sans lumière mais il doit continuer dans la lumière. Là les voies s'expriment pour pouvoir permettre à Le Sage de ne pas être trop en difficulté aussi peut-être. Et là donc lors de ce moment il y a aussi fait une interview, un entretien avec Le Sage qui sera publié l'année suivante et dans cet entretien Le Sage raconte

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