Quinze années avant la rédaction de ce conte, en 1893, Edvard Munch réalisa le tableau, qui reste son plus célèbre,  « Le Cri ». Cette date marque pour l’artiste l’entrée dans une crise existentielle profonde, crise illustrée par une vie remplie d’excès et qui va durer quinze années. 
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En effet, en 1908, 
Edvard Munch est sérieusement atteint de délires psychotiques et se résout à suivre une cure d’électrothérapie avec le Professeur Jacobson. Ces six mois de cure, qui vont faire de Munch par la suite un homme apaisé et « rangé » vont lui donner l’occasion d’exorciser ses déceptions sentimentales en revisitant l’origine de l’humanité, et ainsi répondre à ses préoccupations métaphysiques….

Qualifié de « conte cruel et grotesque » par  la revue Le Cahier Dessiné (Ed Buchet/Chastel), ce conte nous donne une vison lunaire (changeante) de la femme, Eve- Oméga, tour à tour : pure, enchanteresse,  souillon, puis forniquant avec tous les animaux de la création. Ayant accomplit son œuvre au noir, elle quitte Adam, chevauchant un cerf, pour rejoindre le pays de la rédemption « le pays vert »,  laissant un Adam esseulé et désespéré. Munch reprend alors le schéma du tableau « Le Cri »pour illustrer l’angoisse d’Adam-Alpha….

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Eve revient, transfiguré, purifiée, mais c’est pour périr sous les coups d’Adam, devenu fou de chagrin. Alors tous les enfants d’Eve (ses bâtards anthropomorphes issus de ses rapports avec les animaux) massacrent Adam et dès lors, ce sont eux qui peuplèrent l’île.
- Hommes et femmes sont-ils condamnés à la souffrance, la solitude et l’incompréhension ?


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- Sommes-nous les descendants des amours interdits d’Eve et des premiers animaux ?
- Ou au contraire, Munch nous invite-t-il, comme Eve, à réaliser notre « œuvre au noir » : vivre puis transfigurer nos pulsions animales…  et ainsi accomplir cette première phase de la transmutation alchimique ?