Alpha et Oméga d’Edvard Munch

A l’instar de la chanson « La femme est l’avenir de l’homme » chantée par Jean Ferrat sur un texte d’Aragon, la femme est souvent associée au mythe de « l’origine fécondatrice » comme dans la tradition précolombienne, avec la Pachamama.  L’Alpha et l’Omega est un conte illustré de vingt lithographies réalisées au crayon gras par le célèbre peintre norvégien  Edvard Munch et qui revisite d’une manière très personnelle la genèse biblique du premier homme, Adam (Alpha) et de la première femme, Eve (Omega).  Alpha est la première lettre de l’alphabet grec et Oméga la dernière. L’association de ces deux lettres représente métaphysiquement « le principe et la création », symboliquement « le début et la fin » (cf Apocalypse de Jean, « Je suis l’alpha et l’oméga ») et littéralement une grille de lecture complète « De A à Z ».

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 Quinze années avant la rédaction de ce conte, en 1893, Edvard Munch réalisa le tableau, qui reste son plus célèbre,  « Le Cri ». Cette date marque pour l’artiste l’entrée dans une crise existentielle profonde, crise illustrée par une vie remplie d’excès et qui va durer quinze années. 
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En effet, en 1908, 
Edvard Munch est sérieusement atteint de délires psychotiques et se résout à suivre une cure d’électrothérapie avec le Professeur Jacobson. Ces six mois de cure, qui vont faire de Munch par la suite un homme apaisé et « rangé » vont lui donner l’occasion d’exorciser ses déceptions sentimentales en revisitant l’origine de l’humanité, et ainsi répondre à ses préoccupations métaphysiques….

Qualifié de « conte cruel et grotesque » par  la revue Le Cahier Dessiné (Ed Buchet/Chastel), ce conte nous donne une vison lunaire (changeante) de la femme, Eve- Oméga, tour à tour : pure, enchanteresse,  souillon, puis forniquant avec tous les animaux de la création. Ayant accomplit son œuvre au noir, elle quitte Adam, chevauchant un cerf, pour rejoindre le pays de la rédemption « le pays vert »,  laissant un Adam esseulé et désespéré. Munch reprend alors le schéma du tableau « Le Cri »pour illustrer l’angoisse d’Adam-Alpha….

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Eve revient, transfiguré, purifiée, mais c’est pour périr sous les coups d’Adam, devenu fou de chagrin. Alors tous les enfants d’Eve (ses bâtards anthropomorphes issus de ses rapports avec les animaux) massacrent Adam et dès lors, ce sont eux qui peuplèrent l’île.
- Hommes et femmes sont-ils condamnés à la souffrance, la solitude et l’incompréhension ?


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- Sommes-nous les descendants des amours interdits d’Eve et des premiers animaux ?
- Ou au contraire, Munch nous invite-t-il, comme Eve, à réaliser notre « œuvre au noir » : vivre puis transfigurer nos pulsions animales…  et ainsi accomplir cette première phase de la transmutation alchimique ?

Extrait de la vidéo

Bonjour, nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises sur le site de Bagleys TV.

Ce fut à l'occasion de cinq films analysant l'ésotérisme et les aspects néoplatoniciens du retable Dissenheim, puis celle de deux présentations d'un art du thé devenant voie initiatique.

Aujourd'hui, nous nous retrouvons autour d'une œuvre du peintre suédois Edvard Munch, si on le prononce à la suédoise, ou Munch, selon l'habitude prise en français.

Ces sujets d'intérêt très variés peuvent vous apparaître un peu touche-à-tout ou touche-à-rien, et éventuellement sans fondement très sérieux.

Oui et non.

Vous aurez pu constater que les approches sont pratiquées selon des points de vue sortant de l'ordinaire, sans dire des sentiers battus et contrebattus, qui font que la trop grande spécialisation finit parfois par former des œillets.

Ainsi, jamais le retable Dissenheim n'avait été perçu sous son aspect néoplatonicien.

L'ardité peut apprécier en France jusqu'à une finalité de voie de réalisation spirituelle, et pour Munch, je vais me permettre de vous livrer une tranche de vie relativement peu explorée, pour ne pas dire méconnue.

En fait, la ligne directrice de toutes mes approches est une quête de cheminement spirituel, sous des aspects et des témoignages apparemment fort éloignés les uns des autres, mais lents selon une même orientation.

Je vous propose de vouloir bien m'accompagner dans une sorte d'enquête policière, menée déjà depuis plusieurs mois.

Alors si vous voulez bien, rendons-nous sur les lieux du crime.

Il se situe à Paris, derrière l'église de la Madeleine, entre deux magasins d'épicerie fine, à l'enceigne de la maison Fauchon.

Là s'est installée, il y a exactement trois ans, la Pinacothèque de Paris, établissement privé.

Depuis le 19 février 2010, jusqu'à la prolongation du 3 août, du 8 août pardon, est présentée une belle exposition Edvard Munch sous le vocable « L'Antiquerie ».

Beau titre pour démarrer une enquête criminelle.

Les lieux sont sombres et tortueux, pleins d'escalade et de plongée, jusqu'à un détour, arrivée à la chambre du crime.

Elle n'est pas jaune, comme chez Gaston Leroux, mais contient au moins autant de mystères.

Autre point de convergence, l'action qui s'y déroule se situe en 1908, année de parution du mystère de la chambre jaune.

Et l'ensemble de l'œuvre de Munch a attiré l'attention des surréalistes, à l'instar de la phrase culte du roman « Le presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat ».

Curieusement, les faces du crime sont étalées sur tous les murs de la chambre.

Une vingtaine de lithographies, au crayon gras, sont ainsi disposées comme une forme de storyboard.

À l'entrée, une petite pancarte « Alpha et Omega ».

Je dois vous dire que c'est surtout ce titre qui a attiré mon attention, car s'agissant de l'histoire du premier homme et de la première femme, on aurait pu mettre Adam et Ève ou Paul et Virginie.

Mais « Alpha et Omega » sont les premières et dernières lettres de l'alphabet grec.

Elles marquent une origine et une finalité, comme dans l'expression « aller de l'alpha à l'oméga », mais teintées également d'un sens du plus petit au plus grand.

Cela nous rappelle une parole sacrée inscrite dans la Bible.

D'où la métaphore et les lettres grecques « Alpha et Omega » de la tradition chrétienne pour symboliser l'éternité et la grandeur du Christ.

Edvard Munch ne pouvait avoir choisi ce titre au hasard.

À ce stade final de la cure, avait-il des préoccupations métaphysiques ?

Et l'on verra pourquoi j'emploie le mot « cure ».

Car, inévitablement, les premières lignes du conte semblent faire allusion à la jeunesse biblique.

Alpha et Omega étaient les premiers êtres humains de l'île.

Alors là, il faut tout de même faire un léger retour pour savoir pourquoi cette série Alpha et Omega est présente en ce lieu, pourquoi elle est assez peu représentée et pourquoi, dans l'œuvre de Munch, on en parle si peu.

Et je vous propose d'aller vous-même sur notre source habituelle de la toile et vous verrez le peu de cas qui en est fait.

Munch, qui est né en 1863, est universellement connu pour une œuvre de ses 20 ans qui s'appelle « Le Christ se crie ».

Voilà cette fameuse peinture.

Cet être à peine esquissé semble exprimer à la fois toute la douleur du monde et toute la douleur intérieure.

Munch avait assez mal démarré dans la vie, puisqu'il a subi des deuils dans son enfance, d'une sœur mort de la tuberculose, d'une mère, d'un père assez sévère et lui-même ne semblant peut-être pas des plus équilibrés, etc.

Et d'après certains commentaires, ce tableau représenterait un lieu où il y avait à la fois un asile d'aliénés dont on entendait les cris et puis un abattoir dont on entendait les mugissements des animaux et, comme vous l'avez vu, le tout sous un ciel rougeoyant.

Il y aurait beaucoup à dire sur cet aspect et sur ce tableau tellement fort qu'il a peut-être fait la célébrité de Munch, mais en même temps a beaucoup occulté le reste de son œuvre.

Toujours est-il que de cette phase de décompensation psychotique, il va rester un Munch rendument déséquilibré qui va mener une vie que nous pourrions appeler de bâton de chaise, c'est-à-dire dans une grande agitation de vie, sans discipline chronologie de la journée, c'est-à-dire des nuits un peu folles, de la boisson, une sexualité exacerbée dans un milieu qui en est pour le moins un laxisme sur ces points-là et cette vie de bâton de chaise, de débauche, va durer à peu près jusque dans les années 1907.

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