Les femmes indiennes à travers l’objectif de Ferrante Ferranti
Dans un subtil jeu d’ombre et de lumière, de corps et de pierres, le photographe Ferrante Ferranti nous expose ici ses dernières photographies sur les femmes indiennes. Malgré l’immuabilité de leur système social, le poids de leur histoire, ces femmes indiennes semblent portées par leur féminité, à l’image de leurs saris, multicolores : gonflés au vent et prêts à les emmener très loin …
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Suivez donc Ferrante Ferranti dans cet exposé, illustré de nombreuses photographies, et enregistré lors des rencontres organisée par le centre Tapovan en Seine Maritime.
A noter que cette intervention fait suite à la parution du recueil "Empreintes du sacré" (Ed. la Martinière, textes d’Olivier Germain Thomas).
Extrait de la vidéo
En deux mots, je suis architecte de formation et photographe par la destinée, puisque je n'aurais jamais pensé que je serais photographe, mais j'ai le privilège d'avoir fait un livre avec Olivier sur les empreintes du sacré, que j'ai présenté les dernières en matrice, puisqu'ils n'étaient pas encore publiés, et ce que je vais vous montrer aujourd'hui, au fond, c'est exactement le contraire de ce que Satyane vous a dit, c'est-à-dire que Satyane va en profondeur, et moi aujourd'hui, j'ai décidé de rester en surface, c'est-à-dire en surface du film, en surface de l'image, puisqu'aujourd'hui, on va s'interroger sur l'image de la femme en Inde, alors j'ai des milliers de photos d'Inde, mais j'ai des milliers de photos de femmes aussi, donc j'ai pris, non pas au hasard, mais j'ai pris des images qui pouvaient représenter différents aspects de la femme en Inde, et vous allez évidemment trouver qu'il en manque beaucoup d'autres, mais c'est mon chemin, et je voudrais aussi plus me pencher sur la féminité en Inde, vous allez voir pourquoi, puisqu'il y a une divinité que l'on n'a pas évoquée, et que j'évoquerai à un moment précis.
Voilà, alors, ma rencontre avec l'Inde, j'ai décliné à plusieurs reprises ici, mais elle est liée à la découverte des observatoires de Jai Singh II, grand Maharaja qui était passionné de l'astronomie, et j'ai vu, enfant, il y a deux étapes majeures, la première, c'est la découverte des films de Satyajit Ray, ce n'est pas par hasard, puisque un de ses films, un de ses chefs-d'oeuvre s'appelle Devi, Satyane, donc c'est vraiment aussi toute une réflexion sur l'image, la déesse dans le cinéma, et les femmes m'ont beaucoup marqué dans l'univers de Satyajit Ray, surtout aussi Charulata, qui est un film sur l'adultère, donc on a déjà toute une réflexion sur le statut féminin dans l'Inde, donc ces films m'ont beaucoup marqué, et surtout, la découverte de ce travail d'observatoire, et en allant à Delhi, pour mes premiers pas en Inde, et bien, ce n'est pas tant l'architecture que j'ai vu que la découverte de l'élégance féminine, ça m'a d'emblée frappé, vous voyez comment, avec un châle, une femme glisse dans l'architecture, et elle trouve aussitôt sa place.
Alors, je dois beaucoup à l'Inde, dans l'image qui vient, voilà, cette photo est la révélation de l'Inde pour moi, c'est d'abord la beauté, et surtout la couleur, c'est-à-dire qu'avant je ne faisais que du noir et blanc, cette photo date de 1985, donc date de mon premier vage en Inde, or c'était des photos argentiques, non pas le numérique d'aujourd'hui, que vous verrez, et cette scène a eu lieu en une fraction de seconde, trois femmes étaient au bord de l'eau, une était en train de prendre, vous le voyez avec le reflet, qui est en bas à droite, elle est en train de prendre de l'eau dans le lac sacré de Bhubaneswar, et ces deux femmes étaient toutes simples, au bord de l'eau, et en une fraction de seconde, tandis qu'une se repliait comme un fantôme sur elle-même, l'autre a déployé son sari pour le faire sécher au vent, et j'ai fait cette image sans la voir, bien sûr, puisqu'elle était prisonnière de mon appareil, et j'ai tout de suite compris que ce que l'Inde pouvait nous apporter, c'est justement la couleur, cette photo n'aurait aucun sens en noir et blanc, j'en suis persuadé, elle serait uniquement graphique, mais tous les sens, toutes ces variations, ces nuances du rose et du vert seraient évidemment abolies, et je crois que ce que l'Inde aussi nous apprend, et ce qui a fait peur à Nicolas Bouvier, Nicolas Bouvier a traversé toute l'Inde, après l'usage du monde, avant d'arriver à Ceylan, et il a dit cette chose, je n'ai rien écrit sur l'Inde, parce que l'Inde c'est trop beau, et cette beauté justement va être sans cesse illustrée.
La suivante, alors à partir de là, vous voyez, toutes les rencontres avec les femmes, donc vous allez voir beaucoup de photos de dos, et qui trouvent toujours Olivier, mais nous en reparlerons, c'est que depuis, dès que j'ai deux femmes associées dans leur sari, je pense à cette première photo qui était une référence pour moi. Or ici, nous sommes en pleine nature, nous sommes tout près de Pondichéry, non, on est tout près de Rameshwaram, complètement au sud, et vous voyez là aussi que cette déclinaison, au fond de cette variation, entre le corps replié sur le même, et au contraire le corps qui se déploie comme un papillon, va être une des clés de la lecture du corps de la femme en Inde.
Alors le mythe de la beauté va engendrer une relation, un mythe très fort, c'est celui qui est à Chittorgarh, une des villes du Rajasthan, du sud du Rajasthan, et qui va illustrer aussi toutes les tensions politiques entre les pays, puisque les populations. Lorsque vous savez les moghols, les moghols sont descendus en Inde, ce sont ceux qui ont islamisé le territoire, les moghols ont su qu'une femme Rajput, dans cette cité de Chittorgarh, était d'une telle beauté qu'ils ont voulu la voir, et le chef moghol a donc exigé, enfin forcé, le Rajput à voir cette femme.
Or, évidemment, comme propriété du Rajput, cet homme a refusé, et exactement dans ce pavillon, qui se trouve en face du palais principal de la ville, eh bien, il lui a dit, tu ne verras pas ma femme, mais tu la verras dans un miroir. Et donc, le moghol était placé dans ce pavillon, et la femme était là, et pendant une seconde, elle a regardé un miroir qui a reflété son image, et elle était tellement belle même dans son reflet, que le moghol a décidé de capturer cette femme, ça a donné une guerre, et toutes les femmes se sont sacrifiées, vous savez les fameux satis, c'est ce que l'on voit dans la forteresse de Jodhpur, vous avez des dizaines de mains qui sont plaquées contre la paroi, qui sont des objets de vénération, puisqu'on les pince sans arrêt, on les recouvre de feuilles, et c'est l'idée du sacrifice féminin.
Les femmes, pour ne pas être soumises, violées, et livrées aux ennemis, préfèrent se sacrifier dans des bûchers, c'est ça, vraiment, on aurait peut-être plus de personnes qui donneraient des détails de ces notions, mais cette notion de sacrifice, je crois, est capitale pour comprendre cette femme, cette notion de la femme. Et quand je suis allé voir cette orga, et que j'avais entendu parler de la légende, et bien c'est un îlot, je ne sais pas d'où sortait cette femme, elle est apparue, vous voyez, dans toute sa beauté, comme un fantôme de la princesse Rajput.
Alors maintenant, je vais traiter de l'image, d'abord l'importance de l'islam. Je vous parle de cela parce que je rentre d'un mois, enfin, partagé entre l'Iran et l'Algérie, et aujourd'hui, où il y a tout ce débat sur le voile, il est capital de souligner la liberté l'importance du sari, mais aussi la liberté du visage de la femme en Inde. Je suis frappé de la peur musulmane, alors les femmes ne se cachent pas, au contraire, le sari est un élément qui révèle leur visage et leur beauté, et en Iran, on a bon, heureusement, on n'a pas le tchador partout, mais on a juste le foulard sur les vêtements, mais surtout en Algérie, je rentre aussi du sud algérien, avant-hier, et les femmes, parfois, n'ont juste qu'un oeil, n'ont pas les deux yeux, mais juste un triangle.
Alors ce n'est pas uniquement le lien avec l'islam, c'est aussi le fait de se protéger des vents de sable, qu'il y avait d'ailleurs, mais cette image du corps voilé, d'ailleurs les voiles ne sont pas noires en Algérie du sud, ils sont blancs ou fleuris, ça aussi c'est un élément capital, donc je relis tous ces signes de l'islam différemment que ceux que je vois en Inde. Alors ici, nous sommes à Fatehpur Sikri, c'est la ville où l'empereur Akbar est arrivé, s'est implanté, a fait sa capitale dans le nord de l'Inde, alors cette civilisation moghole a énormément changé la perception, parce que c'est l'introduction, évidemment, de l'islam dans un pays à domination hindoue.
Ici, nous sommes ici, vous allez voir cette image qui est très importante pour moi, c'est cet enfant, c'est le symbole de la liberté, et d'ailleurs, très souvent, vous qui connaissez bien l'Inde, vous savez combien on pare les petites filles, elles sont tout le temps comme des petites princesses, et donc cet enfant rentre dans un carré de lumière dans ce lieu. En revanche, dans l'image qui suit, toujours à Fatehpur Sikri, vous avez cette harmonie naturelle,