La Crucifixion sans Croix selon Matthias Grünewald 1/5

Peint par Matthias Grünewald (1512-1516), le retable d'Issenheim provient du couvent des Antonins à Issenheim où il ornait le maître-autel de l'église de la commanderie. Composé de plusieurs panneaux, il est consacré à saint Antoine et se trouve aujourd'hui exposé au musée d'Unterlinden à Colmar. 

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Jean Clergue-Vila l'a décrypté pour nous. Dans ce premier volet intitulé "la cruxifiction sans croix", il s'est attaché à sonder le concept de crucifixion de Jésus selon Matthias Grünewald.  Vision laïque de l'oeuvre (Jésus fait homme), explication de la crucifixion, irréalisme des scènes peintes, signification de l'INRI, problèmes posés par la fixation et surtout la déposition du supplicié, impossibilité d'un cloutage en acier - tout est passé en revue par l'auteur qui n'a de cesse d'analyser la démarche réaliste et le souci du détail du peintre.
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Il met ainsi au jour le johannisme inédit de l'oeuvre de Grünewald à travers la présence anchronique de Jean-Baptiste au Golgotha, le jeu des lumières préfigurant l'invisible, induisant en filigrane un commentaire du Prologue de l'Evangile selon saint Jean.

Extrait de la vidéo

Et bien bonjour, ou peut-être bonsoir. La société Baguiste TV m'a fait l'honneur de me demander de vous faire un exposé sur le rotable Lisenheim, ce qui est en soi une gageure, car c'est une des œuvres les plus importantes qui a eu l'occasion d'être conçue, peinte, et je l'estime presque comme étant une espèce de chapelle Sixtine de l'art sacré germanique, aussi variée, aussi importante par le nombre de ses représentations.

Mais si, dans la chapelle Sixtine, nous avons un conducteur qui est finalement l'exposé de la Bible, qui va jusqu'à cette scène extraordinaire du jugement dernier avec ce Christ athlétique, monstrueux et un peu dangereux par certains côtés, dans le cadre du rotable ce sera beaucoup plus subtil, car nous avons une douzaine de panneaux qui apparemment n'ont pas de lien entre eux, aussi bien dans leur composition, dans leur style, que dans l'expression qu'ils envisagent de nous transmettre.

C'est pour ça que c'est extrêmement compliqué et il y a, je ne dis pas 50 façons d'aborder ce rotable, mais un peu, et je n'en ai pas encore de véritablement fixe, ce qui explique pourquoi je n'ai pas voulu figer véritablement dans un texte une description de ce rotable et que même là, je ne sais pas encore tout à fait de quelle façon je vais vous le présenter.

Oui, ce rotable c'est un peu comme un ciel nuageux, vous avez différentes façons de l'aborder, il bouge, il y en a un peu plus haut, il y en a un peu plus bas, vous avez des rayons de soleil, et chaque fois vous pouvez capter autre chose.

Alors tout d'abord, qu'est-ce qu'un rotable ? C'était un tableau qui se plaçait au-dessus de l'autel, qui s'ouvrait et qui servait d'une part à l'instruction des fidèles et puis en même temps à mon avis aussi à focaliser leurs pensées, voire leurs prières sur un sujet, sur un thème et qui permettait une intercession.

Alors, dans le rotable type italien, c'était très souvent un seul panneau, mais ensuite on est très rapidement arrivé au triptyque, ce qui permettait d'avoir deux tableaux extérieurs et ensuite une ouverture permettant d'avoir à nouveau des volets extérieurs, un tableau central.

Dans le cas du rotable des Sannheim, cette œuvre s'ouvre deux fois et donc nous allons avoir au total une douzaine de panneaux permettant des représentations très diverses.

Je ne vais pas vous faire une description académique, pour cela vous trouverez d'excellents ouvrages et je vous conseillerais soit d'acquérir ce document des dossiers de l'art qui est consacré au rotable des Sannheim et puis surtout si vous voulez aller un peu plus loin, un excellent ouvrage qui est délivré par le musée de Unterlinden de Colmar où se trouve cet ouvrage et qui a été réalisé par une écriture commune avec Mme Begri qui est la conservateur en chef du musée et puis M.

Bischoff qui est un universitaire qui présente les recherches qui ont été faites sur cet auteur.

Alors voilà ce qui pourrait vous permettre d'avoir un abord historique, académique de ce rotable et ce n'est pas ce dont je vais vous parler aujourd'hui mais nous allons essayer d'entrer dans l'œuvre d'une façon que je pourrais pompeusement qualifier d'initiatique.

Si j'ai tenu à attaquer cette vision du rotable par cette main et cette plaie, c'est qu'elle constitue déjà une première interrogation ainsi qu'une symbolique et la jonction qui entre les deux.

Examinons si vous voulez bien cette main et ce geste absolument invraisemblable.

Concevez que si vous avez à désigner quelqu'un, vous allez le faire comme ceci ou quelque chose.

Vous n'allez pas vous amuser à tourner le doigt avec le pouce comme ça tout en ayant un bras à la verticale et qui plus est en arrière.

Essayez cette position, elle est intenable sauf à avoir fait pas mal de yoga.

Alors pourquoi dès le départ avons-nous un geste aussi invraisemblable ? Ce que nous voyons très bien c'est qu'effectivement elle désigne la plaie mortelle ou celle qui désigne la mort de Jésus, la mort du Christ.

Le personnage qui prolonge, si on peut dire, cette main qui est d'ailleurs, remarquez-le, disproportionnée par rapport au visage, qui forme une équerre, lequel bras en forme une autre.

Le personnage a également ses pieds à l'équerre.

Attitude hiératique d'un personnage qui est en ordre, qui est à l'ordre.

Vous concevrez que là en une minute nous avons déjà dix interrogations.

Alors si vous voulez bien maintenant nous allons entrer dans l'œuvre et telle qu'elle vous est présentée au musée Luther Linden de Colmar et je vous propose même si vous vous rendez un jour à Colmar, à moins que vous l'ayez déjà fait, ça serait d'entrer dans le cloître.

Vous ne suivez pas les indications rotables d'Ilsenheim, vous allez un peu plus loin.

Sur votre droite vous avez un escalier, vous montez, vous prenez la porte à droite et vous arrivez sur la tribune de la chapelle et de là-haut vous plongez sur le rotable et sur toute cette crucifixion absolument invraisemblable.

Car il faut reconnaître qu'elle est d'un réalisme tout à fait insoutenable.

C'est ce qui a surtout fait sa force ou la force des descriptions jusqu'à cette époque.

Rarement on avait vu autant de sobriété en même temps que d'expression de douleur dans ce corps totalement distendu et martyrisé.

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