La doctrine spirituelle de l'art par Coomaraswamy

Dans les circonstances présentes, l'art est devenu un luxe, un luxe que la plupart des hommes ne peuvent s'offrir (...) Autrefois, l'art était un principe de connaissance qui fournissait ce qui était nécessaire à la vie et qui satisfaisait les besoins physiques et spirituels de l'homme. L'homme complet créait dans la contemplation et, en créant, ne se séparait pas de lui-même" écrit A.K. Coomaraswamy ("La Philosophie chrétienne et orientale de l'art", 1956). 

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51:40
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Dans cette conférence de 51 minutes, Jean Annestay revient sur la vision traditionnelle de l'art selon le célèbre et controversé métaphysicien indien.

Quelle est la fonction de l'art ? Quelles perspectives offrent-elle à l'homme? Pour l'auteur, le but de l'art est de faire résonner une nouvelle dimension de l'homme à travers la sacralisation de la vie. L'art apparaît ainsi comme une voie de réalisation et une science sacrée, une méthode d'accès à la connaissance spirituelle. A l'égal de chaque métier pour l'homme traditionnel, il est un support de travail intérieur et de méditation, un sacerdoce enclin à le révéler sur la voie de la réintégration de l'être.

Extrait de la vidéo

La doctrine spirituelle et la doctrine métaphysique de l'art Si l'on veut exposer ce qu'est la doctrine spirituelle et métaphysique de l'art, il faut préciser quelques notions.

En premier lieu, qu'est-ce qu'une tradition ?

Tradition, on sait que ça vient du latin traditio, transmission.

Donc ça présuppose une prééminence des anciens sur les modernes.

Dans toute notion de tradition, il y a une vision anti-progressive du monde.

C'est comme disait le docteur Lodge, que cite souvent Kumaraswamy, qui a passé une partie de sa vie à exposer la doctrine traditionnelle de l'art, « De l'âge de pierre à nos jours, quelle dégringolade ! » Alors le terme de tradition peut être rendu de multiples façons.

Par « Deen » en arabe, « Dharma » en sanscrit.

Mais c'est distinct de ce qui est entendu par ce terme chez les traditionnalistes.

La tradition, ce ne sont pas les coutumes, ce ne sont pas non plus des croyances obscurantistes.

On connaît le passage de la Bible, « La tradition rejette les fables ineptes des vieilles femmes. » « Reçu pieusement par tous ceux dont le traditionnalisme consiste à accepter, avec une crédulité illimitée, tout ce qui s'insigne dans la vie de l'Église pour y rester à force d'habitude. » Donc la tradition, ce n'est pas non plus une utilisation de données « sacrées » à des fins politiques, même si ça peut arriver, comme ça a été le cas chez certains penseurs apparentés au fascisme comme Evola.

Ça, c'est du traditionnalisme, on dira.

C'est une utilisation un petit peu systématique de données.

La tradition, c'est une forme sociale qui est orientée vers un but qui est essentiellement spirituel.

On va dire que c'est une forme religieuse, mais ça peut être aussi une forme initiatique.

C'est un ensemble de rites, de dogmes et une morale.

C'est un ensemble qui tend à encadrer et à orienter les hommes.

Alors maintenant, qu'est-ce que l'art au sens traditionnel ?

L'art, c'est une voie de réalisation et une science, au sens de sciences sacrées, pas au sens entendu actuellement.

On va dire que c'est une méthode d'accès à la connaissance spirituelle.

Si on peut prendre une citation du Malathi Madhava, l'habileté consiste en la conformité du but de l'œuvre à l'expression de la quintessence, c'est-à-dire que l'art est un support pour une réalisation intérieure, dans une civilisation traditionnelle.

Alors, ce support pour prendre l'allure d'un métier.

Tous les métiers sont des arts.

Il n'y a pas une activité dans une civilisation traditionnelle qui est profane.

Il y a un point de vue qui peut être profane, mais pas une activité en elle-même.

Évidemment, tout ça présuppose une multiplicité de voies, puisque chaque métier, chaque activité est un support.

Un support qui conduit vers un sommet, qui est une réalisation intérieure.

Donc ça présuppose qu'il existe une unité sous-jacente à tous ces métiers, à toutes ces voies, à toute cette fabuleuse diversité.

C'est ce qui a conduit beaucoup de chercheurs, dont Kumara Swamy, à réaliser que devait exister, au-delà de cette multiplicité, de toute cette diversité, parfois de cette opposition apparente, une unité qui transcendait cette diversité.

C'est ce qu'on a appelé l'unité transcendante des traditions.

Et c'était valable aussi bien entre les différentes formes religieuses, qu'au sein d'une même forme religieuse, entre les différentes voies qui la composent.

Ce n'est pas quelque chose de très récent.

Si on prend par exemple dans le Coran.

Le Coran dit, homme, cette communauté-ci est bien une communauté unique.

Et je suis, quant à moi, votre seigneur.

Aussi, adorez-moi.

Mais ils divergèrent dans leurs convictions religieuses.

Et pourtant, tous reviendront à nous.

Les hommes formaient tout d'abord une seule communauté, une seule umma.

Mais c'était aussi une seule tradition.

On peut le rendre aussi par une seule tradition.

Si on rentre dans l'exposé, au fil des siècles, de ce qu'ont été les affirmations de l'unité transcendante des traditions, on trouve des affirmations de cette notion, à la fois chez Clément d'Alexandrie, chez saint Augustin, chez saint Ambroise, qui disaient, tout ce qui est vrai, et par quiconque cela est dit, vient du Saint-Esprit.

Si vous et moi énonçons une vérité qui est traditionnelle, ce n'est plus nous qui la disons, mais l'Esprit qui le dit à travers nous.

On n'est pas propriétaire de la vérité qu'on énonce.

Effectivement, dans une société qui paye des droits d'auteur, où il y a des règles de propriété, de l'image publique, etc., ça peut paraître un peu dur à avaler.

Mais en réalité, c'est un sacerdoce.

Un métier, l'artisan, le sculpteur, etc., c'est un sacerdoce pour lui, en premier lieu.

C'est une vocation. C'est une voie.

Et il suit une voie d'intégration et de réalisation intérieure.

Cette notion qu'il y a une unité qui dépasse les traditions, effectivement, elle se trouve aussi au sein des exposés théologiques.

On dit « à travers la diversité des noms divins, c'est toi qu'ils nomment, car tu es tel et tel tu demeures, inconnu et ineffable ».

Ça, c'est Plutarque.

Mais c'est une phrase qui aurait pu être dite par des musulmans, par des soufis, ou encore par des chrétiens.

Un chrétien comme Maître Eckhart aurait pu dire une phrase comme ça.

On trouve aussi d'autres affirmations beaucoup plus explicites de l'unité qui transcende les traditions chez un poète comme Kabir.

De même, on trouve chez Jalal ad-Din Rumi de nombreuses affirmations.

Je ne suis ni de l'Orient, ni de l'Occident, ni de la Terre.

Je ne suis ni de ce monde, ni de l'autre, ni du paradis, ni de l'enfer.

Je ne procède d'Adam, ni d'Ève, de l'Éden, ni de Ridouane.

Là où il n'est pas de lieu est mon lieu, là où il n'est pas de signe est mon signe ».

On connaît aussi la formule d'Ibn Arabi.

Il est un pâturage pour les gazelles et un couvent pour les moines chrétiens, et un temple pour les idoles, et la Kaaba du pèlerin, et la table de la Torah, et le livre du Coran.

Je suis la religion de l'amour, quelques routes que prennent ces chameaux.

Sa religion et ma foi sont la vraie religion ».

L'émir Abdelkader, qui était un grand opposant du colonisateur français, écrivait dans un de ses poèmes « Tantôt tu me vois musulman, et quel musulman, parfaitement sobre, épieux, humble et toujours suppliant.

Tantôt tu me vois courir vers les églises, serrer fort une ceinture sommairun.

Je dis au nom du Fils, après au nom du Père et par l'Esprit, l'Esprit Saint.

C'est là l'effet d'une quête et non d'une dupris.

Tantôt dans les écoles juives tu me vois enseigner.

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