Qu’est-ce que la synchronicité ?
Qui d’entre vous n’a jamais entendu prononcer le mot de "synchronicité" ? L’enjeu de cette table-ronde est justement de savoir quelle en est la signification….. Dans ce dialogue entre Basarab Nicolescu, physicien quantique, et Marie-Laure Colonna, analyste jungienne, les explications vont prendre une dimension de plus en plus claire, et nous entraîner vers une convergence universelle des "arts" et des "sciences".
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Pouvons-nous vous donner une définition succincte de la synchronicité ? Ce sont des évènements qui n’ont aucun lien de cause à effet apparent mais qui vont prendre sens pour celui qui en fait l’expérience : la "coïncidence" devient signifiante et transcende l’humain. Vous avez tous vécu cela, et nos deux interlocuteurs vont donner des exemples pris dans leur propre expérience…. exemples qui peuvent changer la représentation que vous avez du monde !


Pauli, le scientifique, et Jung, le psychanalyste, sont dans leur correspondance à un point de départ incontournable d’une révolution de la conscience. Vous ne croyez qu’à ce que vous percevez ? Eh bien, la science contemporaine va vous démontrer que notre vision étroite s’inscrit dans un ordre universel inconnaissable.
Ainsi, la relation passionnante entre substance, énergie, espace-temps, information, observation physique, observation spirituelle,… témoigne que les chaînes causales sont indépendantes les unes des autres dans la synchronicité.
Surtout, ne croyez pas que le propos est exprimé dans un jargon scientifique obscur et élitiste. Au contraire, chaque affirmation est compréhensible, et nous sommes sortis de cette conférence avec une extraordinaire vision cohérente de l’univers.
Nous conclurons sur cette assertion qui rend humbles, aujourd’hui, les plus grands chercheurs : il y a un tiers caché qui est une énergie indescriptible, et dont la conservation est constante.
Sans doute qu’après avoir écouté les deux conférenciers, face à Michel Cazenave, votre compréhension du monde sera plus vaste et, allons, osons le mot… plus HEUREUSE !
Extrait de la vidéo
Nous allons parler aujourd'hui de la synchronicité, qui est un terme dont on sait qu'il a eu des fortunes extrêmement diverses et que parfois on met sous le nom de la synchronicité. Alors, nous allons essayer de le tirer un petit peu au clair aujourd'hui. Alors, avec vous Marie-Laure Colonna, qui est psychanalyste, psychanalyste jungienne, didacticienne de la Société de la Synchronicité, qui est une association de psychologues et de psychologues de l'Université d'Ottawa, et qui s'occupe d'un sujet qui s'appelle la synchronicité.
Alors, nous allons essayer de le tirer un petit peu au clair aujourd'hui. Alors, avec vous Marie-Laure Colonna, qui est psychanalyste, psychanalyste jungienne, didacticienne de la Société Française de Psychologie Analytique, et avec vous Bessarab Nicolescu, qui avait été chercheur au CNRS et à la Faculté d'Orsay, si je m'en souviens bien, et qui aujourd'hui enseignait toujours à l'Université de Cluj, en Roumanie, et même vous êtes membre de l'Académie Roumaine.
Donc, on va voir comment on va passer de la psychologie à la physique, et à la physique la plus moderne. Et la première chose que j'aimerais que l'on définisse, Marie-Laure Colonna, c'est précisément qu'est-ce qu'il faut mettre sous ce terme de synchronicité. Il y a énormément de choses. Si on s'en tient au départ à la définition de Jung, dans le livre qu'il avait écrit avec le physicien Wolfgang Pauli, titulaire du Prix Nobel, il mettait sous le terme de synchronicité deux ou plusieurs événements qui ne sont pas reliés causalement, et qui vont avoir un effet de sens pour le personnage, le sujet, ou les sujets qui les vivent.
Alors là-dedans, on va pouvoir faire entrer, bien entendu, des choses que les analystes connaissent tous, qui sont ces phénomènes très curieux de coïncidence signifiante à l'intérieur des relations transférentielles, mais dans la vie de tous les jours, quand on est relié à travers des relations personnelles, des émotions, par exemple familiales, comme une mère avec ses enfants, ou dans le cas d'un couple par exemple, des synchronicités, je dirais plus ou moins discrètes, sont en général assez nombreuses.
C'est quelque chose que tout le monde plus ou moins connaît. On peut mettre aussi là-dedans tout ce qui était jusque-là considéré comme des phénomènes parapsychologiques. Moi personnellement, je n'ai jamais aimé ce mot de parapsychologique, parce qu'en réalité, ce sont des expériences profondément psychologiques pour lesquelles jusque dans les années 60-70, disons, on n'avait pas de modèle théorique permettant d'en rendre compte, mais elles ne sont pas parapsychologiques.
Donc des expériences dans ce cas-là, et là encore c'est fréquent entre les analystes et leurs analysants, des expériences de télépathie, si vous voulez, ou autres phénomènes de fusion entre inconscients, pour le dire très simplement, qui donnent des manifestations généralement très surprenantes et sensées. Il faut, encore une fois avec la synchronicité, qu'il y ait une manifestation de sens, ce n'est pas une simple coïncidence.
Elle est chargée de sens, et on verra certainement tout à l'heure que le sens peut être tellement profond que ça a conduit Jung et les successeurs à postuler à la présence d'un sens transcendant, disons, au sujet humain. Ce qu'ont toujours postulé les extrêmes orientaux, mais ce qui va quand même très très loin pour les occidentaux. Mais alors précisément, est-ce qu'il ne faut pas insister sur le fait que ça fait du sens pour la personne qui en est porteuse ?
Parce que souvent on a l'impression que les gens confondent synchronisme et synchronicité. Et ça ne me semble pas tout à fait la même chose. Alors d'abord il faut insister sur un point, c'est que ça fait du sens, et en général dans un mode profond. C'est-à-dire qu'il va y avoir un petit hint, ça va changer votre vision du monde, au moins sur un de ces points.
On verra tout à l'heure, si on donne des exemples, à quel point de temps en temps il s'agit de vie ou de mort. En même temps, ça ne va pas généralement dans le sens du désir du moi. Alors vous avez tous ces gens un peu borderline, je dirais, qui voient des synchronicités partout à la limite de la paranoïa. Seulement en général, le sens qu'ils postulent, c'est dans le sens du désir présent, disons, de l'égo.
Et en général c'est le signe que ce n'est pas une synchronicité. Bien, alors, je crois qu'on voit à peu près ce que vous voulez dire, Marie-Alain Colonna. Mais là où je me pose la question, c'est justement sur la collaboration entre Jung et Pauli. Et on sait quand même que cette collaboration a été très profonde, et qu'à la limite Jung a osé parler de synchronicité parce que Pauli, d'une certaine manière, lui a donné son accord.
Mais c'est là, en même temps, dans ce que disait Marie-Alain Colonna, ce qu'il faut relever, c'est des relations acausales. Or, normalement, la science classique, elle est purement dans l'acausalité. Oui, ceci m'a intrigué aussi. Cette relation de Jung avec Pauli, pendant très longtemps, des années, des années.
Je dois faire d'abord une précision. Je suis donc physicien quantique. J'ai pratiqué la physique quantique pendant 40 ans. Donc, j'essaie d'être prêt.
De quoi il s'agit ? Déjà, l'effet de mentionner une relation acausale introduit un sens, à mon avis, un tout petit peu dévié. Parce qu'en tant que physicien quantique, je dirais, ce qu'on assiste dans le monde quantique, c'est plutôt une nouvelle causalité. C'est-à-dire, ce que les gens appelaient, au 19e siècle, et ensuite au 20e siècle, causalité au singulier, c'était, à vrai dire, une causalité locale, des proches en proches.
Alors, dans le monde de l'infiniment petit, l'infiniment bref, on assiste à une causalité des systèmes, une causalité où l'univers tout entier est impliqué. Nous avons même une fonction d'onde de l'univers. Donc, c'est une causalité qui n'est pas finaliste, qui n'est pas de l'ordre de la cause finale, qui n'est pas sans cause, mais qui n'est pas la causalité locale. C'est-à-dire, c'est une causalité où l'univers tout entier est impliqué.
En disant cela, on est déjà plongé dans une perplexité totale, parce que, dans un système comme l'univers, on ne peut pas déceler toutes les relations des causalités. Mais, faute de mieux, on peut parler d'une causalité globale, causalité de l'univers tout entier, et ça fait tout à fait sens dans le contexte de Jung, parce que Jung a pressenti très bien l'essence profonde de la synchronicité en parlant de unos mundos.
Ces unos mundos, nous les voyons en physique quantique. Et ceci peut expliquer l'attrait de Pauli pour ce genre de problématiques, en faisant là aussi, je me permets une petite, légère correction, il ne s'agit pas d'une collaboration en bonne et due forme entre Pauli et Jung, parce qu'ils ne l'ont pas publié ensemble. Ils ont publié ensemble un livre où il y avait deux études séparées. Une étude sur la synchronicité de Jung, une étude sur Kepler, qui n'avait pas de relation directe à la synchronicité.
Mais c'est plutôt dans la correspondance entre Jung et Pauli qu'on voit l'intérêt énorme de Pauli, en tant que physicien quantique, mais aussi en tant que penseur. Parce qu'il faut bien préciser que Pauli c'était parmi les plus grands penseurs de l'époque, aussi personnellement parmi les plus grands physiciens. Et certainement c'est là qu'il y a eu l'attrait de la chimie, dans ce sens-là des unos mundos.