Qu’est-ce que le symbolisme ?

Tenter de définir un symbole est une mission périlleuse, voire même un contre-sens, nous dit Luc Bigé, car "définir, c’est finir". Or le symbole n’accepte aucun carcan, aucune limite, puisqu’au contraire sa formidable vertu est de nous ouvrir sur l’infini. Chaque symbole comporte plusieurs niveaux de lectures et donc invite à embrasser différents niveaux de réalités. Ces multiples interprétations constituent sa spécificité, mais aussi sa difficulté…

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Ainsi en tant que langage muet, intuitif, le symbole renvoie non seulement à l’inconscient (qui s’exprime sur notre plan humain par les rêves) mais aussi à l’observation de la Nature (qui elle n’a pas de parole mais ce qui ne l’empêche pas de dominer l’Homme). L’inconscient se trouve ainsi relié à la Nature via l’intelligence collective que les différents règnes déploient (végétal, minéral, animal ou humain).
Ces différents règnes interagissent et communiquent l’un avec l’autre selon différentes sciences ou techniques que le genre humain a établi (travail sur les synchronicités, archétypes, alchimie végétale, gemmologie, chamanisme etc …). Autant de sciences dites "traditionnelles" que l’homme moderne s’évertue trop souvent à rejeter, afin de mieux se complaire dans sa fange techniciste et distractive (luxe, luxure, luxation, distorsion, distraction sont des synonymes pour Luc Bigé, cf. son Ouvrage La langue des Oiseaux, Ed Janus).

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Souhaitez-vous aller à la rencontre du Symbole, cette grammaire universelle, entité vivante et de tout temps éternel, qui réunit et non divise… médiateur du mystère ? Réponses de Luc Bigé, Lynn Bell, Claude de Warren dans cette table ronde de 53 minutes animée par Michel Cazenave et filmée au Forum 104.

Extrait de la vidéo

Dans les différents entretiens que nous avons eus pour Maglis TV, je me suis souvent rendu compte que finalement nous parlions de symbolisme et je ne dirais pas que nous ne le définissions jamais parce que je ne suis pas sûr que l'on puisse définir très strictement le symbole. Enfin, on n'expliquait jamais à quel cadre on se référait et quel sens, ne fût-ce qu'à un sens général, on donnait au mot symbolisme et donc je m'étais dit que ce serait intéressant d'essayer de tirer un petit peu les choses au clair.

Pour en parler avec nous, aujourd'hui nous avons Luc Bigé qui était biologiste de formation mais qui a ensuite très largement évolué, qui aujourd'hui si je ne me trompe pas le président de l'université du symbole, donc votre présence semblait s'imposer. Nous avons Lynn Bell qui est de formation astrologique et Claude Warren qui lui est spécialiste de la mythologie grecque. Donc en se disant que nous avons des points de vue différents mais éventuellement on essaiera de voir à travers la discussion si nous pouvons les dialectiser et avoir ne plus qu'un point de suite commun de sa manière.

Et donc je vais commencer de la manière la plus sauvage possible, c'est-à-dire finalement que peut-on entendre selon le mot symbolisme ? Luc ? C'est une question sauvage, je vais essayer de faire une réponse sauvage. Tu le disais tout à l'heure, définir un symbole c'est un peu un contresens parce que définir c'est finir.

Or le symbole c'est justement quelque chose qui ouvre sur l'infini, c'est-à-dire qu'il est toujours plurisémantique, il a toujours plusieurs sens. Donc au fond l'intérêt du symbole c'est justement l'ouverture et les multiples interprétations qu'il permet aux différents niveaux de lecture, même si évidemment il ne va pas permettre n'importe quoi. Donc maintenant si on veut essayer de faire une espèce de transgression en définissant le symbole, on pourrait dire qu'on peut donner plusieurs définitions en réalité.

Non mais je répète, je ne cherche pas une définition stricte. Alors je vais donner des définitions floues. La première ce serait de dire que c'est un langage, autrement dit c'est le langage de l'inconscient et de la nature, c'est-à-dire l'inconscient évidemment à travers les rêves et la nature puisque la nature n'a pas la parole. Je suis désolé de vous interrompre, mais si vous dites de l'inconscient et de la nature, cela veut dire que vous concevez l'inconscient comme relié à la nature.

Absolument. D'accord. En termes d'inconscient collectif, c'est-à-dire au fond on peut dire qu'il y a un inconscient ou une intelligence collective, je préfère encore ce terme, d'uraine végétale, d'uraine minérale et d'uraine animale, bien sûr, et d'uraine humaine, avec cette capacité qu'a l'intelligence collective humaine de contacter les autres inconscients, les autres rêves. Peu importe, ça c'est une parenthèse, mais disons que simplement le langage sabotique c'est la manière dont les autres rêves que les rêves humains vont dire du sens, vont s'exprimer.

A nous évidemment de savoir lire cette grammaire. Une autre manière de parler du symbole serait de dire qu'évidemment une plante, un animal, une image, un son, une forme sont des choses symboliques. Le corps humain a lui-même le symbole de l'archétype homme. Donc lire un symbole c'est de percevoir ce qui transparaît derrière ce qui paraît.

Autrement dit, la forme, l'objet, la chose, va paraître à nos yeux, mais cette chose-là dit toujours plus qu'elle ne semble être. Et c'est cette capacité intuitive, j'ai envie de dire, d'aller voir au-delà de ce qui paraît, cette essence qui transparaît à travers la forme extérieure. Donc lire un symbole c'est vraiment développer ce regard qui voit au-delà de la chose, pour percevoir le sens qui transparaît à travers la chose.

Deux manières de l'approcher. Je parlais de langage, on peut aussi réfléchir aux éléments de ce langage. Si on reprend l'analogie grammaticale, les symboles sont les mots de la phrase. Les mythes qui sont constitués de symboles, c'est-à-dire de personnages mythologiques qui ont décidé de vivre leur vie ensemble, de raconter une histoire, correspondent à la phrase entière.

Et les lettres, au fond, vont correspondre aux archétypes, c'est-à-dire à cette force, à cette essence de sens qui va construire le monde, le monde imaginal, enfin ce qu'Henri Corbin appelle le monde imaginal, c'est-à-dire cet intermédiaire entre le monde physique et le monde divin, le monde spirituel. C'est le monde de l'âme. C'est le monde de l'âme. Si on rappelle bien l'anthologie mystique islamique à laquelle se réfère Henri Corbin, le monde imaginal c'est...

C'est bien comme ça qu'on l'entend, c'est-à-dire l'imagination, mais l'imagination en tant... Non pas l'imaginaire comme nous l'entendons à l'occident, mais l'imagination en tant que faculté créatrice de l'âme. Absolument. Et ça veut dire aussi que...

Alors le symbole suppose un présupposé philosophique qui est de dire, au fond, il existe un monde du sens, un monde de la signification qui n'est pas seulement construit par l'être humain, mais qui existe en soi, et qui, ce qui justifie du reste l'astrologie et le système symbolique, qui sont simplement des mises en forme de ce monde du sens. Donc il existe un monde du sens qui préexiste, et donc notre fonction en tant qu'être humain, c'est de coopérer à la révélation de ce sens-là, et non pas seulement à construire du sens, comme le sont par exemple les panneaux de circulation routière.

Donc au fond, le symbole se révèle, il ne va pas se construire, même si on peut construire des pictogrammes, mais on est dans un autre champ de langage. Mais le symbole naturel, j'ai envie de dire, est essentiellement une question de révélation du sens, ou de perception de cette révélation, par l'individu qui veut bien le regarder. Et pas seulement le regarder, mais s'ouvrir tout entier à lui, pour le sentir d'une manière sensible.

Alors Lindemell, je me retourne vers vous, puisque je ne m'en cache pas, je fais appel à l'astrologie, je fais appel au tarot, je fais appel au wiking, qui, à mes yeux, sont trois réalités symboliques. Et donc, vous, en tant qu'astrologue, est-ce que vous êtes bien, il vous semble bien être dans ce monde du symbole, et je dirais pas jouer, encore qu'il y a aussi, comme disait l'alchimie, l'osos est sérieux, c'est-à-dire des jeux très sérieux.

Est-ce que vous êtes dans ce jeu avec les symboles ? Je dirais que plutôt, oui, je suis dans le jeu du symbole, mais je suis beaucoup plus dans le langage, je vis dans ce langage. Je crois qu'il faut d'abord parler, avec des symboles, de comment on perçoit l'univers et les réalités de l'autre, émotionnellement. Moi, je travaille avec des gens, donc ce qui m'intéresse, c'est comment j'ai accès à l'intérieur d'une autre personne.

Parce qu'on sait que les mots sont quelquefois pauvres, en termes, les gens pensent qu'ils parlent d'eux, mais ces mots-là ne sont pas suffisants. L'autre jour, par exemple, j'étais avec quelqu'un qui m'a parlé subitement d'une image de rêve, d'une serpent noire coupée en deux, dont elle a rêvé la nuit précédente. Pour moi, subitement, cette personne m'a offert un entrée, pas simplement, je n'avais pas besoin de son thème pour ça, parce que les symboles, pour moi, sont un monde vivant et je les explorais dans autant d'univers que possible, pas uniquement l'astrologie.

L'astrologie, d'ailleurs, prétend, je crois, d'inclure le monde entier. Mais comme on a dit tout à l'heure,

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