La Lune Noire : identifier la dynamique profonde du désir
Ce neuvième et dernier entretien de cette série*, aborde la Lune Noire sous un angle nouveau : comme un révélateur, puissant, de la dynamique du désir. Cet incontournable Eros. Il ne s’agit pas ici des désirs ordinaires du quotidien, mais bien du « désir de l’Être » : cette soif inextinguible d’absolu qui caractérise la Lune Noire et oriente inconsciemment nos choix. Cette Lune Noire structure ainsi « ce vers quoi on tend », et parfois aussi de manière inverse et répulsive : « ce que l’on tente de fuir ». Son influence est donc grande sur notre destinée.
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C’est elle aussi, qui nous pousse à répéter les mêmes gestes, recréer les mêmes situations, malgré l’échec. Sa logique échappe à notre volonté consciente ainsi qu’au simple « bon sens » d’une raison qui trouve en elle son dépassement et sa limite.


Vers une phénoménologie du désir : attachement, identification, projection...
Dans son analyse, Éric Berrut s’appuie notamment sur les travaux des psychanalystes Michael Balint et Donald Winnicott, ainsi que sur la notion de « compulsion de répétition » développée par Freud dans « Au-delà du principe de plaisir » (1920).
La trajectoire d’Adèle Hugo, fille de Victor Hugo, en constitue une tragique illustration, que François Truffaut porta à l’écran avec Isabelle Adjani. Son amour unilatéral pour Albert Pinson révèle la puissance destructrice d’un désir qui fantasme la coïncidence du désir, là où il n’y en a pas.
Un éros dégénéré nommé érotomanie. Et la défaite d’Antéros, frère et polarité dialectique d’Eros, représentant l’amour réciproque.


Pour Eric Berrut la Lune Noire devrait en fait être nommée « Terre Noire »…
L’échange aborde ainsi la difficile conciliation des désirs et la nécessité d’un deuil : comprendre que les désirs ne coïncident pas toujours — peut-être même jamais.
Dans cette perspective, la Lune Noire telle que la conçoit Eric Berrut n’est pas un point « aveugle et vide ». Au contraire il la considère comme second foyer de la Terre. Il suggère d’ailleurs de la renommer « Terre Noire », cela afin de souligner son lien étroit et concret avec nous, notre être, notre incarnation terrestre.
Une phénoménologie de la Lune Noire se dessine alors, rappelant une vérité fondamentale : l’autre n’est pas le prolongement de moi. Et c’est à ce processus d’intégration qu’Eric Berrut nous invite à suivre…
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* Titres des entretiens :
L’Iliade, un hymne au débordement des affects
L'Odyssée, un voyage intérieur
Ombre et lumière de Saturne, à la fois prédateur et structurant (Saturne 1/2)
Cronos-Saturne et la révélation de la paternité (Saturne 2/2)
L’archétype de la Mère en regard de Neptune et Pluton
Neptune, la force de nos émotions profondes et nostalgie de notre origine océanique
Pluton, guide d'introspection et de métamorphose
La Lune Noire et le choix de la Lune Noire vraie
La Lune Noire : identifier la dynamique profonde du désir
Extrait de la transcription
Nous nous retrouvons aujourd'hui pour un second entretien concernant la Lune Noire en compagnie de Berrut, téléspectatrices et téléspectateurs de Baglis. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Bonjour. alors, on a largement posé la démarche que tu utilises dans ton ouvrage. On a dépeint en utilisant le thème d'Alfred de Vigny certaines grandes lignes et on s'est arrêté avant d'aborder la question de la répétition, de la compulsion qu'on peut avoir autour de cette thématique de la Lune Noire.
Oui, dans le thème de dans le thème d'Alfred de Vigny, il y a donc une Lune Noire en Capricorne et nous avons bien vu que le poète est engagé dans une quête du stoïcisme. C'est à cet endroit-là que la répétition a lieu, que d'une certaine manière il est enfermé dans la représentation d'un idéal de lui-même, de l'apogée même qui en fait l'inscrit dans une forme de répétition.
Dans la République, Platon développait ce qu'on appelle le mythe d'Er. Et à cette occasion il raconte ce qui se passe au moment où les héros de la Grèce en particulier se préparent à une nouvelle incarnation. Et l'on voit Ajax par exemple choisir de s'incarner en lion. Lion, il a voulu être, c'est-à-dire premier parmi ses pairs, il a voulu être. Il aurait voulu revêtir le bouclier, les armes d'Achille qui lui ont été refusées. D'une certaine manière, on peut dire qu’il n'en démord pas et il veut se réincarner en lion. Agamemnon veut se réincarner en aigle et ainsi de suite. À l'exception notoire d'Ulysse, je ne le précise pas ici, Ajax ou Agamemnon, si on les interrogeait seraient convaincus qu'ils font un choix délibéré et donc qu'ils sont au clair sur leur désir. En réalité, il n'en est rien. Ils sont mobilisés par un désir inconscient qui les pousse à s'inscrire toujours dans la même perspective, à se donner toujours les mêmes buts et à s'engager dans une destinée qui ne serait en fait que la répétition de leur vie précédente.
C'est dans cela que l'on peut que Platon dira qu'il va faire défiler un bien triste cortège.
Dans la mythologie grecque, ce mythe d'Er de Platon mérite d'être rapporté à ce qu'on peut appeler les suppliciés des Enfers. Sisyphe, Ixion, Sisyphe, Tantale pour les les plus connus, les Danaïdes aussi. Et les suppliciés des Enfers, comme dans le mythe d'Er de Platon, sont condamnés, pourrait-on dire, à réitérer toujours le même geste, tout en provoquant toujours le même échec. Cependant, il y a une motion inconsciente, une compulsion qui les pousse à répéter malgré l'échec le même mouvement, le même geste, le même projet. Tantale par exemple, il est affamé, il est assoiffé, il se penche sur l'onde claire et à ce moment-là un souffle de vent disperse l'eau. Il essaie de tendre la main vers des fruits magnifiques qui s'offrent à lui et de nouveau, un coup de vent et les fruits se dérobent à sa main.
Mais il répète cependant toujours le même geste. Et au titre de suppliciés des Enfers, ils parlent bien au nom de quelque chose qui les maintient dans leur propre enfer et dans leur propre enfermement. C'est un risque avec la Lune Noire, hein. C'est un risque.
Nous parlerons de toutes les destinées heureuses de la Lune Noire quand le sujet peut mobiliser le désir dans le sens d'une réalisation sur le plan créatif, artistique, scientifique, littéraire, dans la relation d'aide et cetera et cetera.
À travers cette idée de de la de la répétition. peut-être qu'il serait intéressant de de développer certaines idées qui ont pu être développées par Freud avec ce mouvement inconscient qui nous pousse sans cesse à nous reconfronter à à la problématique.
Oui, la notion de compulsion de répétition a été introduite par Freud.
Comme je le disais tout à l'heure, il y a une motion inconsciente, un mouvement inconscient qui pousse le sujet à son insu à répéter. Ça c'est le concept en bref de compulsion de répétition introduit par Freud dans Au-delà du principe de plaisir. À ce titre, il y a un exemple très parlant dans ton livre qui est celui d'Adèle Hugo. Oui. L'histoire d'Adèle Hugo, donc la fille de Victor Hugo est une illustration tragique de la Lune Noire mise en œuvre sur le versant de la compulsion de répétition. Dans le thème d'Adèle Hugo, dans le thème d'Adèle Hugo, nous avons d'abord une conjonction entre la Lune et la Lune Noire en Scorpion. Cette conjonction entre la Lune et la Lune Noire s'inscrit dans un grand carré. D'un côté, il y a Vénus. Je suis les quatre angles du carré. Conjonction Soleil, Lune Noire en Scorpion, Vénus en Lion, Chiron en Taureau et Uranus en Verseau. C'est important, je le note, de considérer qui gouverne la Lune Noire, l'apogée en Scorpion. C'est Mars et Pluton qui sont conjoints dans le signe du Bélier.
L'histoire tragique d'Adèle Hugo, il faudrait l'inscrire d'abord dans un contexte familial.
Ça nous entraînerait trop loin. Je le fais dans le livre, je ne le reprends pas ici. On peut commencer l'histoire que l'on peut que l'on peut appeler la dérive du désir dans l'histoire d'Adèle Hugo. Une dérive du désir qui met directement en œuvre la conjonction entre la Lune et la Lune Noire placée au carré de Vénus où en fait on comprend qu'Adèle Hugo veut à tout prix s'attacher un objet d'amour. Évidemment, ça dit quelque chose d'un manque, d'un manque fondamental au sens d'un manque précoce, archaïque, d'un objet d'amour, d'un objet maternant qu'elle n'aurait pas réussi à s'attacher ou qui n'aurait pas su s'attacher à elle. En tout cas, on peut parler d'une problématique de l'attachement qui va engendrer une dérive du désir, un délire imaginaire où elle va tenter par tous les moyens, là j'insiste, par tous les moyens pour faire entendre la conjonction Mars-Pluton en Bélier. Elle va tenter par tous les moyens de s'attacher un amoureux en fait, un amoureux imaginaire au sens qu'il n'y a pas du tout de réciprocité de sentiments.