L’archétype de la Mère en regard de Neptune et Pluton
Poséidon (Neptune pour les romains) et Hadès (Pluton) sont tous deux fils de Rhéa, déesse de la maternité, grande organisatrice du monde visible dont le nom, le rôle et l'importance sont paradoxalement assez ignorés. Ses deux enfants ont une caractéristique commune, plutôt rare et qui sera largement abordée dans cet entretien : tous deux ont établi leurs royaumes dans le monde des profondeurs. Un monde inatteignable pour l’homme de chair….
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Ces deux royaumes correspondent au monde sous-marin pour Neptune, et à celui du monde souterrain pour Pluton… Deux plans distincts, certes, mais que Jung, à la suite de Goethe, unifia sous l’appellation des « deux Mères ».


Que signifient ces profondeurs ? À quoi réfèrent-elles dans notre psyché ? Quels liens entretiennent-elles avec leur complément, le Ciel-Ouranos ?
Eric Berrut a consacré un ouvrage à ces questions : « Neptune et Pluton, la force des profondeurs » (2024, éd. Ithaque).
Trois entretiens* ont été réalisés en sa compagnie sur ce sujet, et ce premier volet aborde la question du « et » : qu’est-ce que ces grandes forces des profondeurs, Neptune et Pluton ont en commun, et qu'est-ce que cet alliage improbable produit en nous ?


« Nous sommes habités de forces impersonnelles et nous devons les incarner de manière singulière, et personnelle »
Dans la lignée des travaux de Carl Gustav Jung, Sigmund Freud et Sándor Ferenczi (et sa thèse « Thalassa » qui unit biologie, mythologie et inconscient, ndlr), mais aussi des contemporains Jean Marie Delassus et Pierre Willequet, Eric Berrut nous propose une plongée dans ce monde des origines, en unissant les archétypes à l’astrologie.
Un retour vers nos origines, depuis notre naissance, vers cette mère originelle, porteuse de vie à travers ces eaux primordiales et cette durable nostalgie du « sentiment océanique » qui guette tous les nouveaux nés...
Un exercice de funambule, conjuguant « hérédité de l’espèce » et « développement de l’individu », … et dont le filin se nommerait « individuation » ?
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* Noms des entretiens :
L’Iliade, un hymne au débordement des affects
L'Odyssée, un voyage intérieur
Ombre et lumière de Saturne, à la fois prédateur et structurant (Saturne 1/2)
Cronos-Saturne et la révélation de la paternité (Saturne 2/2)
L’archétype de la Mère en regard de Neptune et Pluton
Neptune, la force de nos émotions profondes et nostalgie de notre origine océanique
Pluton, guide d'introspection et de métamorphose
La Lune Noire et le choix de la Lune Noire vraie
La Lune Noire : identifier la dynamique profonde du désir
Extrait de la vidéo
Chers auditrices et auditeurs de Baglis, bonjour. On se retrouve aujourd'hui en compagnie d'Éric Béru pour aborder la question de Neptune et de Pluton, la force des profondeurs, édité aux éditions d'ITAC. Éric, bonjour. Bonjour, Charlie.
Alors, tu nous livres un ouvrage un petit peu particulier puisque tu as décidé de traiter ensemble la question de Neptune et de Pluton. Est-ce que tu pourrais nous éclairer un petit peu sur la démarche ? Alors, le sous-titre de mon livre, la force des profondeurs, dit déjà quelque chose s'agissant de la raison pour laquelle j'ai publié une étude consacrée à Neptune et Pluton. Dans la mythologie, le monde de Neptune et de Pluton ont en commun de référer au royaume des profondeurs.
Pour Neptune, le monde des mers et des océans, au fond desquels Poséidon et Amphitrite ont établi leur palais, et pour Pluton, le monde de l'Hadès où également Hadès et Perséphone ont leur palais. Donc, d'un point de vue mythologique, on entend que Neptune et Pluton réfèrent au monde du dessous, au monde de la profondeur, et en cela, ils s'opposent d'ailleurs à Uranus qui renvoie au ciel. C'est la première raison pour laquelle je traite ces deux livres ensemble.
Une autre raison, mais on aura l'occasion d'en parler de façon plus précise, c'est qu'on peut dire que Neptune et Pluton réfèrent au royaume des mers, comme disait Jung à la suite de Goethe. Dans le second Faust, lorsque Faust a pris possession de la clé qui ouvre le royaume des profondeurs, justement, il s'écrit « les mers », M-A-X-R-E-S, bien sûr. Il y a une proximité entre Neptune et Pluton qui est corroborée par le symbolisme astrologique, Neptune étant associée par maîtrise au signe des poissons et Pluton étant associée par maîtrise également au signe du scorpion.
Voilà, ce sont d'abord quelques idées générales qui explicitent la raison pour laquelle je traite ces deux planètes ensemble. Tu amènes quelque chose d'assez original, Neptune et Pluton sont souvent appelés des planètes transpersonnelles, on a même des courants d'astrologie qui s'appellent transpersonnelles, et tu développes quelque chose d'un petit peu nouveau, ou en tout cas qu'on n'a pas beaucoup l'habitude d'entendre de dire sur cette question de la transpersonnalité.
Est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus ? D'abord, que Neptune et Pluton soient des planètes transsaturniennes, c'est une donnée astronomique incontestable. Maintenant, le fait de passer de l'idée de transsaturnien à l'idée du transpersonnel pose vraiment problème. A titre personnel, ayant un thème puissamment marqué par la planète Neptune, je n'ai pas tardé à me rendre compte que l'interprétation de Neptune comme planète transsaturnienne qui serait une planète transpersonnelle, cette interprétation ne m'aidait en rien, ne me permettait en rien de comprendre ce que je vivais dans la sphère de Neptune.
Et je me suis fait les mêmes observations, je me suis fait les mêmes réflexions, s'agissant de clients dont le thème était marqué soit par Uranus, soit par Neptune ou par Pluton. Comme tu le suggérais, il y a une idée assez répandue dans le domaine de l'astrologie, idée selon laquelle Uranus n'est plus, n'est plus Pluton, aurait pour vocation de nous conduire au-delà de Saturne, de ses limitations, de ses enfermements.
L'idée n'est pas fausse en soi, mais elle est très insuffisante, elle est très insuffisante. Et puis, on peut se poser la question, mais dans quelle représentation du système solaire sommes-nous avec cette interprétation si Uranus, Neptune, Pluton avaient pour vocation de nous conduire au-delà de la sphère de Saturne ? Cette idée devrait valoir pour tout l'enchaînement dans le système solaire. Vénus nous conduira au-delà de Mercure, la Lune au-delà de Vénus, etc.
Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Mais on pourrait défendre avec autant d'arguments l'idée que le cheminement humain serait censé être plutôt un cheminement qui nous ramène à la source solaire, par exemple. Évidemment, on peut brandir des concepts d'involution, d'évolution, de transvolution, etc.
Mais ces concepts ne permettent pas de nous rejoindre et de rejoindre les personnes qui sont marquées par une planète transsaturnienne. Il y a aussi un autre préjugé à propos des planètes transpersonnelles, dites transpersonnelles, un préjugé à propos des planètes transsaturniennes. Évidemment, on ne l'énonce jamais de façon aussi abrupte, mais en fait, on entend très bien de la part des auteurs en question, ou des enseignants en question, le préjugé selon lequel, finalement, Uranus, Neptune et Pluton seraient plus importantes ou seraient supérieurs aux planètes personnelles.
Mais l'idée d'établir une hiérarchie entre les planètes est simplement un a priori qui n'a pas lieu d'être dans le registre symbolique, qui n'a pas lieu d'être en astrologie. Toutes les planètes ont le même statut dans le système solaire. Elles sont toutes des satellites du Soleil et des fonctions qui, en fait, sont subordonnées au Soleil qui, avec sa puissance gravitationnelle, maintient toutes les planètes dans son sillage.
Maintenant, si on ne peut pas, a priori, parler de transpersonnels ou de planètes personnelles ou de planètes sociales, ces catégories qui peuvent répondre à notre besoin de classification, mais ce n'est pas parce qu'on a mis la chose dans un tiroir qu'on la tient entre ses mains, de quel registre, alors, relèvent les planètes ? À la suite de Jung, on peut dire que toutes les planètes relèvent d'abord de l'impersonnel.
Je peux bien dire que mon Neptune se situe sur mon milieu du ciel. En tant qu'astrologue, on se comprend. – C'est-à-dire que Neptune appartient à tout le monde, mais surtout à personne. – Exactement, mais cependant, c'est un abus de langage et à l'utiliser comme cela, on risque de perdre de vue l'essentiel, c'est que Neptune n'est pas mien, pas plus qu'il ne peut être tien.