Naître à son humanité

« On ne nait pas humain, on le devient… ». Derrière cette affirmation, Carole Labédan soulève différentes interrogations, des plus basiques aux plus subtiles : être humain, se limite-t-il tout simplement à l’état, statique, de « posséder » un corps humain et d’être en vie ? Dans une perspective plus dynamique : sommes-nous simples « propriétaires » de ce corps, pour une durée déterminée, ou, au contraire pleinement « souverains » de lui et ce d’une manière inaliénable ? Voire immortelle ?

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A travers les liens que le Taoïsme a identifié entre les corps subtils et les défunts d’une lignée, ainsi que la figure quasi mythique d’Antigone (étymologiquement ce nom signifie « contre la famille »), Carole Labédan nous emmène à la découverte de cette petite flamme - immortelle ? - qui luit dans le cœur et le regard de chacun d’entre nous : l’âme.

Carole Labédan - BAGLIS TVMarie Poux-Berthe - BAGLIS TV

« Notre vie n’est pas hypothécable, notre humanité n’est pas marchandable »

(Dé)loyautés, manque d’éthique, Mal, transgressions : autant d’embûches qui se présentent à nous, dans des dimensions variables, au fil de notre parcours. Et après le terme de celui-ci, quelle influence exercera-t-il sur mes descendants ?

« Mon destin est à moi, il n’est pas au ciel », à travers cet adage taoïste, Carole Labédan nous donne ici des de nombreuses clés pour « sortir du marécage » , et devenir de manière pleine et entière, humain. Tout simplement.

* Série de cinq entretiens
1. Hérédité et destin, des racines à la fleur
2. Le corps et l’âme de la femme : un creuset ou un bouclier ?
3. Naître à son humanité 
4. C’est par les images que se transmet le sens d’un récit
5. Le Minotaure en soi

Extrait de la vidéo

Bonjour Carole, merci de me recevoir à nouveau chez toi, on se retrouve pour un troisième entretien. Bienvenue aussi aux auditeurs et aux auditrices de Bagliss. Alors aujourd'hui on va reprendre quelque chose qu'on a mentionné lors de notre premier entretien où on expliquait que finalement le cœur de ton travail en tant que thérapeute mais aussi l'œuvre de ta vie c'est de comprendre ce qu'est être humain, devenir humain.

Mais on va apporter une précision parce que dans nos échanges récemment tu m'as dit qu'en fait le projet c'est de naître humain. Et finalement ça fait écho avec la conclusion du premier entretien où on parlait du fait que tu assumais totalement de te positionner en tant qu'anti-héroïne et alors la question que j'ai envie de te poser c'est comment est-ce qu'on fait pour naître humain et devenir le héros ou l'héroïne de sa vie ?

Oui ou ne pas le devenir. Ou comment est-ce qu'on rate l'occasion ou le projet ? Oui. Merci Marie pour la question.

Je crois que la première chose que je dirais c'est qu'effectivement cette notion de je suis un être humain, vraiment de ce verbe qui est une décision, c'est une prise de conscience finalement assez récente même si ça fait longtemps que je me dis qu'être humain on le devient. Je me suis formulée comme ça pendant des années et maintenant probablement parce que cette question d'assumer un choix est devenue plus claire, entre grâce à la maladie et à l'épreuve du corps.

Je pourrais mieux dire effectivement qu'il me semble qu'il y a une partie ambivalente dans la notion d'héroïsme qui est de triompher des épreuves, d'être un peu comme sur le versant de celui ou celle qui a réussi à transcender, qui d'une certaine manière a atteint une zone de confort optimale dans laquelle l'épreuve n'est plus son problème. Il est comme un élu ou une élue qui a transcendé à son bénéfice des difficultés et je ne crois pas que l'essence de l'humanité soit de cette nature, en tout cas ce n'est pas ce que j'en éprouve.

Moi je dirais plus que l'héroïsme me paraît au minimum dans la nécessité de se doubler d'une position de chercheur. J'aime bien cette phrase, je crois que c'est de Saint-Augustin qui disait « cherchons comme cherchent ceux qui doivent trouver et trouvons comme trouvent ceux qui doivent chercher encore ». Moi je suis pour chercher encore parce que même si en ce qui me concerne je trouve des formes de pacification ou de plaisir ou de joie, aussi longtemps que je ne peux pas les partager avec mes contemporains, avec les autres humains, c'est que quelque chose de la douleur reste inhérent à la condition humaine et je me sens concernée par ça.

Alors que le héros, en tout cas la figure du héros, on l'aperçoit souvent comme celui ou celle qui a passé la dimension de l'inconfort pour arriver dans une sorte de chambre d'Elysée de la satisfaction et ça, ça me paraît un piège dangereux. Donc naître humain, c'est une petite correction par rapport à l'idée de devenir humain parce que c'est comme si on disait « il faut naître tout le temps ». C'est un acte permanent finalement que cette naissance à l'humanité, ce n'est pas un acte posé une fois pour toutes qui nous ferait changer de statut, une fois pour toutes.

Finalement ça va très bien aussi avec le verbe de connaître. Absolument. Et puis qui montre bien ce fait que c'est permanent et dans le lien. Voilà, c'est naître avec et on en avait parlé une fois il y a déjà un certain temps et que moi ma quête quand j'étais enfant, ça avait été longtemps de chercher surtout dans mes insomnies quel était le sens de cette vie justement en tant qu'humain.

Je passais par tout un cheminement où je m'étais d'abord dit « vivre c'est apprendre », après je m'étais dit « non apprendre c'est trop usant, c'est de savoir », après je m'étais dit « non savoir c'est trop sec, c'est trop fermé, c'est de connaître ». Voilà, et c'est exactement ce que tu dis. Comment est-ce que les notions de Yin et de Yang dont on a un petit peu parlé plutôt dans notre deuxième entretien permettent d'éclairer ce projet de naître humain à ton avis ?

Finalement on peut imaginer que c'est un outil pour penser le projet, comment est-ce que tu articulerais ça ? Moi je dirais que l'aspect Yin, l'aspect féminin, l'aspect matriciel de notre vie, l'aspect corporel aussi, c'est comme une porte ouverte sur un espace immense dans lequel en permanence remontent des informations, des demandes, des interrogations, des symptômes aussi bien sûr, des rêves, des attentes, des demandes, des contacts peut-être aussi avec des femmes défuntes, mais pas défuntes aussi d'ailleurs avec les autres dans ce qu'ils ont de non visible, un monde d'interactions subtiles, et que ce monde à la fois est là comme une sorte d'océan quantique tout proche de nous, et que le Yang c'est cette capacité d'interagir nommément par un choix volontaire avec cette dimension pour la rendre intelligible, pour la rendre accessible, pour la rendre partageable aussi, pour faire que ça passe de ce plan inconscient à ce plan presque de fraternité, ça devient comme une sorte de nourriture qu'on peut partager avec les autres.

Quand tu parles de cette importance de nommer, et en lien avec l'idée d'héroïsme, il y a le mythe d'Antigone qui me vient, et je sais comme les mythes aussi sont des outils fantastiques pour penser ce que veut dire naître humain, dans quelle mesure est-ce que le mythe d'Antigone pour toi est éclairant sur ce Yin et ce Yang, et puis sur la responsabilité de naître humain ? Antigone pour moi c'est vraiment la sacrifiée, c'est-à-dire celle qui à la fois est au cœur de toute cette question des lois non écrites, des lois qui nous attachent à l'invisible, des lois qui nous attachent aux morts, des lois qui nous attachent aux ancêtres, et qui sont extrêmement puissantes et qui vont l'amener à défier les interdits politiques de son oncle Créon pour aller répandre la terre, donner une sépulture à son frère qui a été tué au combat, ce qui est interdit.

Donc elle sait qu'en honorant les morts, elle va se condamner à disparaître du monde des vivants, mais elle se sent tenue de le faire. Donc on peut dire que le monde matriciel du transgénérationnel donne une influence tellement puissante qu'elle ne peut pas s'y dérober. Et c'est dire que ce monde est réel dans l'histoire d'Antigone, dont le nom je le rappelle veut dire « avant la naissance » d'Antigone en grec.

Donc c'est comme si Antigone était toujours prise dans ses lois de la Matrice, elle va finir sa vie recluse dans une grotte dans laquelle elle va se pendre après avoir été emmurée. Le retour à la Matrice qui dit « je connais le monde de la Matrice, je connais le monde de ses interactions, je connais le monde des puissances invisibles qui le résistent, mais je n'ai pas la puissance de transformer ses règles pour les faire passer dans le visible, c'est-à-dire pour que ça devienne une dimension politique, sociale, relationnelle et conjugale puisqu'elle relance à son mariage, qui lui permettrait de sortir de cet enfermement matriciel et transgénérationnel.

Mais Antigone c'est l'aboutissement bien sûr de l'histoire, de ses parents, de ses arrière-grands-parents, de toute cette histoire qui finit par aboutir à ce constat que l'enfant qui a été pris dans cette espèce de filet transgénérationnel est acculé au sacrifice. Est-ce qu'on pourrait dire qu'il y a un manque ou une impossibilité d'émerger

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