Miracles, guérison et salut 5/5

« Médecine du corps, médecine de l’âme », ainsi aurait pu se nommer cette cinquième et dernière partie de notre série d’entretiens réunissant Jean-François Alizon et Eve Bertelle. On oublie un point important : Carl Gustav Jung, avant de devenir analyste et « médecin de l’âme », a exercé comme médecin généraliste en Suisse. 

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En se dirigeant ensuite vers la psychiatrie, son ambition était certainement de dépasser la fonction mécaniste du corps, de ses organes, pour élargir son périmètre d’action thérapeutique à ce qui ne peut plus se voir même au microscope : la psyché, nos émotions « Mettre ainsi le corps et l’âme en harmonie » nous-dit Alizon

Jean-François Alizon évoquant JungEve Bertelle interviewant Jen-François Alizon

Pour Jung, l’âme est tout aussi importante que le corps, d’où nos capacités d’auto guérison et de soin insoupçonnées.

Nos deux intervenants nous emmènent donc à la découverte de ces « grandes images intérieures », parfois salvatrices, d’essence archétypale qui ont irriguées les religions du Livre, mais qui leur étaient antérieures. 
C'est ce que Jung consigna dans son ouvrage Psychologie et Religion, paru en 1937, où il établit le lien que les religions entretiennent avec « ces images archétypiques intérieures » et les possibilités de guérison qui en découlent.
Alizon nous donne ainsi, aussi, une vision renouvelée de l’activité thérapeutique de Jésus dans les Evangiles, à l’instar de Matthieu 12:28 : « En réalité, c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les esprits mauvais, ce qui signifie que le Royaume de Dieu est déjà venu jusqu'à vous »…

* Liste des cinq entretiens réunissant Jean-François Alizon et Eve Bertelle :
Film 1 : Le langage des symboles et des images
Film 2 : Du polythéisme de la psyché
Film 3 : De la vie de l’âme, du féminin et de l’instinctivité
Film 4 : Foi et expérience intérieure, relation moi / Soi
Film 5 : Miracles, guérison et salut

Extrait de la vidéo

Je suis très heureuse de t'accueillir pour ce cinquième entretien qui finalise ce cycle de 5 émissions sur des thèmes que tu as développés dans ton livre Young et le christianisme. Ce cinquième entretien porte sur des thèmes ô combien intrigants et mystérieux, miracle, guérison et salut. Miracle, on pense tout de suite à Jésus-Christ et ses miracles relatés dans la Bible, guérison, le processus, le chemin de guérison, mon Dieu, qu'est-ce qui préside, qu'est-ce qui joue, il n'y aurait beaucoup à dire.

Et le salut, le salut, l'enfer, le salut, sauver son âme, voilà de quoi réfléchir ensemble, je te donne la parole. Qu'est-ce qu'on pourrait dire pour donner un sens moderne à ces mots, réinterpréter tout le discours qui a été fait dans le passé autour de ces mots. Pourquoi aussi les évangiles insistent tellement sur l'activité thérapeutique de Jésus ? C'est quand même impressionnant.

Il y a une indication dans les textes, Jésus dit voilà je chasse les démons, je guéris les malades, le royaume de Dieu est en route. Ça voulait dire, c'est la preuve que quelque chose arrive d'exceptionnel, c'est le fait de guérir un miracle. Alors qu'est-ce que c'est que cette chose exceptionnelle ? On va essayer de parler de ça.

Alors pour démarrer, je pense que c'est important de bien préciser que Jung ne se situe jamais en tant que théologien quand il parle du christianisme. Il est toujours relié à son travail de médecin, à la fois médecin des âmes et du corps. Il était aussi docteur en médecine pour le corps. Il était dans cette dynamique avant tout.

Il a donc une préoccupation, c'est de mettre l'âme et le corps en harmonie. Il y a de nombreux passages, son attention au travail sur le yoga par exemple, un livre sur les énergies de l'âme, où il démonte des différents chakras aussi, c'est une signification de chacun. Donc il est très au courant de l'unité corps et âme dans d'autres religions, et pour lui le corps est aussi important que l'esprit. Donc ce qui le mène vers le christianisme c'est aussi parce que lorsque les patients lui amènent des images qui sont de nature religieuse, il faut en faire quelque chose.

Il est donc dans une relation aux images intérieures qu'il explique de cette manière. L'exercice de la religion, c'est un passage de psychologie et de religion. L'exercice de la religion, c'est à dire la répétition du fait mythique, maintient toujours présentes les images archétypales et empêche la rupture des liens avec les stipulations originelles. Donc en fait la religion a un but, l'essentiel c'est de nous relier avec ces images archétypiques intérieures.

L'homme-dieu, la croix, la naissance virginale, l'immaculée conception, la trinité sont des images qui n'appartiennent pas seulement au christianisme. Elles se trouvent aussi souvent dans les religions païennes et en outre, elles peuvent reparaître spontanément en tant que phénomène psychique avec toutes sortes de variantes. De même que dans le passé lointain, elles sont issues de visions, de rêves ou de trances.

Elles prirent naissance à une époque où l'humanité n'avait pas encore appris à utiliser l'esprit comme une activité dirigée. C'est ce qu'on a vu dans le premier entretien. Pourquoi je cite ça ? C'est parce qu'en fait la relation qu'on rétablit avec la profondeur a pour lui un aspect de guérison.

En fait, on rejoint un très ancien travail de l'humanité qui était de retrouver un équilibre avec la psyché. L'essence de la religion, c'est précisément de faire la relation entre ce cerveau limbique dont on parlait dans le premier entretien et le cortex. C'est ce que dit Dreiberman. En fait, si on a des religions, c'est parce qu'il faut maintenir un lien entre les deux et que dans le cerveau, il n'y a pas de liaison automatique entre le cortex et le limbique.

Ces images originelles viennent du cerveau limbique et donc de les accueillir dans le cortical fait qu'on rétablit un équilibre fondamental dans la psyché. Ça, c'est un premier élément essentiel. C'est intéressant. Ce qui fait qu'à partir du moment où Jung a renvoyé les catholiques à leur pratique, ils se portaient mieux.

S'ils revenaient en disant... Alors, lui, Jung disait, vous n'avez pas réussi, maintenant on va vous analyser, ça va être le début de la complexité. Ça va devenir plus compliqué. Parce qu'en fait, il considérait que la pratique rituelle rétablissait cet équilibre et un élément important, c'est précisément la confession pour lui.

Parce que si elle est bien menée, si elle met au jour les complexes de la personne, les conflits de la personne, ça permet de mettre l'ombre à jour. Et ça, c'est un premier élément important de la thérapie. Ça demandait aux prêtres d'avoir la compétence, une compétence thérapeutique. Je suis un peu dans le doute par rapport à ça.

Oui, mais c'est pour ça qu'Ignace de Loyola a fondé les jésuites en partant de ses propres visions. C'est-à-dire dans le training qu'il décrit dans les exercices spirituels dans son livre, que Jung a beaucoup analysé. Il a fait un séminaire dans les années 25-30 sur les exercices spirituels d'Ignace de Loyola. Parce qu'il considérait que c'était un training pour le prêtre de se confronter à ses images intérieures.

Et effectivement, au début, il faut se représenter la passion, ouvrir le cinéma intérieur. C'est Lionel Nakach, un psychiatre belge intéressé par les vues contemporaines qu'il décrit. On a la possibilité de se construire un cinéma intérieur parce que les zones cervicales pour la vision extérieure sont les mêmes que celles de la vision intérieure. Pareil pour les zones auditives.

Donc on peut se dédoubler d'une certaine manière, recréer un monde intérieur, ce que fait le chef d'orchestre quand il imagine la musique qu'il va conduire.

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