La vie de l’âme, du féminin et de l’instinctivité 3/5

Que l’on soit en famille, au travail, ou bien à un spectacle, pour chacune de ces situations, l’être humain va revêtir des personnalités bien différentes qui vont influencer son comportement. « Affectif, efficace, enfantin » pourraient être les qualificatifs correspondant aux trois environnements cités précédemment. Ces différents visages constituent une réponse aux attentes – avérées ou projetées - qu’un individu s’est faites du groupe auquel il appartient, qu’elles soient exprimées de manière claire (consciente) ou tacite (inconsciente).

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Selon le profil psychologique et le parcours de vie de chacun, ces masques - que Jung nomma « persona » - peuvent s’empiler et former un véritable barrage, obstruant ainsi la vie de notre âme, ce dialogue intérieur – normalement incessant -  entre conscient et inconscient.

Pour Jung, « la perte d’âme » engendre la dépression.

Questionné par Eve Bertelle dans ce troisième entretien* autour de son ouvrage « Jung et le christianisme intérieur », Jean-François Alizon réhabilite ici l’importance de considérer la vie de l’âme.
Sujet potentiellement clivant pour certains, puisqu’avant même d’en prendre soin, nombre de nos contemporains douteront de son existence même ! 

L’anima se définit en fonction de l’animus, et réciproquement. Une lecture au fil des quatre fonctions psychologiques.

En fonction quatre fonctions psychologiques (fonction pensée, sentiment, intuition, sensation) développées par Carl Gustav Jung, Jean-François Alizon nous fournit ici des clés de compréhension de notre part féminine, qui sommeille en chacun de nous.
A une époque marquée par des revendications et incompréhensions de toutes sortes, notamment entre hommes et femmes, un échange apaisant, éclairant, placé sous le sceau de la hiérogamie...

* Liste des cinq entretiens réunissant Jean-François Alizon et Eve Bertelle :
Film 1 : Le langage des symboles et des images
Film 2 : Du polythéisme de la psyché
Film 3 : De la vie de l’âme, du féminin et de l’instinctivité
Film 4 : Foi et expérience intérieure : la relation moi / Soi
Film 5 : Miracles, guérison et salut

Extrait de la vidéo

Bonjour Jean-François Lison. Bonjour Eve. Bienvenue à Bagliss TV pour ce troisième entretien. Merci.

Nous allons aborder la question de la vie de l'âme, du féminin et de l'instinctivité. Un thème que tu développes dans ton livre, Young et le christianisme. Alors cette question de l'âme est une question complexe parce qu'on sait combien en Occident la définition, la notion de l'âme, l'existence même de l'âme semble poser question. Certains même doutent de l'existence de l'âme.

On sait aussi combien la dimension du féminin, l'énergie, le principe féminin, c'est quelque chose qui probablement a été refoulé. Donc c'est d'autant plus intéressant de voyager pendant cet entretien autour de ces questions, de les aborder, de les creuser. Et c'est vrai bien sûr, d'entrée de jeu, la question à laquelle tu vas répondre de mille et une manières, c'est la question de l'âme. Comment est-ce qu'on pourrait la définir ?

Alors je pense que ça peut être intéressant de voir que Young a toujours été intéressé par la question des types psychologiques. C'est-à-dire qu'on n'est pas tous fait de la même façon et que, par exemple, il distingue quatre fonctions du conscient qui sont la capacité de penser, la capacité de sentiment, en fait de faire des jugements esthétiques, d'avoir de l'intuition et d'avoir de la sensation. On est tous plus ou moins ancrés dans une de ces fonctions.

Et lorsqu'on est dans la fonction pensée, on a du mal à sentir ce que quelqu'un ressent quand il est dans la fonction sentiment. Et dans l'histoire de l'Église, il y avait des gens qui étaient plus dans le rationnel et d'autres qui étaient beaucoup plus dans le sentiment. On les retrouve par exemple ces derniers plus chez les orthodoxes où l'image a énormément de place. C'est les icônes.

Quand on entre dans un sanctuaire, on est frappé par l'omniprésence des images et puis la dévotion aussi que des gens qui embrassent les images, qui se signent devant les images. Une des choses importantes pour Jung, c'est que l'âme est image en tant qu'énergie et l'image est âme. C'est déjà une première façon de comprendre pourquoi Descartes, à la suite de son enseignement dans la Scholastique, qui éliminait justement tout ce qui n'était pas rationnel, a décidé qu'il y avait le corps et l'esprit.

Et il a oublié le troisième mot de Piaros. Il s'est passé aux oubliettes. Il y a des ordres dans l'Église qui favorisent l'image et d'autres qui sont vraiment tout à fait en dehors. C'est quelque chose qui est propre à certaines personnes et pas d'autres.

Donc c'est difficile pour les rationalistes de comprendre ce qu'on peut éprouver dans certaines situations. Je pense que, déjà, poser la question comme ça... C'est intéressant de la poser comme ça. Ça veut dire qu'en fait, la fonction indominante qu'on a peut nous rendre vraiment difficile la compréhension de la perception que l'autre a.

C'est bien de se dire qu'en fait, c'est en lien avec une fonction. Oui, c'est ça. Fonction-sentiment. Une fonction pensée au sentiment.

Oui, c'est ça. Dans mon métier de musicien, on a cette double vision. On a des gens qui vont jouer leurs pièces avec beaucoup d'âme, justement, et d'autres qui vont être intéressés beaucoup plus par l'aspect formel, la perfection, la virtuosité. Et ils vont voir un public qui va être sensible à leur point de vue.

Et donc une communication possible avec certains types de personnes. Et dans notre monde moderne, il y a beaucoup de gens qui sont sensibles à l'aspect de l'âme, mais malheureusement, on ne leur donne pas l'autorisation finalement de vivre des choses comme ça. Bon, ça c'est le premier élément qui me paraît important. Alors, déjà aussi dire que pour Jung, il y a une différence entre psyché et âme.

Parce que psyché, ça veut dire âme en grec. Mais pour lui, dans son mode de pensée, la psyché désigne l'ensemble de tous les processus psychiques d'une personne. C'est bien au-delà de la notion d'âme qui est beaucoup plus une fonction de relation entre le conscient et l'inconscient. Alors, je vais expliquer ça.

Il donne comme image, parce que c'est plus facile d'exprimer par image, le fait que quand on est en famille, on va développer un certain type de comportement. On va être affectueux, on va être dans la relation affective beaucoup plus. Quand on va être au travail, c'est beaucoup plus l'aspect efficacité, rationalisé, organisation, etc., qui va prédominer. Quand on va être au spectacle, on va laisser le côté enfant se développer, etc.

Et donc, il montre qu'à chaque fois, c'est un espèce de masque qu'on utilise pour s'adresser, pour être en relation avec les aimants du monde. Et ce masque varie. C'est la persona ? Voilà, il appelle ça la persona du nom latin, pour le nom masque.

Personare, c'était un petit amplificateur qui permettait de porter la voix dans le masque. Et donc, ça lui permet de dire que, par analogie, nous avons une fonction qui nous permet d'être en relation avec ce qui monte de l'intérieur. La persona est vers l'extérieur, l'âme est vers l'intérieur. Et donc, c'est elle qui va appréhender les humeurs, les intuitions, ce qui monte comme ça de ce lac inconnu dont on parlait l'autre fois, dont on parlait Proust, et qui va pouvoir, à ce moment-là, transmettre ce qui monte de l'inconscient ou alors ce qui vient du soi aussi.

Et ce qui peut être aussi plus clair, ce serait de montrer comment Jung a compris l'existence de ce facteur.

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