Hiram et Freud 3/3
Les psychanalystes sont comparables à des archéologues qui strates après strates identifient et déblaient les couches successives de nos sédiments intitulés « certitude - préjugé», « amour propre » puis « résistance - barrage » en vue de s’approcher, et de cerner, notre Inconscient.
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Cet Inconscient est-il comparable à ce que les ésotéristes nomment « la fine pointe de l’âme » et le chemin initiatique que propose la Franc-maçonnerie permet-il, lui aussi, de s’en approcher ? Pour répondre à cette question, nous avons réuni Marie-Hélène Gonnin (psychanalyste freudienne) et Jacques Fontaine (franc-maçon, auteur de nombreux ouvrages, parus notamment chez Detrad autour de Daniel Videlier, dans ce troisième et dernier opus consacré à ce sujet.
« Affiner son sens de l’observation, traverser le masque, rire de soi-même, la lucidité, la lumière, la dualité, l’initiation, l’attitude » sont autant de thèmes qui vont être débattus. Si pour Marie-Hélène Gonnin, le franc-maçon s’engonce dans une « hyper-moralité », un socle rigide où domine la raison-raisonnante, et où l’humour est totalement absent (caractéristique des personnalités de type obsessionnelle ?)…


Jacques Fontaine, au contraire, en appelle à un sursaut de la franc-maçonnerie : sursaut dans lequel l’intuition, l’émotion et l’humilité seraient remis à l’ordre du jour. Cette « franc-maçonnerie libérative » comme il l’appelle de ses vœux serait pour lui la seule capable de perpétrer ses idéaux initiaux: promouvoir la libération de l’être et de la société….. vaste challenge pour notre société française où « fréquenter un psy » reste encore l’apanage des « malades » et où entrer en franc-maçonnerie demeure encore « un tabou »… c’est dire si le chemin à parcourir est encore long.
Pensez-vous que la franc-maçonnerie doit s’émanciper de son carcan tout « dix-huitièmiste » (1717) basé sur la morale et l’humanisme et qu’elle doit s’ouvrir aux sciences humaines comme la psychanalyse (1896) ? Car comme l’affirme Jacques Fontaine « pour un franc-maçon, une lecture psychanalytique, lui permet de voir ce qui ne lui est pas visible … » ?
Réponse dans cette table ronde de 50 minutes filmée au Forum 104.
Extrait de la vidéo
Dans cette troisième partie, je vous propose d'aborder tous les rejets, ou pour être un peu plus élégant, toutes les objections que peuvent faire les gens à propos de l'informationnerie comme à propos de la psychanalyse. Ensuite, nous évoquerons les apostilles, et puis nous verrons si nous pouvons terminer par d'autres points qui n'ont pas été évoqués. Alors, si vous voulez bien, les objections. Il y en a plusieurs.
Oui, justement, il y en a plusieurs. L'objection la plus commune qui peut être faite à un tel livre par des initiés, c'est l'objection vulgaire en général vis-à-vis de la psychanalyse. C'est-à-dire, mais ce que vous racontez, c'est pour les frères et les sœurs anormaux. Ça va arriver nécessairement.
Alors, Marie-Hélène, tu te sens expliquer toute la réduction qu'il y a dans une telle peur ? D'abord, pourquoi c'est une peur la réduction ? Je préférerais que tu le fasses que moi. Je serais le frère, mais je préférerais que ce soit toi.
Pour les francs-maçons, je pense que ce qui fait peur, c'est ce côté sectaire. C'est-à-dire, on a l'impression d'être embarqué dans une espèce de secte. On ne sait pas très bien de quoi il s'agit. Il y a des secrets, il y a des choses qui se passent, plus ou moins violentes, des initiations plus ou moins barbares.
Mais toi, tu peux en dire beaucoup plus. Sur les réticences à la psychanalyse, qui sont nombreuses et qui sont, on pourrait dire, cycliques. Alors, une des premières que je vois, c'est la résistance à se connaître soi-même. C'est-à-dire, à vouloir comprendre, descendre dans ce qu'on appelait le gros réservoir des pulsions dans les 90%.
C'est la peur de savoir. Alors que ce qui anime dans une analyse, quand on est sur un divan, quand on fait ce parcours, c'est le désir de savoir. Ce qui est le moteur de toute une psychanalyse, c'est le désir de savoir. Or, il y a des personnes qui ne veulent pas savoir.
Et quand on ne veut pas savoir, on érige une espèce de muraille, plus grande, plus longue que la muraille de Chine, parce que c'est la peur de soi-même, la peur de ce qu'on risquerait de découvrir. Or, dans la peur de ce qu'on risquerait de découvrir, on voit bien que le préconscient a joué, puisque, probablement, dans la vie de ces personnes-là, un certain nombre de choses ont émergé, ont été, par refoulement, rebasculées dans les ténèbres.
Je pense que la majorité des personnes, comme premier rejet, c'est la peur de savoir. Donc, tu relis au connais-toi-toi-même, à Sénic. Tout à fait. Alors, il y a quelque chose qui peut aussi être une objection, et qui va dans le droit fil, je crois, de ce que tu as dit.
Moi, je me vois en train de faire une planche, je dis pour les non-initiés, une planche, c'est un exposé, une conférence que l'on fait lors d'une tenue. Je me vois faire une planche sur ce thème, et après tout sera impossible, puisqu'on se met à disposition des loges pour aller présenter ce travail. Et je me vois, à la sortie de la tenue, avec des frères et des sœurs qui me disent « Mais ton histoire de tuer le père, j'ai jamais eu envie de tuer le père, moi, que je fasse cette histoire-là.
Et puis, tu parles de culpabilité anale. Pas du tout, tu te trompes complètement, Jacques, tu te trompes complètement. Pas du tout ça. » Qu'est-ce que tu réponds ?
Mais c'est ça qu'on entend sans arrêt. Tu leur balances des mots horribles, culpabilité, etc. Ça me fait rire parce que je rattache ça à une anecdote d'une excellente amie qui, tout à fait avertie, intellectuelle, etc., et qui disait « Quand même, je veux m'interroger sur... On dit que les mères ont envie physiquement de leurs enfants, de leurs fils.
Et elle s'est interrogée, elle s'est interrogée, puis un jour elle me dit « Mais, Marie-Hélène, j'ai bien cherché, mais ce n'est pas possible. Je ne peux pas avoir envie de mon fils. Mais elle ne peut pas avoir accès à l'inconscient. Pour avoir accès à l'inconscient, il faut véritablement faire une démarche.
On n'a pas accès à l'inconscient. Il n'y a pas de clé comme ça ? Non, il n'y a pas de clé. Si, les clés, une des clés, c'est le rêve.
C'est ce qu'on dit souvent, la voie royale d'accès à l'inconscient. Mais si tu leur balances des mots comme culpabilité, anal, oedipienne, parce que je suis sûre que tu emploies des grands mots, ils devraient être terrorisés. Oui, c'est ça, le mot qui fait peur. C'est ce que Freud appelle la culpabilité inconsciente, puisqu'il distingue deux sortes de culpabilité.
La culpabilité et la culpabilité inconsciente. Là, on est dans le cadre de la culpabilité inconsciente. Oui, tout à fait. Mais la culpabilité, elle est inconsciente jusqu'à ce qu'une espèce de bourgeon émerge dans le champ de la conscience.
Donc, je parlais de refoulement. Mais ça me fait penser à ce qu'a dit Freud quand il est allé aux Etats-Unis. Il a dit, nous leur apportons la peste. Donc, véritablement, bien sûr, ça mobilise vouloir réfréner la connaissance de soi et le premier objet de la psychanalyse.
Oui, et puis aussi, il y a d'autres... Alors, je parlais tout à l'heure de mode. Bien sûr, il y a des modes. La psychanalyse a eu des hauts et des bas.
Elle n'est jamais morte. Elle a été attaquée encore il y a deux ans par un certain nombre de livres. Mais elle survit, elle survit bien. Je pense que beaucoup d'auteurs qui ont écrit des pamphlets sur la psychanalyse, j'imagine que c'est la peur de soi-même.
Oui, c'est ce que je crois aussi. Je crois aussi. C'est tout ce que l'on a développé. Et c'est ça qui est intéressant dans notre livre, c'est que les thèmes qu'on a développés, ce sont des thèmes qui vont bien au-delà de la franc-maçonnerie.
Et j'espère qu'on leur a bien fait comprendre. C'est-à-dire que ça peut intéresser bien au-delà du cas maçonnique de notre livre. En me faisant de l'avocat du diable, est-ce que ce que tu viens de dire, c'est-à-dire est-ce que le fait qu'ils attaquent la psychanalyse, c'est parce qu'ils ont peur de ce que ça peut révéler, est-ce que ce n'est pas, en fait, dirait-il eux-mêmes, justement, un peu facile ?
Oui, oui. Je ne dis pas que c'est faux. Eux-mêmes vont dire, oui, tu me renvoies le truc. Évidemment, moi je te dis, je ne crois pas à la psychanalyse.
Et tu me dis, tu n'y crois pas parce que tu as peur d'y croire. Mais non, ce n'est pas l'objet de croyance, la psychanalyse. Oui, oui. Avec mon vocabulaire.
Ce n'est pas une religion. Beaucoup de personnes ont la certitude que la psychanalyse, c'est pour les fous. Oui, c'est ça. Pour les fous.
La psychanalyse, c'est un outil merveilleux de connaissance. Véritablement, c'est pour se connaître. C'est l'imbécile, ce n'est pas pour les malades ? Les malades, ça dépend de ce qu'on appelle malade.
On est tous plus ou moins. On est tous ou normaux ou tous malades. C'est ce que disait Jules Romain, au sens propre du terme. Bien portant, c'est un malade qui signe alors.
Oui, mais c'est sûr. On a tous quelque chose à découvrir. Là, on est tous d'accord. Qu'on soit bien portant, un peu moins bien portant.
On a tous quelque chose à découvrir. Je pense que beaucoup de personnes considèrent que, à l'image de la psychiatrie, la psychanalyse, c'est pour les fous. Or, la psychanalyse, c'est un moyen d'apprendre un certain nombre ou d'avoir des révélations sur soi-même. C'est-à-dire que tu dirais facilement que l'objet premier, tel qu'on l'exprime au XXIe siècle de la psychanalyse, c'est de mieux se connaître et que secondairement, ça peut être utilisé à des fins thérapeutiques.