Le mythe Chulupi

Jean Louis Brun ici aborde un mythe sud-américain, celui du peuple Chulupi. L’auteur s’appuie sur les travaux de l’ethnologue Pierre Clastres qui a réuni dans un ouvrage paru en 1966, 73 récits qui forment le corpus entier de la mythologie des Chulupi. Une mythologie riche d’images fortes et de descriptions très crues. Décrits comme musclés et audacieux, pratiquant la cueillette, la chasse et le chamanisme, les Chulupi habitent une vaste région rectangulaire au climat rude et contrasté, située entre le Paraguay, la Bolivie et l’Argentine (le Grand Chaco. Pour illustrer son paradigme, Jean Louis Brun nous conte l’histoire du héros Kufahl.

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A travers ses péripéties, nous retrouvons les six premières étapes (sur huit) du scénario universel que Jean Louis Brun a construit d’après les huit hexagrammes du Yi Jing : clef inédite de lecture et de compréhension de plus d’une quinzaine de mythes et de légendes.  Court exposé d’une durée de treize minutes.
Le mythe ChulupiLe mythe Chulupi

Extrait de la vidéo

Nous allons aborder un mythe sud-américain chez les indiens de Chulupi et nous allons voir donc comment dans ce mythe nous retrouvons un scénario qui est analogue, pour ne pas dire le même que dans le scénario universel des mythes et des légendes, ce scénario exprimé par huit symboles successifs et que l'on retrouve sur tous les continents. Le texte de référence sur lequel je m'appuie, c'est un texte de Pierre Clastres qui s'appelle « Mythologie des indiens de Chulupi ».

C'est un livre, c'est un recueil de la bibliothèque de l'école des hautes études, section des sciences religieuses, édité chez Peter Louvain, Paris. Pierre Clastres, donc, c'était un ethnologue, un universitaire, spécialiste des indiens Guayaquis, Guarani et Chulupi et directeur d'études à l'école pratique des hautes études. Cet ethnologue a réuni en 1966, auprès des indiens de Chulupi, quelque chose qu'il voulait être le corpus complet de leur mythologie.

C'est un recueil de 73 récits. Alors, parlons de la région d'où provient ce mythe qui s'appelle le Grand Chaco. C'est un immense rectangle qui s'étend de la rive gauche du fleuve paraguay jusqu'aux Andes et qui comprend plus de la moitié du Paraguay actuel, une partie de la Bolivie et de l'Argentine. C'est une région qui a un climat très contrasté.

La température peut être extrêmement chaude, mais il peut aussi geler. Le climat est pénible. Il y a une forte saison des pluies, mais il y a aussi des sécheresses. Et la végétation est dense, impénétrable, composée en grande partie d'épineux et peuplés de serpents.

Une région très hostile. Alors, les Chulupi, cette tribu, cette ethnie des Chulupi, comptait donc 5 à 6 000 individus à l'époque. C'est une petite population. Ils sont décrits comme grands, très charpentés, très musclés et très vaillants, ayant pour habitude de se baigner au petit matin dans l'eau glacée et de se jeter jambe nue parmi des cochons sauvages aux défenses effilées.

Alors, il y a des détails importants qui peuvent compter pour la lecture que nous donnerons à ce mythe. D'abord, les Chulupi pratiquaient le chamanisme. Ils pratiquent la matrilinéarité. Alors, qu'est-ce que c'est la matrilinéarité ?

Ça veut dire que c'est l'époux qui vient habiter chez les parents de l'épouse, donc qui se soumet aussi à leur autorité. Et leurs activités prépondérantes, c'est la cueillette et la chasse, c'est pas l'agriculture. Ils ont une activité très importante culturellement, c'est la recherche du miel. Donc, c'est un thème qu'on va retrouver dans leur mythe.

La recherche du miel, c'est l'occasion pour un homme de démontrer son habileté. Il la recherche évidemment pour une femme, mais il peut aussi perdre dramatiquement la face s'il échoue à trouver du miel pour cette femme. Dans ce recueil de mythes, il y en avait plusieurs qui témoignaient d'une structure analogue au scénario universel qui est l'objet de mes travaux. J'ai choisi une histoire qui s'appelle l'histoire de l'Indien Kufal.

C'est celle qui, à mes yeux, correspondait le mieux au scénario. Mais on retrouve des choses, l'image du feu sous la foudre, étape 2 du scénario, donc on la trouve plusieurs fois. L'image du retournement qui apparaît dans l'étape 5, on la trouve plusieurs fois. L'image d'un homme avalé par un grand serpent, donc étape 5 également, on la trouve.

Alors, j'ai fait le choix de cette histoire qui est l'histoire du héros qui s'appelle Kufal. Alors, la première étape du scénario des mythes et des légendes commence par un séjour dans les eaux, par la sortie des eaux, la sortie de l'eau, la vidange, par exemple la vidange d'un lac ou la vidange d'une coupe, le fait qu'il soit vide. Dans le mythe des Indiens de Chouloupi, le mythe, ce mythe-là, commence par une scène de baignade de jeunes filles, donc on a des jeunes filles dans l'eau, et à ces jeunes filles vient se mêler le héros Kufal, un héros donc qui est dans l'action et dans le désir.

Et puis, ces jeunes filles sortent de l'eau, donc on a la sortie de l'eau, et elles urinent, donc on a aussi l'image d'une vidange, elles se vident en quelque sorte, elles urinent. Alors, je précise aux âmes sensibles, parmi toutes les séquences de cette série, les Chouloupi aiment beaucoup mettre dans leur mythe des descriptions très imagées de menstruation, de défécation, de déflorement de vierge, et même, vous allez le voir, de consommation d'excréments.

Alors, nous allons voir ça en observateur, nous allons essayer de nous tenir au symbole, mais je préviens que ce n'est pas l'ethnie qui témoigne des mythes les plus appétissants. Voilà, donc voilà pour la première étape qui exprimait la sortie des eaux. La deuxième étape, c'est la notion d'une sexualité qui peut être débridée, le désir non maîtrisé, et qui peut être contrôlée, la maîtrise des passions.

Eh bien, dans ce mythe, notre héros Koufal, à peine les jeunes filles sorties de l'eau, va faire l'amour avec chacune d'entre elles, et ces filles étaient encore vierges. Et puis, pour bien marquer l'image d'une sexualité débridée, Koufal va avoir une relation sexuelle absolument sauvage avec une chauve-souris. Et au cours de cette relation, c'est intéressant du point de vue de l'interprétation d'une sexualité non maîtrisée qui prend beaucoup d'ampleur, chacun, Koufal et la chauve-souris, va rivaliser quant à la taille de son sexe.

Donc la chauve-souris va changer son vagin pour un vagin plus large, et Koufal va faire enfler son organe viril à tel point qu'il va faire gémir la pauvre bête. Voilà donc une expression indéniable, indubitable, d'une sexualité qu'on va qualifier d'exagérée. La troisième étape du scénario, c'est le voyage. C'est chaque fois là que le héros se met à voyager.

Eh bien, dans le mythe des indiens tchouloupis, c'est là que Koufal part en voyage, tout simplement. Dans l'étape 4 du scénario universel, généralement, c'est là qu'apparaît un lion. Il apparaît un lion dans les notes chimiques de Christian Rosenkreuz, exactement à cet endroit-là, dans le tarot de Marseille, dans l'incendie de la forêt de Candava, c'est là que les héros sont comparés à des lions. Dans les travaux d'Hercule, c'est là que Hercule va tuer le lion avec...

il ne le tue pas avec une massue, dans les versions que j'ai utilisées, mais il va affronter le lion armé seulement de sa massue. Eh bien, dans le mythe des indiens tchouloupis, il va se passer la même chose, sauf qu'il n'y a pas de lion en Amérique du Sud. Eh bien, Koufal, à cet endroit-là, à ce moment-là de l'histoire, rencontre un jaguar. Et, un petit peu comme Hercule, il va

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