La création Arikara
Contrairement à de nombreux mythes amérindiens qui, par leur polymorphisme s’arrêtent à l’étape n° 3 (le vent sur le lac / la recherche du maitre intérieur) du scénario universel établi par Jean Louis Brun d’après le Yi-Jing, le mythe de création Arikara, lui, présente une cohérence majeure. Prenant appui sur les travaux du professeur Pierrette Désy, spécialiste en ethnographie et anthropologie à l’Université du Québec à Montréal, Jean Louis Brun nous rapporte, dans cet exposé de 15 minutes, le mythe de cette tribu agricole qui vivait dans ce qui est devenu aujourd’hui le Dakota.
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A l’instar des quinze autres mythes et légendes exposés, il nous présente ce mythe selon les huit étapes successives des huit hexagrammes issus du Yi King.



Extrait de la vidéo
Nous allons maintenant parler d'une légende des Indiens d'Amérique du Nord, les Arikara, qui vivent dans ce qui s'appelle aujourd'hui le Dakota. Et nous allons voir comment cette vieille légende indienne, dont je n'ai pas la datation d'ailleurs, correspond elle aussi au scénario universel raconté par cette succession de huit symboles que l'on retrouve sur tous les continents depuis au moins 4000 ans.
La référence que j'utilise, le texte de référence que j'utilise pour cela, c'est un texte d'une universitaire qui s'appelle Pierrette Desy, le titre Amérique du Nord, mythes et rites amérindiens. Alors Pierrette Desy est professeure actuellement retraitée du département d'Histoire de l'Université du Québec à Montréal. Elle est spécialiste d'ethno-histoire et d'anthropologie et auteur de très nombreux ouvrages sur la culture amérindienne.
Il y a beaucoup de mythes de création amérindien qui présentent un schéma de base qui rappelle les premières étapes du scénario dont nous traitons, ce scénario universel en huit étapes. Alors dans ces mythes, par exemple, la femme primordiale, ça part souvent d'une femme primordiale qui habite dans le ciel et qui bascule de la voûte du ciel, qui tombe sur terre. Ça rappellera quelque chose d'agnostique d'ailleurs, c'est présent sur tout le continent américain, nord et sud.
Alors généralement, elle est précipitée par un trou sous un arbre, ce qui signifie qu'elle tombe de l'axe du monde. Parfois, elle est entraînée par un ours, alors l'ours, symbole tout à fait compatible avec la notion d'axialité qu'ont fait les traditions hyperboréennes, etc. Alors en ce temps-là, il faut savoir que dans ce temps primordial, la terre est recouverte d'eau. Alors la tortue, qui aperçoit cette femme céleste en train de chuter, obtient l'aide d'autres animaux pour que cette femme céleste atterrisse sur une terre émergée.
Il ne faut pas qu'elle tombe dans l'eau. Alors ça peut être le castor, chez les indiens, huron, c'est un castor qui va l'aider. Chez les Iroquois, c'est un crapaud. Chez les Tsalagi, c'est-à-dire ce qu'on appelle les Tchéroquis, c'est une araignée.
Bon, c'est toujours des animaux qui sont aussi bien terrestres qu'aquatiques, le castor, le crapaud, l'araignée, vous observez, c'est des animaux qu'on trouve dans l'eau et sur la terre. Et ces animaux vont aller chercher de la boue au fond de l'eau et vont la poser sur la carapace de la tortue. On trouve souvent, d'ailleurs, chez les Chinois, c'est une tortue qui soutient le monde. Et donc ça va faire une terre sèche pour que cette femme céleste arrive sur une terre sèche.
Il ne faut pas qu'elle tombe dans l'eau. Et ça, c'est très intéressant du point de vue symbolique. Et puis la femme céleste, qui est enceinte, elle accouche d'une fille, ça c'est un schéma général, fréquent, qui, à son tour, elle-même, donne naissance à des jumeaux. Il y a énormément de mythes des jumeaux sur tout le continent américain.
Et ces jumeaux se battent, ça nous rappelle, d'ailleurs, des épisodes de la Bible, ces jumeaux se battent. Alors, c'est intéressant, chez les Indiens hurons, le jumeau qui est armé d'un bois de cerf sort vainqueur du combat. Le bois de cerf, c'est comme un arbre sur un animal, c'est une idée d'axe du monde, c'est une notion d'axialité. Chez les Cherokees, mais là, la source est moins fiable, ce n'est pas une source universitaire, c'est un petit peu romancé, il semble que la naissance des jumeaux soit précédée de la manifestation d'un éclair jailli des ailes de l'oiseau tonnerre.
Ça, c'est intéressant dans notre schéma, parce que dans notre schéma, il y a effectivement le symbole du tonnerre et du feu qui est juste après. Alors, on a l'impression, effectivement, sur tout ce continent américain, de mythes qui sont liés à une histoire centrale. Je ne veux pas parler d'histoire primordiale, mais enfin, dans l'idée, c'est une histoire qui pourrait être à l'origine ou qui est en tout cas une somme de points communs entre ces histoires qui ne divergent pas tellement.
L'origine de la femme primordiale est généralement boréale, comme atteste l'ours et le symbole axial de l'arbre. Il y a une forte symbolique axiale dans ces mythes. L'étape d'arriver sur une terre émergée, c'est exactement la première étape de notre scénario. La manifestation d'un éclair, c'est la deuxième étape, en réalité, et la troisième étape se voit confirmée par plusieurs indices.
La présence des jumeaux, or c'est une étape qui correspond astrologiquement aux jumeaux. Le retour à l'axialité avec l'indice du bois de cerf, or cette étape, c'est l'accès de l'axe du monde. Et puis, la notion de voyage qui caractérise cette étape. On a souvent l'impression, dans beaucoup de mythes et de légendes du continent américain, que l'on a réuni dans l'ordre les trois premières étapes de notre scénario, mais très souvent, ça ne va pas plus loin, ça s'arrête là.
Alors pourquoi ? D'abord, je n'ai pas autorité pour dire pourquoi, je ne fais que constater. Mais je peux partager, en tout cas avec vous, deux pistes. L'une, c'est peut-être qu'à partir de l'étape 4 du scénario, il faut savoir qu'on entre dans ce que l'on appelle les grands mystères.
Ce n'est plus la réalisation de l'homme en tant qu'homme, c'est la réalisation de l'homme en tant que Dieu en puissance, et il va de la porte des hommes à la porte des dieux. Il est possible que cette partie-là relève, disons, d'un secret mieux gardé, et que la première partie des mythes soit révélée assez facilement, et que la seconde partie ne soit pas. Bon. Soit que les indigènes interrogés par les ethnologues ou les anthropologues aient totalement ignoré ce qui venait après, ou bien qu'ils n'aient pas voulu le livrer.
Ça, c'est une hypothèse que je lâche, qui n'a peut-être pas de valeur, ce n'est pas grave. Il y a également une autre hypothèse, c'est que quand on regarde les schémas du chamanisme, donc il y a quelque chose de très très ancien. Alors, le chamanisme, on trouve des schémas initiatiques très très polymorphes, beaucoup plus polymorphes que dans les mythes et légendes dont nous traitons ici. Mais on trouve effectivement, chez certaines peuplades, des successions d'étapes qui rappellent aussi les trois premières étapes du scénario des mythes et des légendes.
Alors, il y avait une grande région chamanique, c'était l'Amérique du Nord. Tout ça, ce sont juste des pistes. Ce qui compte ici, c'est de présenter un mythe de création, qui est le mythe de création des Indiens Arikara, rapporté par Pierrette Desy de l'Université du Québec à Montréal, et qui, lui, présente la plupart des étapes du scénario, qui va beaucoup plus loin que l'étape 3. Alors, les Arikara, c'est une tribu agricole.
C'est en soi intéressant, déjà, parce que ce mythe, on sait qu'il est commun à pas mal de civilisations dont la culture est liée à la sédentarisation et à l'agriculture organisée. Par exemple, le mythe d'Isis en procède également. Cette tribu était autrefois un féodé aux rives du fleuve Missouri, et elle est localisée dans l'actuel Dakota, en Amérique du Nord. Voilà donc le récit que nous allons maintenant présenter.
Alors, notre scénario universel commence par la première étape, qui présente quoi ? Qui présente un lac qui se vide, et l'émergence d'une terre ferme. Dans le mythe de création des Arikara, eh bien, on a deux hommes, qui s'appellent Homme-Loup et Homme-Chanceux, qui envoient deux canards chercher de la boue dans un lac.