L’éveil de l’enfant : Narcisse 2/4

"Les grands Narcisse sont le plus souvent dotés d’une mémoire surprenante !" nous-dit Luc Bigé, dans ce second volet consacré à l’analyse du mythe de Narcisse. Ici, il sera question de solitude et de mémoire. Narcisse, alors âgé de seize ans, va se perdre dans la forêt et quitter son groupe d’amis.

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35:26
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La fin de cette réconfortante sociabilité, "qui tend à reproduire le cocon du ventre maternel", va permettre au Mythe de se mettre en mouvement. Une mécanique implacable, archétypale et suprahumaine, dont Luc Bigé tente d’expliquer ici les rouages; et qui ne tolère aucune parade ! Lâcher-prise….

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Le Soi ne peut entrer que par effraction!

Cette "désidentification à tous les systèmes" se relève être une expérience fondatrice : elle permet à Narcisse (donc à nous) de retourner vers sa source primordiale. Dans son art d’interpréter le mythe, Luc Bigé n’hésite pas à franchir une sorte de tabou français : quitter la rive de la "psychanalyse" pour fouler celle de l’esprit, de l’initiatique. Une frontière, un Jourdain en quelque sorte, vers lequel nombre de nos commentateurs actuels n’osent pas s’aventurer. Par méconnaissance ou bien par couardise !

L’esprit du temps (Zeitgeist) vise systématiquement à rabaisser les choses de l’esprit à son plus petit dénominateur commun.

A la suite de Luc Bigé, et à travers ce miroir de Narcisse, avez-vous envie de comprendre la symbolique féminine de l’Eau et son incroyable capacité de mémoire ?

Saisir la subtile nuance qui distingue le sentiment d’une émotion ?

Réponse ici de notre guide dans ce dédale de la psyché humaine !

Extrait de la vidéo

Il se promène avec sa bande de potes dans la forêt. Il se perd alors qu'il chassait le cerf. Ah ben j'ai oublié de vous mettre l'élément, bien sûr, important, c'est le cerf. Alors c'est quoi la forêt, c'est quoi le cerf et c'est quoi le fait de se perdre.

On va prendre bien sûr tous les détails du but. Dans un premier temps, le narcissique aime bien sortir dans les bars avec ses amis, prendre un pot et il reproduit d'une certaine manière le ventre maternel, la chaleur du ventre maternel. C'est-à-dire, au fond, il a une propension à se mouler sur les valeurs du groupe, pour une raison simple, c'est qu'il a besoin d'être aimé, il refuse l'amour mais il a besoin d'être aimé.

Donc pour être aimé, rien de tel que d'être en compagnie, en bonne compagnie. Le problème, quand le mythe commence à se mettre en mouvement, c'est que Narcisse se perd. Pourquoi il se perd ? Le mythe l'oblige, au fond, à abandonner les siens.

Le mythe l'oblige, et ça, ça fait partie de son parcours mythologique, parce que vous êtes avec une bande d'amis avec lesquels vous êtes au chaud, confortable et que tout va bien, et bien un jour, il y a une rupture. Cette rupture est douloureuse pour le Narcisse, il a le sentiment d'être perdu, il a le sentiment d'être abandonné, il a le sentiment de ne plus être au chaud, c'est une bénédiction. Pourquoi c'est une bénédiction ?

Parce qu'il réalise à ce moment-là que ce qu'il chassait avec les autres n'est pas sa vraie chance, parce qu'il réalise à ce moment-là que l'animal que les autres chassaient et la quête qu'il mettait en place dans ce groupe-là n'était pas sa vraie anima, l'animal, l'anima, ce qui donne, ce qui anime, bref, ça n'était pas sa vraie quête qu'il animait, il était là parce que tout le monde était là pour faire comme tout le monde et simplement être avec sa bande d'amis.

Ils chassent quoi, les autres ? Ils chassent le cerf, alors on peut lire le cerf de plusieurs manières mais on peut commencer par la langue des oiseaux, c'est cerf-feu, le cerf c'est ce qui sert le feu, servir le feu, servir l'idéal, servir la lumière. Narcisse a de grandes prétentions, il est dans la narcose et il veut servir la lumière, est-ce qu'on réalise à quel point nous avons ces prétentions-là souvent ?

C'est-à-dire il n'y a que celui qui est dans la lumière qui peut servir la lumière, donc dans un premier temps, Narcisse a de grandes ambitions métaphysiques, ou de grands idéaux, puisqu'il veut chasser le cerf, puisqu'il veut aller à la conquête de quelque chose qui n'est pas son vrai anima, qu'il n'anime pas profondément, mais qui néanmoins pour des raisons idéologiques, émotionnelles, affectives, de reconnaissance, que sais-je encore, il va servir un idéal qui n'est pas le vrai pour lui.

Le cerf c'est quoi ? C'est l'animal qui a un arbre sur sa tête, c'est l'arbre de vie, c'est l'arbre de vie, et pour différentes raisons symboliques on associe le cerf au bélier, au cygne du bélier, qui lui aussi porte des cornes. Donc chasser le cerf, c'est chasser un animal, ou un idéal plus exactement, qui est bien trop éloigné des capacités de Narcisse, et en plus il le chasse en groupe, donc décodé sur le plan psychologique, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire, c'est une chose assez simple et assez importante à réaliser, que l'idéal spirituel est le meilleur obstacle pour notre réalisation spirituelle. Tous les idéaux spirituels qu'on chasse comme des cerfs, comme étant des cerfs, avec son groupe d'astrologie, son école franc-maçonne, ses cours du soir à la Sorbonne, que sais-je encore, tout ça, c'est des systèmes de chasse collective qui ne vont pas permettre à Narcisse de réussir sa mort, et de trouver sa fleur sublimative, et d'accomplir son destin.

Pourquoi les idéaux spirituels sont les meilleurs obstacles à la réalisation spirituelle ? Simplement parce que ça crée un voile, le mental va rebooster l'émotionnel, et tout ça, ça va créer un voile de lumière qui va cacher la nature de la nature de notre âme. Pourquoi ? Parce que le soi ou l'âme ne peut nous prendre que par effraction, il ne peut nous contacter que par surprise.

Et donc si on crée une jolie image de ce qu'est la réalisation spirituelle, de ce qu'est l'éveil, de ce qu'est un monde parfait, de ce que vous voudrez, de qui je suis en réalité, de ce que vous êtes, on va construire une fausse réalité qui va empêcher le soi de nous prendre par effraction. Vous voyez déjà pourquoi il va falloir mourir. Parce que la mort c'est simplement la désidentification de tous ces systèmes qu'on a mis en place.

J'y reviendrai. Mais dans un premier temps, le système le plus retort, c'est l'idéal spirituel. Je ne sais pas, quelqu'un un jour en Inde me disait « j'ai ouvert une porte, j'ai reçu l'éveil, j'ai reçu une expérience fantastique, j'étais dans la lumière, dans l'amour, tout allait bien. Alors je me suis reculé, j'ai repris la poignée de la porte et il ne s'est rien passé.

Vous voyez ce qui s'est passé ? Il pensait refaire l'expérience, mais évidemment on ne peut pas refaire l'expérience. Le soi nous prend toujours par effraction. Parce qu'une fois que l'expérience a été vécue, elle est remétabolisée par le moi.

Le moi va reconstruire une image, un idéal, vouloir revivre ce qu'il a vécu, et alors ? Donc c'est ça le serf en réalité. C'est vouloir attraper le serf. Donc on oublie, on ne cherche pas à attraper de serf et on accepte d'être perdu.

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