Ma vie, souvenirs, rêves et pensées de Carl Gustav Jung
Le Soi : "une image divine acceptable pour l’homme du XXIème siècle ?" * . Pendant près de deux milles ans, les hommes ont bâti des édifices en vue d’honorer leurs Dieux. Le temps passant, ils se sont habitués à cet état de fait et par une sorte de fainéantise moutonnière, ils se sont pris à croire que seul dans ces lieux spécialement conçus par eux, l’Esprit de leurs Dieux ne pouvait souffler. A l’instar d’un Freud avec sa conception fourre-tout de "libido": d’une vérité relative, ils ont érigé une vérité absolue… D’où intolérance, ignorance et régression intellectuelle.
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"Ma Vie" est sorti en 1961, l’année même du décès de Carl Gustav Jung. Contrairement à ce que ce titre et le contexte de sa sortie pourrait laisser entendre, ce livre n’est pas une autobiographie narcissique, et encore moins un testament. Son ambition, simple et géniale à la fois :
montrer les liens plus qu’étroits entre la vie intime de Jung et son œuvre.
A savoir :
- l’autonomie de l’inconscient, "qui peut parler sans influence du Moi",
- la place centrale qu’occupe "l’âme", chez Jung, élément transpersonnel défini comme "réalité authentique"
- l’importance de l’individuation : "trouver sa juste place dans un quadrilatère anima/animus et inconscient collectif/inconscient individuel"
- l’accomplissement du Soi, considéré à la fois "comme totalité des potentialités d’une personne et en même temps son centre"….
Souhaitez-vous découvrir ce livre passionnant ? Et par là-même saisir non seulement les fondements de la pensée de Jung, mais aussi les raisons du retard de la France quant à l’acceptation de son œuvre, pourtant incontournable et mondialement reconnue ?
Eléments de réponse ici par Jean-François Alizon, Alessio de Fiori et Erik Pigani: tous trois s'accordent à penser que la brêche ouverte par l'oeuvre de Jung sur l'inconscient, "mène à de nouvelles voies, spatiales et temporelles".... A bon entendeur !
* citation, ici, de Jean-François Alizon (théologien et musicien)
Extrait de la vidéo
Ma vie est l'histoire d'un inconscient qui accomplit sa réalisation. Voilà donc la toute première phrase que dit Jung dans son autobiographie intitulée « Tout simplement, ma vie ». Publié l'année de sa mort, en 1962 et en français en 1966 aux éditions Gallimard, avec une nouvelle version revue et augmentée en 1973, ce livre n'est pas, à mon sens, une autobiographie comme les autres, car Jung parle peu des détails de sa vie quotidienne.
Avant tout, il parle de ses ressentis, de son univers intérieur, de ses visions spirituelles, de ses intuitions. Pour, disait sa collaboratrice Aniel Ajafé, dont on parlera au cours de l'émission certainement, pour nous faire connaître ce qu'a vécu un homme pour qui l'âme constituait la réalité authentique. C'est donc de ce livre, dont beaucoup ont entendu parler mais que peu semblent vraiment bien connaître, que nous allons parler, et ceci en compagnie de Jean-François Alizon et d'Alessio De Fiori.
Jean-François Alizon est à la fois théologien, musicien professionnel et spécialiste de Jung, puisqu'il a été président du Centre Européen d'études Jungiennes jusqu'à récemment, et Alessio De Fiori est philosophe, enfin, en études de philosophie, et doctorant contractuel à l'Université de Strasbourg, et sa thèse s'intitule « C.G. Jung et la pensée allemande ». Donc, la toute première question que je voudrais poser à Jean-François et Alessio, vous appelez par vos prénoms si ça ne vous gêne pas, c'est Jean-François, comment avez-vous découvert Jung ?
Tout à fait par hasard, un jour à la FNAC, j'ai vu un livre qui s'appelait « Psychologie et alchimie » et ça m'a beaucoup intrigué, donc j'ai rien compris au premier temps, mais ça m'a fasciné, et depuis j'y suis retourné, c'était dans les années 80, en fait mon problème c'était que je suis théologien de formation et aussi musicien, et que j'ai toujours eu du mal à concilier les deux vocations, et que j'ai trouvé chez Jung une certaine manière de trouver quelque chose qui me permettait de concilier les deux.
En fait, un noyau qui réunissait l'ensemble de ma personne. Voilà pourquoi j'ai travaillé sur Jung à partir des années 83, de façon très approfondie, et que je travaille toujours sur le livre, et qui m'a apporté énormément de choses sur un plan personnel. Et Alessio donc ? J'ai découvert Jung à partir de Freud, alors c'était il y a une dizaine d'années, j'étais étudiant en philosophie en Italie, à Bologne, j'ai commencé à m'intéresser à la psychanalyse, parce que je voulais, disons, dépasser un discours qui restait dans la simple pensée, un discours auto-référentiel, comme c'était le cas, c'était une attitude que j'avais remarquée dans plusieurs systèmes philosophiques, donc pour moi la psychanalyse me semblait vraiment à quelque chose d'un pas ultérieur dans le processus de connaissance de soi, parce que ça concernait un engagement et une sorte de conversion personnelle, donc c'est comme ça que j'ai découvert Freud, j'ai commencé à étudier Freud à la suite de cours universitaires, et j'ai connu Jung à travers les critiques qu'il avait adressées à Freud, et qui m'avaient énormément intéressé, et notamment parce que, disons que ça faisait écho à certaines résistances que moi aussi j'avais trouvées dans la pensée de Freud, notamment un trop strict causalisme, et des prémices matérialistes trop trop strictes, en visions à mon avis trop réducteurs des phénomènes tels que la spiritualité, la culture, l'art, et même la philosophie, donc c'est comme ça qu'à travers les critiques de Jung à Freud, j'ai commencé à découvrir Jung, j'ai lu en premier sa biographie dont on va parler aujourd'hui, donc ma vie, qui m'a donné un aperçu de la personnalité, j'ai tout de suite eu un intérêt profond pour cet homme, j'ai été impressionné par sa culture, par son eclatisme, par ses énormes connaissances en philosophie, aussi bien qu'en mythologie, en anthropologie, et ensuite j'ai lu les conférences de Tavistock, c'était une bonne introduction à sa psychologie, j'ai été impressionné de voir la présence de certains philosophes, notamment des philosophes allemands tels que Kant, Schopenhauer ou Nietzsche, qui étaient des philosophes qui m'intéressaient beaucoup, la présence de ces penseurs dans sa psychologie, dans son œuvre, et comme ça j'ai décidé de commencer à travailler au niveau universitaire sur les sources de la philosophie jungienne, donc actuellement je suis en thèse sur l'influence des penseurs allemands, des philosophes allemands dans l'élaboration de la psychologie de Jung, et bien sûr dans la mesure où je suis entré plus dans son œuvre, j'ai trouvé ça intéressant surtout d'un point de vue personnel aussi, donc c'est une expérience intellectuelle et personnelle à la fois.
Pour moi, pour vous dire de mon côté, j'étais encore jeune et à l'université à l'époque, en études, et c'est une amie qui m'avait mis entre les mains psychologie et le chimie, synchronicité par Alcésia, et ma vie, autant dire qu'à l'époque en plus, l'université Jung à la fin des années 70, et ça était encore valable pendant les années 86 et 90, était formellement interdit de citer en université en France.
Je peux vous dire qu'avec 30 années aussi passées à Psychologie Magazine, j'ai entendu plusieurs fois des étudiants me dire notre professeur nous a interdit, fortement déconseillé de lire Jung, donc c'est découvert ça à une époque où on parlait beaucoup dans la génération post-beatnik de Jung à cause de ses expériences transcendantes, bien entendu, et c'est certainement ce côté-là de ma vie en tout cas qui m'a le plus intéressé, c'est son expérience intérieure, puisque cette amie m'avait donné son livre en disant là tu vas avoir des réponses à tes questions.
Lâche les livres de Freud, là tu verras au moins un sens, et ça ne m'a pas lâché depuis. Alors voilà, on parle du livre Ma vie, je crois qu'il est important de préciser comment a été écrit ce livre, parce qu'il n'a pas tout à fait été écrit par Jung d'ailleurs, il ne fait pas partie de son corpus officiel de livres, qui de vous deux veut raconter un peu l'histoire ? Jean-François ou Alessio ? Oui, je peux dire déjà quelque chose et puis Alessio peut compléter.
D'abord je pense que c'est important de bien dire que le titre Ma vie n'est pas du tout le titre allemand, en fait le titre allemand c'est souvenirs, rêves et pensées, et Ma vie a été ajouté par la traduction française, et c'est important parce qu'effectivement ce n'est pas vraiment une autobiographie au sens classique, puisqu'on a délibérément enlevé au livre tout ce qui concernait les relations avec beaucoup de personnages célèbres que Jung a pu rencontrer.
En fait Jung a beaucoup résisté à cette idée qu'on lui impose