Les grands mythes de l’évolution psychique
"Jung a postulé que la psyché objective obéit à des lois, comme la physique, mais à des lois qui lui sont propres: les lois du développement de la psyché !" affirme Lily Jattiot, psychanalyste et auteur.
Lily, dont les travaux ont souvent abordé la subtile dynamique qui unissent-et-opposent, toute-à-la-fois, "logique et sentiment", "raison et cœur", "masculin et féminin" nous livre ici deux axes de réflexion d’une importance capitale. Premièrement, elle s’interroge sur le paradoxe suivant : lorsqu’une personne entame un travail sur elle-même, elle est amenée à traverser les couches successives de son histoire personnelle, descendre au plus profond d’elle-même.
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Paradoxalement, plus elle va s’approcher de ce qui lui est le plus intime et individuel, plus elle va embrasser un champ universel et collectif. Toucher quelque chose d’ineffable, de transpersonnel : grâce aux archétypes.
Dans nos individualités respectives : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
Le second élément, c’est justement la prégnance, de tout temps éternel, des mythes. La société contemporaine ne se réfère guère aux mythes de Coré, Perséphone ou Shéhérazade qui ne semblent "parler" qu’à une minorité d’érudits… Qu’à ne cela tienne : les mythes sont toujours bien omniprésents au cœur de nous-même et de notre société !
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Les composantes symboliques d’un mythe véhiculent des histoires sur nous-même, sur notre Psyché. On les évoque parfois en terme de "bande-dessinée ontologique". Or si Homère ou Ovide ont laissé place aux Tolkien, Campbell et Spielberg : l’écorce change mais le fruit reste le même. Ainsi, à l’instar de l’Ombre, dans le travail jungien, "on peut tenter de l’éviter superficiellement, mais elle nous revient toujours par derrière…
Et pour parfois nous éclater en pleine face !" nous-dit ainsi Lily Jattiot. Souhaitez-vous comprendre, à travers ce panorama des grands mythes de l’évolution psychique, que nos âmes sont des petites gouttes d’eau, belles, individuelles et rafraichissantes, mais que chacune d’elles réunies forment un grand tout universel océanique ?
Eléments de réponses ici de Lily Jattiot, dans cette interview passionnante, menée par Frédéric Blanc qui vous permettra justement d’approcher ces "lois de la Psyché", évoquée par Jung
Extrait de la vidéo
Bonsoir à tous, bienvenue sur Salamandre TV, je vous rappelle que Salamandre TV travaille en étroite collaboration avec Baglis TV. Ce soir, j'ai l'honneur et le très grand plaisir d'accueillir Lily Jatio, en compagnie de laquelle nous allons nous interroger sur les grands mythes de l'évolution psychique. Auparavant, je vous rappelle que vous avez vous aussi la possibilité de poser des questions à Lily Jatio.
Pour ce faire, il vous suffit de vous connecter sur le site internet de Salamandre TV et de vous y inscrire avec votre adresse mail. Je poserai toutes vos questions à Lily Jatio en deuxième partie d'émission. Juste à titre de mémoire, je vous rappelle l'adresse du site www.salamandretv.net, www.salamandretv.net. Alors Lily Jatio, bonsoir.
Bonsoir Frédéric. Donc, comme je l'ai déjà dit, vous êtes psychanalyste humaine, vous exercez maintenant depuis à peu près 30 ans. Vous connaissez également très bien le monde de l'entreprise et ses enjeux de pouvoir, puisque vous avez été consultante en relations humaines formée par le psychosociologue Willy Shannings, dont vous êtes la continuatrice. Et en ce moment, vous vous consacrez entièrement à l'écriture.
Votre premier livre « La dynamique du soi » est sorti en 1998. Vous y exposez les grandes lignes théoriques de votre pratique thérapeutique. Et j'ai remarqué que ces grandes lignes théoriques devaient autant à Sigmund Freud qu'à Carl Gustav Jung, non ? À Freud, oui, comme base.
Mais surtout, je me sens jungienne. Je suis psychanalyste jungienne et j'ai trouvé chez Jung une compréhension du psychisme qui était beaucoup plus vaste et qui m'a ouvert beaucoup plus l'esprit que la stricte obédience freudienne. Donc, il y a une part freudienne, mais surtout, je me sens jungienne. C'est ça, mais il n'y a pas de rejet catégorique de la pensée ?
Ah ben non, non, pas du tout. Ça me paraît compatible. Voilà, que je n'ai pas montré la couverture de ton livre à l'écran. Donc, voilà, « La dynamique du soi », la fine pointe de l'âme, paru en 1998.
Et c'est autour de ce livre que nous allons discuter ce soir. Voilà, donc, en fait, c'est un livre qui part du postulat que l'évolution psychique de chaque individu est à la fois quelque chose d'intime, d'unique et en même temps de totalement universel. Est-ce que, oui ? Oui.
Est-ce que c'est pour cela que tu as choisi d'en illustrer les grandes étapes en recourant au grand mythe grec de l'Antiquité classique ? Oui, tout à fait. En fait, ça c'est parfaitement dans la lignée de Jung qui a postulé l'existence d'une psyché objective qui obéit à des lois comme la réalité physique obéit aux lois de la physique. La psyché objective obéit à certaines lois qui sont universelles et en même temps, ces lois sont déclinées de manière totalement originale avec chacun des sujets que nous sommes.
Et donc, d'entrée de jeu, la compréhension est paradoxale comme le soit lui-même qui est à la fois totalement universel et dont la rencontre ne peut se faire qu'à travers une psyché parfaitement particulière. Comme le chemin c'est vers nous-mêmes, c'est un chemin unique et individuel qui traverse les couches de notre histoire personnelle mais qui va rejoindre dans la profondeur quelque chose qui est universel à travers les archétypes.
D'accord. Et donc, si on reste un tout petit peu sur les mythes, en fait, tu prends pour illustrer chacune des étapes du développement psychique des mythes qui sont essentiellement issus de l'antiquité grecque classique, pas que, mais quand même essentiellement. Un certain nombre de nos contemporains, en fait, ne sont plus du tout familiers de ces mythes. Les figures de Zeus, d'Apollon, de Déméter ne leur sont plus du tout familières.
Et j'aimerais te poser une question un peu naïve, en fait. En quoi des mythes qui ne nous sont plus familiers peuvent nous renseigner sur le plus intime de nous-mêmes ? Eh bien, ça va avec le paradoxe dont je vous parlais juste avant, c'est-à-dire que les motifs, quand on travaille sur soi, on se rend compte que des motifs reviennent de façon récurrente, se représentent dans notre histoire à travers des personnes différentes, mais au fond c'est les mêmes patterns ou les mêmes gestalt qui se représentent.
Ce sont des scénarios qu'on retrouve, en fait, très étrangement dans les mythes du monde entier, pas seulement les mythes grecs ou latins. C'est vrai que je me suis beaucoup plus appuyée sur ceux que je connaissais le mieux puisque j'avais aussi au départ une formation classique de latin et de grec, mais en fait, l'universalité, il y a des thèmes qu'on retrouve partout à travers le monde et c'est ce qu'on découvre merveilleusement quand on lit Myrcea Eliade qui a recensé, par exemple, les mythes de création du monde dans le monde entier et on voit des thèmes qui reviennent.
À travers toute cette diversité, là encore, il y a quelque chose, il y a une unité profonde qui fait que nous communiquons tous par la profondeur et que nous sommes, nos racines, nos racines trempent dans des nappes phréatiques qui sont universelles. Je vais me faire un tout petit peu l'avocat du diable. En fait, l'invention mythique correspond, en tout cas, c'est ce que prétendent beaucoup de penseurs, correspond à un certain stade de l'évolution humaine.
À un moment, les grandes mythologies, que ce soit hindou, greco-latine ou celte ou que sais-je, correspondent à un stade de la pensée humaine et certains, surtout au XIXe siècle, mais encore aujourd'hui, sont tentés de considérer que ce stade de la pensée humaine est pré-scientifique, un stade de balbutiement qui ne correspond plus à notre niveau de développement scientifique. Et la question que vous voulez poser, c'est si ces mythes nous communiquent quelque chose de fondamental,



